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LA .MORALE AU .MOYEN AGE

de nous cette constante et généreuse résistance à nos passions que la loi religieuse a seule mission d'e.xiger. mais ils nous acheminent comme par des pentes faciles vers une sagesse moins incomplète, mieux équilibrée, qui relève moins de l'autorité d'un principe supérieur à riiommc que de la raison elle-même éclairée par l'expérience.

Ainsi, ce que nous devons étudier chez Erasme, c'est, à défaut d'une conception originale que nous chercherions en vain, la tendance générale de ses préceptes, le caractère de sa sagesse pratique, surtout linfiltration, pour ainsi dire, de l'antiquité païenne dans le fonds encore tout chrétien de sa morale, et la mesure dans laquelle s'unissent, se complètent ou parfois se contrarient ces deux influences. D'autre part, ce qu'il importerait de ne pas trop effacer par l'analyse, ce serait le piquant de l'expression, et ce mélange agréable de raison et d'enjouement par lequel Erasme sait adoucir, en les égayant, les prescriptions de la sagesse.

Cependant l'inspiration directe de l'antiquité n'est pas seulement un trait particulier de la morale d'Erasme ; elle mérite encore d'être relevée comme expression d'une tendance générale, je veux dire du mouvement déjà visible de la morale vers la sécularisation.

« La sécularisation d(^ la morale, a écrit M. Saint- Marc Girardin, et son alîrancliissement du casuitisme ecclésiastique n'ont pas été une révolulioii moindre cpie la Réforme de Luther, et ses etVels, |)our éli-e plus lents.

n'ont été ni moins sûrs ni moins grands '. » Or, pour juger de l'importance de cette révolution et savoir dans quelle mesure Erasme y contribua, il n'est pas inutile de rappeler d'abord ce que la morale avait été au moyen âge, de dire ensuite dans quel sens et sous quelles réserves la morale sécularisée était un progrès légitime et désirable.

La tbéologie au moyen âge, nous l'avons dit, avait fait pour toutes les branches des connaissances humaines ce que l'Empire romain avait, dans l'ordre politique, fait pour les nations étrangères : elle les avait absorbées et marquées toutes de son empreinte uniforme. L'Ecriture était restée comme le seul arbre auquel il fût permis à Ihomme de demander les fruits de la science. La morale avait, plus que toute autre science, perdu ses caractères propres et distincts. Gomme le point de départ était la révélation, imposée et admise a jiriori, cette révélation fournissait une morale de toutes pièces, que le théologien seul enseignait au nom d'une autorité divine et par les procédés scolastiques. La science morale était ainsi devenue un mélange confus et sans originalité d'Aristc te uni à saint Augustin -.

(Captive de la scolastique, que pouvait surtout devenir la morale des préceptes, cette morale familière et humaine que les anciens avaient mise en si beau jour? La théologie avait brisé avec les païens, Aristote excepté; elle avait interprété la loi du Christ non comme l'achèvement de la loi naturelle, mais comme la ruine entière de la nidiale j»aïeniie dans lontes ses parties. (k'tt(^ niptiii'e avec le ])assé n'avait [tas eu lieu sans des re-

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