‹ ErasmeChapitre 168 sur 247 · SATIRE POLITIQUE · texte numérisé non relu

SATIRE POLITIQUE

à l'égard des ordres monastiques, l'allégorie était juste et piquante, car elle était l'image tout à la fois de la malice d'Erasme et de sa prudence.

En pénétrant avec Erasme sur le terrain de la satire politique, nous retrouverons souvent la violence et Tâpreté de langage que lui inspire la satire religieuse. Ici encore on pourra doublement s'étonner de la liberté de l'écrivain et de la patience des princes à souffrir de si vives attaques. C'est même un fait curieux à relever que la puissance monarchique commence à être discutée, au moment précis où elle va en Europe parvenir à son apogée par la création des arméespermanentes, l'augmentation des revenus publics et les progrès de la centralisation. Là était le signe d'une époque nouvelle. Au moyen âge en effet, et surtout en Allemagne, la question politique dominante avait été celle de l'indépendance ou de la subordination de l'Empire à l'égard de la papauté. Tant qu'il avait fallu combattre les prétentions ;iliéocratiques de la cour romaine, on n'avait guère songé à contester à la royauté des forces dont l'intégrité semblait nécessaire pour lutter avec avantage contre la puissance ecclésiastique ; mais quand à la fin du quinzième siècle la cause de l'indépendance du pouvoir laïque fut définitivement gagnée, on commença à agiter, sans le formuler encore, le problème des temps modernes, qui est la recherche d'une juste transaction entre l'autorité du souverain et les droits des sujets. D'une part l'accroissement du pouvoir royal, débarrassé de la surveillance ecclésiastique, ne laissait pas d'inquiéter les meilleurs esprits ; de l'autre.

la renaissance des études classiques faisait pénétrer dans la société savante des idées nouvelles sur le droit, et habituait à entendre comme à parler le libre langage de Rome et d'Athènes. Sans doute ce fut surtout dans la seconde moitié du seizième siècle que s'accusa ce mouvement de la pensée publique, aboutissant à la théorie libérale de François Hotmann et à l'idée nouvelle d'un contrat tacite établi entre les rois et les sujets, également inviolable des deux côtés ; mais avant l'école de ces publicistes, on rencontre de ces libres esprits, dont Erasme est le plus célèbre, qui ouvrent les routes, et, avec l'arme de la satire, font comme une guerre de partisans à des abus dont eux-mêmes ne connaissent pas le remède.

C'est une guerre de ce genre qu'Erasme fait aux rois; mais, il est à peine besoin de le dire, il se garde d'attaquer l'institution même de la royauté. Sa prudence, comme toujours, aime à se mettre en règle avec les principes, et sait au besoin s'en faire un abri commode contre les conséquences de ses saillies. La monarchie mise hors de question, il reprend toute sa liberté contre les rois eux-mêmes. Dans presque tous ses ouvrages, surtout dans les Adages^ il ne cesse de leur lancer les traits les plus piquants. Il s'établira derrière tel proverbe latin, comme derrière une haie, pour diriger contre eux des coups plus rapides et plus sûrs. Tantôt ce sera derrière l'adage mit fatiium mit regem nasci oportet que le malicieux Gui Patin lit avec tant de plaisir, et qui lui fait s'écrier : « 0 que le bonhomme Érasme était un excellent personnage' ! » Une autre fois l'adage scmmbœiis aquilam quœrit le mettra en verve,

\. Lettre du 10 fi''vri(;r KKiO.

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