L'AIGLE ET LE SCARABÉE
et sa plume irritée esquissera, avant un célèbre écrivain de nos jours, « l'aigle sinistre aux serres recourbées, Toiseau Carnivore ennemi de la paix et du repos, né pour les combats, les rapines et les déprédations ; » et il ira, emporté par le mouvement de sa pensée, jusqu'à préférer à l'oiseau cruel, qui symbolise les rois de la terre, le triste et noir scarabée, « qui assourdit par son bourdonnement, incommode par son odeur fétide, vole çà et là, s'attache partout, dresse partout des pièges, que l'on ne peut vaincre sans honte, que l'on ne peut chasser, que l'on ne peut combattre sans se souiller soimême, » et qui n'est autre chose, on l'a deviné, que la personnification du moine.
Mais qu'il le veuille ou non, Erasme, par ses hardiesses satiriques, découvre les endroits faibles du principe monarchique. Le prestige cjui entoure les rois ne le trompe pas. « Oui leur ôterait le masque, dit-il, n'aurait le plus souvent sous les yeux qu'un pauvre homme et un faquin '. » Par une image ingénieuse, il fait entendre qu'il serait utile de réprimer l'excès d'une puissance qui les invite à satisfaire trop vite leurs ressentiments. « Comme dans un^ blessure le sang paraît avant la plaie, et comme l'éclair brille avant que l'on entende le tonnerre, ainsi les tyrans, c'est-à-dire presque tous les rois, font périr l'accusé avant qu'il ne soit reconnu coupable -. » Il leur reproche de se persuader que le monde a été fait pour eux, et de permettre, quand ils ne les favorisent pas, des abus de toutes sortes.
Au nombre de ces abus, l'insatiable avidité du fisc