FRANÇAIS ET ALLEMANDS
ait été de loin touché par les grâces de la civilisation italienne, cVst plutôt pour se mettre en règle avec le préjugé courant, c|u'il supporte avec impatience, sans oser s'y soustraire lui-même.
Erasme parait mieux aimer la France ; il en parle même souvent avec faveur *. Non qu'il se refuse à l'occasion de s'égayer à nos dépens; mais les traits qu'il nous lance blesseront peu notre patriotisme. Plusieurs fois dans ses Colloques il représente les Français comme aimant à charger la table de plus de fleurs que de mets, et, pendant le repas, faisant causer sur le vin pour faire oublier de le boire ". Ce qu'Erasme relève avec une malice plus fine, c'est la facilité des Français à s'entretenir avec des inconnus, les protestations d'amitié et les embrassades frivoles dont ils se montrent si prodigues ^ Erasme a tracé avec une spirituelle légèreté le tableau de la manière différente dont les étrangers sont accueillis en France et en Allemagne. Ce sont des scènes prises sur le vif et d'une amusante gaieté. Le voyageur frappe longtemps à la porte de l'auberge allemande. Enfin une tète sort de la fenêtre comme celle d'une tortue de sa carapace. Il demande l'écurie, on la lui indique seulement de la main. S'il trouve à redire, on réplique : « Si cela ne vous plaît pas, cherchez une autre hôtellerie. » En France, on mène le voyageur à la chambre où il peut se retirer pour prendre du repos. En Allemagne, il n'y a que \q poêle. Le repas est commun, et il y faut souvent subir de gênants voisinages. Si vous avez un nom, on ne vous quitte pas des yeux. Les mets sont grossiers, ce sont des boulettes de pain trempées