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Voltaire, iioihiip xur In Loi nntnrclle

F^es vortiis dos ]iaii'iis (■l.iirnl, dil-oii, des crimes...

SÉCULAllISAÏION DE LA MORALE. 349

une vérité en soi aussi évidente que celle de l'insuffisance même de la loi naturelle ; on brisait sans profit pour personne le lien de solidarité qui unit réellement toute la famille humaine; on dépouillait toutes les générations qui avaient précédé la venue du Christ de cette part de vérité que la miséricorde de Dieu avait laissée à l'homme, jusque dans sa déchéance; on contristait les âmes tendres, en leur imposant l'obligation de croire c|ue rhurnanitt", jusqu'au Christ, avait été sans réserve l'esclave du démon, et que les plus belles pages morales de ses philosophes n'étaient qu'un piège du malin esprit. La vérité résiste à ces extrêmes opposés. Pour sentir tout le prix de la morale chrétienne, il n'est pas nécessaire de jeter l'exorcisme sur la morale païenne : il suffit de reconnaître ses réelles imperfections, et surtout qu'elle n'avait pas une sanction suffisante pour donner force de loi à ses prescriptions. Mais ce caractère essentiel, qui manquait assurément à la morale païenne, la morale théologique du moyen âge l'exagéra jusqu'au point d'établir son autorité sur le sentiment presque unique de la peur, le plus triste sentiment de l'àme humaine, qui prépare à toutes IfeS faiblesses et à toutes les trahisons.

Ainsi la sécularisation de la morale n'est en soi nullement préjudicia])le à la religion et à la foi. L'Eglise a plusieurs fois condamné, et notamment au dernier concile, ceux qui soutiennent que l'homme est incapable, par les seules lumières de sa raison naturelle, d'établir l'existence de Dieu et de la loi morale. D'ailleurs, de ce que la morale a une origine propre, un point de départ étranger et antérieur à la révélation, il ne suit nullement que ses observations, ses tendances, ses conclusions doivent èti'c en rien contraires h cette révélation

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et à la doctrine qui en découle. Les revendications de lEglise se bornent à ceci : elle prétend conserver un droit de contrôle sur la morale et les conclusions qu'on voudrait tirer de l'observation inexacte ou incomplète de l'homme ; elle prétend que la foi en ses dogmes est un soutien à peu près indispensable pour maintenir fermement les hommes dans la voie du bien, parce qu'elle possède sur la tin de l'homme, sur ses rapports avec Dieu, sur la^ sanction de la loi morale, sur le jugement, sur la vie future, des lumières plus sûres, plus précises et plus complètes que celles de la seule raison, et aussi parce qu'elle est dépositaire de forces et de grâces divines, en sorte que vouloir se passer d'elle pour moraliser les hommes est une entreprise dangereuse; elle prétend enfin proposer aux hommes un idéal moral supérieur, et qu'elle-même appelle surnaturel. Ne peut-on pas croire que le moraliste qui observera l'homme avec vérité ne sera jamais en opposition avec la doctrine catholique?

C'était donc une œuvre utile que d'établir entre la théologie et la morale une judicieuse distinction. A cette séparation la théologie elle-même ne pouvait que gagner, ainsi cpie la mor<He. Ce qui le prouve, c'est que les plus grands moralistes du dix-septième siècle et particulièrement les écrivains de Port-Royal surent maintenir ce sage équilibre. « Ils réconcilièrent la morale avec la religion, écrit M. Saint-Marc Girardin, sans asservir l'une à l'autre, et, disciples des Pères de l'Kgliso, annoncèrent la vraie morale chrétienne, qui n'est ni la sagesse de la morale antique, ni la morale de la théologie sc(tlasti(|U(' '. » Il est ])ieii vrai pourtant «[ue le moiivcinciil de sécularisation, Irès-légitime en soi, pou-

1, ïdhliUlU (la XVI'' sirc/i-; liinivi/r.

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