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LA GUERRE

complètes. Mais il serait facile de rassembler, en les recueillant dans les dijfférents ouvrages d'Erasme, les éléments d'un livre qui n'aurait sans doute jeté aucune vue nouvelle sur un pareil sujet. La guerre, en effet, est le sujet peut-être qui déconcerte le plus le moraliste. Le sentiment général proteste contre ce fléau que l'homme impose à l'homme ; la plus simple logique démontre que la guerre n'est qu'une absurde cruauté, quand elle n'est pas la revendication du droit naturel violé par la force ; et cependant c'est là comme un de ces héritages maudits que les générations se transmettent l'une à l'autre, et dont chacune à son tour semble devoir souffrir le poids, que la science moderne vient encore aggraver. Par une conséquence naturelle, c'est l'une des matières les plus délicates à traiter, parce que c'est l'une des plus complexes, l'une de celles où les vues les plus différentes offrent des côtés spécieux .et même une part réelle de vérité. La guerre met en jeu les détestables instincts comme les parties hautes de l'àme humaine ; elle amène des maux de tous genres, fauche l'espérance des générations futures, et tout ensemble répond à je ne sais qiielle loi mystérieuse de la nature qui partout cherche la vie dans la destruction, et aussi à ce besoin de l'homme de déployer toute son énergie, de se donner à lui-même le spectacle de sa force. Les moralistes en général s'attachent à l'une ou l'autre face de cette perpétuelle antinomie. Ceux qui suivent avec Erasme la grande voie des moralistes anciens ne peuvent guère autre chose que rajeunir l'expression d'une idée commune, et gémir sur l'incroyable sottise des hommes '. D'autres, comme Joseph de Mais-

1. On coiinnît la page d'une tristesse découragée adressée par Kant à celui qui pense « que la nature humaine se présente avec plus d'avautago

tre, s'élevant à une pensée supérieure, éclairée par la doctrine chrétienne, voudront découvrir les causes profondes, et presque le droit divin de la guerre, dans la nécessité de l'expiation et du sacritice ^ Mais il sera toujours difficile aux premiers de ne pas se perdre dans des déclamations vides et aux seconds de ne pas céder à l'envie d'humilier sans profit réel la raison humaine. En résumé, il faut reconnaître que la satire politique, si même ce nom convient à des développements d'un caractère aussi général et impersonnel, est encore chez Erasme à son premier essai, et se distingue assez rarement du genre artificiel des déclamations antiques. Du moins elle en a encore trop souvent le vague et la prolixité. Ce qui manque à la satire politique pour se faire une place et devenir une arme redoutable, c'est une application plus pratique aux afî"aires de l'Etat, une plus directe attention aux actes du pouvoir. La satire manque d'un objet particulier qui la mette en mouvement et la passionne. Sans doute on peut déjà entrevoir une tendance de l'esprit public vers les questions politiques, aussi bien dans la sphère de la réalité pratique

dans l'état de la civilisation. » Il termine ainsi : « Que s'il n'est pas encore satisfait, il pourra considérer un ordre de choses où l'état sauvage et l'état civilisé se rencontrent et se combinent admirablement, car les différents peuples civilisés, dans leurs relations internationales, vivent dans l'état de nature; la force est leur unique raison ; c'est par la guerre que tout se décide; et ils se sont mis bien avant dans la tôte de ne jamais changer de conduite à ce sujet; il s'apercevra que les grandes associations (jue l'on nomme États suivent des principes en tout contraires au bien universel, sans qu'on puisse espérer que ces principes soient un jour abandonnés, principes qu'aucun philosophe n'a jamais pu concilier avec la morale, ni remplacer par d'autres meilleurs et plus conformes à la raison. » Cité par Frnnz Ilettiiigcr dans VApnloyie du Christianisme, trad. française de Felcourt et Jeaunin, t. m, p. 449. 1. Soirées lie Suinl-Prtrrxliiiiin/, l. il.

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