CONCLUSION MORALE DES ADAGES
même au delà de ses espérances par la révélation, ne doit pas répudier le patrimoine transmis par l'homme ancien; que l'humanité est une et reste une, à travers ses plus profondes transformations ; que le fils éclairé par la lumière surnaturelle de la foi peut encore reconnaître et écouter avec profit le père qui n'avait pour guider sa route que les lumières naturelles de la raison.
Quel que soit l'enthousiasme d'Erasme pour l'antiquité, et son zèle à en propager l'étude, la part qu'il lui fait dans la morale reste donc subordonnée et secondaire. Cette tentative de conciliation entre l'esprit païen et chrétien avait alors son expression dans l'art allemand. Quand le fondeur en cuivre de Nuremberg, Peter Yischer, groupait au pied du tombeau de saint Sebald les héros de l'antiquité païenne et du judaïsme, mêlés à des enfants jouant avec des lions ou se berçant dans le calice des fleurs, il montrait les prophètes et les apôtres dressés le long des colonnes et soutenant le monument que l'enfant Jésus couronnait \ Erasme, comme moraliste, appartient à cette école de la conciliation. Il aimera à rapprocher le langage des philosophes païens de celui de l'Évangile, mais il ne fera aucune difficulté de reconnaître la supériorité du principe chrétien ^ Ce
1. V. Revue des cours publics, 21 novembre 1868. Conférence publique faite à Berlin par M. Woltrnanu.
2. V. dans le coll. Co?ivivium reUgiosum ce que dit Érasme sur le mot domus appliqué par Cicéron à la vie, et le mot oixta ou olxr,Triptov réservé par saint Paul à la vie céleste. — De même le o prœclarum diern de Caton dans le deSenectute rappellera à Érasme le cupio dissolvi de saint Paul. Dans les Adages, à propos de la sentence pythagoricienne ),£(.)<pôpou [xr, êaoîî^stv, Érasme remarque que ce précepte n'est jtas éloigné de celui de l'Évangile, qui nous reconnuande de nous éloigner des grandes routes. Cf. aussi chez Uudé plusieurs rap[)rochemeuts de souvenirs païens avec des paroles de saint Paul. (V. la thèse de M. Réhitté, p. 18G). Budé
n'est pas contre le christianisme qu'il tourne l'antiquité, comme on le fera au dix-huitième siècle, mais contre ceux qui pratiquent mal le christianisme. La pensée cVErasme n'est pas : « Un chrétien, après tout, jie vaut ni plus ni moins qu'un honnête païen ; » mais : « un honnête païen vaut mieux qu'un mauvais chrétien. » Il dira par exemple : « Combien peu de chrétiens vivent de manière à pouvoir répéter pour eux-mêmes la parole du vieux Gaton : Nec me vixisse pœnitebit ! La foule s'imagine qu'elle n'a pas vécu inutilement quand elle peut à sa mort laisser des richesses amassées par tous les moyens. Mais Gaton pense qu'il n'est pas né en vain, parce qu'il s'est montré citoyen intègre, magistrat incorruptible, parce qu'il a laissé à la postérité des monuments de sa vertu et de son génie K » Il a honte des chrétiens de son temps, quand il lit les belles morales de Gicéron et de Plutarque, (( ces livres qu'il ne peut s'empêcher de baiser, en vénérant ces âmes saintes inspirées de Dieu - ; » ces livres pour lesquels il donnerait tout Scot; « où il trouve enfin une telle sainteté, qu'il lui paraît prodigieux que tant de pensées évangéliques soient nées dans le cœui'* d'un païen ^ ; » mais Erasme veut-il faire entendre que cette morale antique suffit à tous les besoins de l'homme? Non, assurément, et luimême nous exhortera avec plus d'insistance encore à nous pénétrer des Livres saints : « On se repent souvent d'avoir employé trop de temps à lire les ouvrages des hommes; mais heureux celui qui est surpris par la mort
non {(lus qu'Éra?me n'établit de divorce entre la morale humaine et le christianisme, bien qu'il parle de la philosuphie connue devant être pour les hommes voyageant ici-has un çevaytoyô;. V. île stud. liiteror,, p. 22, éd. Biile.