Coll. Pseuduckei et fhiletijtni
est peut-être la partie la mieux venue, celle qui porte le mieux le cachet de la malice enjouée d'Erasme. Le chasseur qui se pâme aux sons rauques du cor et aux aboiements de sa meute, le bâtisseur, Talchimiste qui, une fois sa fortune fondue dans ses creusets, nourrit encore de doux rêves, le joueur qui met son honneur à payer ses dettes de jeu, mais, hors de son cercle, dupe autrui sans remords, et vieilli, goutteux, paye une main étrangère qui batte le cornet pour lui ', sont des esquisses heureuses, tracées par une plume habile et légère. C'est une même pensée qui réunit Tun à l'autre ces portraits variés et donne l'unité au groupe. « Qu'importe? au moins ils ont passé agréablement quelques années! » A la suite défilent d'autres fous que le satirique marque d'un trait rapide, mais sur : les soudards superstitieux qui se croient invulnérables parce qu'ils ont salué sainte Barbe avec les paroles proscrites ; les pauvres dupes qui pour quelques prières ou aumônes se promettent santé et bonne chère pendant leur vie, et, après leur mort, une place à la droite du Christ, dernier privilège dont ils ne veulent cependant jouir que le plus tard possible; ces autres fous qui, « avec line àme de boue, » se placent au-dessus des humains, parce qu'ils descendent, à les croire, d'Enée, de Bacchus ou du roi Arthur.
Cette piquante excursion au milieu des ridicules de la société laïque cesse trop vite pour notre plaisir, et nous sommes bientôt ramenés pnr Erasme vers la société théologique de son temps. Nous connaissons trop les colères habituelles que celle-ci lui inspire pour y trouver quelque nouveauté. L'ironie devient sarcasme, et la satire injure, (^e n'est plus à l'homme de goût que s'a-
1. Cl' (Icniicr linit ('fit l'iiiiininlvi'i IIoiMcc, .SV//., I. ii, sat. vir, v. llictsiiiv.