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dans du jus de viande ou de légume ; le vin est détestable. Vous vous avisez de vous plaindre. L'aubergiste répond par son refrain ordinaire : « Les marquis et les comtes qui sont venus ici ne se sont pas plaints; cherchez, si cela vous plaît, une autre hôtellerie. » A la fin du repas, on vous régale de méchants boufi"ons qui chantent, crient, hurlent, dansent à faire crouler la salle, et encore est-il de la dernière incivilité de se dérober à ce sabbat et d'aller se coucher avant la compagnie. D'ailleurs, sauf ces piqûres peu cruelles sur leur hospitalité bourrue, ou encore sur la longueur interminable des repas, Érasme parle le plus souvent des Allemands ou des Hollandais ses compatriotes avec bienveillance. Il aime chez ces derniers la gravité des mœurs, la sincérité du caractère, la sûreté des relations, et il fait retomber la faute de leur amour du bien-être sur la facile abondance de leur pays, qui permet de le satisfaire '.
Nous serions déçus, on le voit, si nous avions espéré un profit sérieux des longs voyages d'Erasme. Mais l'art si délicat d'observer le génie des peuples ne pouvait être encore que bien imparfait à une époque qui cherchait la science surtout dans les livres, alors que les hommes de lettres ne parlaient que latin, et vivaient ainsi séparés des autres classes de la société. Ce n'est que par manière de distraction, et comme entre deux locturcs, qu'Érasme jette un coup d'oeil autour de lui; son regard, il ne faut pas s'en étonner, s'arrête à la surface.
Il reprend ses avantages dans la satire morale particulière. A défaut d'une observation profonde, il a, avec une sagacité curieuse, un l>on sens naturel et ferme, et