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SÉCULARISATION DE LA MORALE

lierai des esprits. Los hommes d'église devenaient des hommes d'J^tat, Rome une principauté séculière sous Jules II et Léon X. Les mailles du réseau théologique, qui au moyen âge emprisonnaient les sciences et les arts, venant ainsi à se relâcher, l'esprit laïque commença à" s'échapper. Plus alerte et plus vive, la comédie s'émancipa la première ; et ce fut un grand changement, où toute une révolution était en germe, que de voir en France les clercs de la Basoche représenter, au lieu des mystères de la religion, la société avec ses mœurs et ses travers ' .

Mais ce fut le génie retrouvé de l'antiquité qui porta au casuitisme le coup vraiment décisif. Quand on connut les écrits des anciens et leur morale parfois déjà si helle, on fut amené à croire que la morale n'était pas exclusivement catholique et théologique, mais universelle et humaine. Il se passa alors quelque chose d'analogue à la légende du rossignol de Bâle, racontée avec charme par Henri Heine ". Au temps du concile de Bâle, en 1443, des docteurs se promenaient dans un bois, près de la ville, disputant avec feu sur les curiosités tliéologiques les plus abstraites et 4es plus inutiles. Tout à coup d'un buisson en fleurs s'élance une douce et simple mélodie, celle d'un rossignol qui célébrait les premiers jours du ])rintemps. Toutes ces âmes scolastiques s'ouvriront un instant à cette note pure et charmante qui venait au travers de leurs distinf/uo ot conccdo; mais ce ne fut de leur part qu'un court délire. Le plus vieux seolastique de la troupe remarqua subtilement que le démon avait pris sans doute cotte forme innocente ot ce

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2. De rAlli'uxnjiic. Ire partin : de /'A/le/tuif/ne Jus(pi'ii Luther.

chant séducteur pour les entraîner à la volupté, et au riant appel du rossignol il répondit par la sévère formule de l'exorcisme.

Ces morales humaines et conciliantes de l'antiquité furent aussi le chant du rossignol qui éclata tout à coup au milieu des raffinements et des subtilités de la morale scolastique. Cependant, comme il arrive toujours, il y eut bientôt des torts de chaque côté. Relever la morale païenne pour l'opposer avec avantage à la morale chrétienne était une entreprise puérile et vaine. Il devenait trop facile de signaler les points vulnérables du paganisme, les parties définitivement jetées à bas. Ce n'était plus qu'une parodie de la résurrection païenne tentée par Julien. Au seizième siècle quelques esprits, surtout en Italie, sous le charme de l'antiquité, purent bien aller jusqu'à cette illusion de croire que la sagesse païenne suffisait à tout et rendait la révélation inutile, comme au dix-huitième siècle d'autres esprits crurent avoir détruit le christianisme en réhabilitant la hd naturelle '. (Vêtait passer toute mesure que de porter juscju'à ce point la sécularisation de la morale ; c'était nier l'évidence et rendre la cause de l'antiquité justement suspecte aux yeux de l'orthodoxie. D'autre part, c'était aussi s'écarter de la vérité que de faire de la morale une simple dépendance et comme un fief d(^ la théologie. En n'accordant pas à la morale d autre origine que la révélati(»n chrétienne, (Ml lui refusant celte autre origine, sacrée aussi, qui est la conscience même, et la notion éternelle, commune à tous, persistante sous toutes les formes et à tous les degrés d(» la vie sociale, du bien et du mal. on niait

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