‹ ErasmeChapitre 192 sur 247 · Ihid. — :}. Ihiil · texte numérisé non relu

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CARACTERE DE LA MORALE D'ERASME. 3o7

dans le temps qu'il médite rEcritiire sainte ! Ayons donc une grande ardeur pour ce divin livre, honorons-le, feuilletons-le à tous les moments, mourons en le lisant, changeons-nous en lui, puisque les études forment les mœurs ' ! » Dire à des chrétiens médiocres qu'ils pourraient recevoir des païens eux-mêmes d'utiles leçons de morale, ce n'est pas accuser l'Evangile, mais la mollesse de ceux qui le pratiquent mal. Saint Augustin adressait les mêmes reproches aux chrétiens de son temps : <( Nous qui servons sous les enseignes du Christ, nous qui attendons de lui pour solde l'immortalité, nous ne pouvons faire ce qu'ont fait des hommes qui ont soupçonné ou cru fermement que rien ne restait de nous après le bûcher - ! »

C'est donc là un premier point qui nous paraît établi. Si dans l'empressement d'Erasme à accueillir les moralistes païens nous pouvons reconnaître l'un des caractères de la morale sécularisée, il ne serait nullement exact d'insinuer que cette réhabilitation partielle delà morale antique renferme une pensée secrète d'hostilité contre le christianisme.

Est-ce à dire cependant, ^ regarder de plus près, qu'il n'y ait pas déjà chez Erasme une tendance certaine à restreindre le côté surnaturel delà religion, à la transformer en un spiritualisme conciliant? Ce qu'il entend par philosophie chrétienne ne conduirait-il pas par des pentes insensibles vers cette morale des honnêtes gens^ qui prétend garder les maximes chrétiennes sans les pratiques, et que M. Sainte-Beuve définit « un christianisme rationalisé ou plutôt utilisé ^ ? » On sent bien en

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