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DU DIVORCE

toutes les raisons qui peuvent être alléguées en sa faveur, proposait des compromis, prenait déjà en un mot à l'égard du divorce l'attitude à demi favorable que lui a toujours gardée la morale séculière, mais ne cessait de se plaindre qu'on lui prêtât à ce sujet comme sur tant d'autres des sentiments contraires à la foi catholique. Chez Erasme, l'esprit laïque encore défiant se rejette à la moindre menace derrière une protestation d'orthodoxie. Il serait encore aisé, dans la question des pratiques extérieures, de relever chez Erasme ce caractère d'indifférence un peu dédaigneuse qui sera trop souvent, il faut le reconnaître, la tendance de la morale séculière. Certes l'Evangile sainement interprété n'a rien qui justifie les méfiances de l'esprit laïque. Il n'a jamais été dit aux hommes que la pratique des lois ecclésiastiques les pouvait exempter de la pratique des lois morales. Les premières ne sont que le signe, la manifestation extérieure des secondes, et aussi un secours puissant pour les accomplir. L'Eglise n'a jamais enseigné autre chose. La morale séculière s'y est parfois volontairement trompée, et, relevant avec complaisance les abus odieux qui se sont élevas à de funestes époques, elle a sans justice accusé l'Eglise d'avoir substitué sa discipline extérieure au principe moral. Erasme a déjà quelques-unes de ces préventions de l'esprit laïque ; mais comme il s'écarte rarement de cette ligne prudente que lui imposait l'hostilité toujours en éveil des théologiens, il est malaisé de déterminer le point où commencent ses réticences et ce qu'elles coûtent de sincérité à l'expression de sa pensée. D'une part Erasme n^fuse aux chrétiens le droit de sul»stituer sur ces questions de culte et de discipline extérieure leur autorité propre à celle de l'Eglise ; d'autre part il ne fait pas difficulté

d'avouer que le joug du Christ a été rendu lourd par les hommes. Comme pour le dogme, il réserve les droits de FEglise en l'invitant à en sacrifier quelques-uns.

Malgré ces velléités d'indépendance, Erasme cependant est encore loin d'échapper à toutes les influences du milieu où il vit. On pourrait même, sans forcer la vérité de l'opposition, mettre en présence comme deux Erasmes, l'un parlant du plus redoutable sujet qui s'impose à la pensée de lliomme, de la mort, avec la sérénité philosophique d'un ancien, l'autre sujet à de singulières défaillances, presque à des frayeurs puériles, quand la rumeur publique apporte jusqu'à lui en la grossissant quelque histoire surnaturelle ou mystérieuse.

On a dit avec esprit que le moyen âge, en se brisant au seizième siècle, l'avait rempli de ses éclats. Ce siècle en effet qui vit le premier essor de la libre pensée conservait encore les terreurs superstitieuses des âges précédents. Particulièrement en Allemagne, les vieilles croyances de la nation, empreintes dans les sombres légendes populaires, n'avaient jamais été complètement vaincues par le christiani,sme. Ce n'était pas le peuple seulement qui avait foi aux songes, à la chiromancie, à l'astrologie divinatoire : les esprits les plus fermes étaient eux-mêmes bien éloignés de traiter ces croyances communes avec légèreté. Luther eut bien des nuits troublées par les obsessions du démon '. Les lettres de Mélanchthon comme les annales du chartreux Suilius sont

1. On sait encore qne Luther condamnait la Méti-orologip d'Aristote, » parce qu'elle est fondée sur ce principe (jne tout dans la nature arrive par des causes naturelles. » V. le curieux livre de Gerson, intitulé ^45trolofjia thco.ogiznta, dans lequel il poursuit l'accord de la théologie avec l'astrologie. Op. Gers., t. i, p. ISO.cd. Anvers, 1706.

remplies d'histoires merveilleuses, de soudaines inondations, de naissances de monstres qui annoncent la colère du ciel. Erasme a-t-il échappé à la contagion de ces préjugés ? Sur lui l'atteinte est plus légère sans doute, mais elle ne laisse pas d'être encore sensible. A telle heure il prend parti contre les devins qui enseignent aux hommes à se servir des astres pour se passer de la morale ; à telle autre, il n'ose assurer cjue leur art soit un pur charlatanisme *. Voici même une lettre qu'il faut lire dans son entier, pour juger par le ton général, exempt, il nous semble, de toute intention ironique, si Erasme, lui aussi, n'a pas eu ses moments de frayeurs superstitieuses. Il écrit de Fribourg, en 1533, à Damien de Goes :

« La ville où s'est passé le fait qui vous a été raconté se nomme Schiltach en allemand. Elle est à huit milles de Fribourg. Que tout ce que l'on en rapporte soit vrai, je n'ose l'affirmer; ce qui est trop vrai, c'est qu'en un instant la ville a été tout entière dévorée par le feu. L'incendie a éclaté le jeudi qui a précédé Pâques de l'année 1533. Voici ce que des citoyens de cette ville ont assuré au magistrat de Fribourç;, comme me l'a rapporté, autant c|u'il m'en souvient, Henri de Glaris. Le diable se met un jour à siffler, comme pour donner un signal, dans un cabaret de la ville. Le cabaretier, croyant à la présence d'un voleur, monte aussitôt et ne trouve personne. Le même sifflet se fait entendre de la chambre supérieure. Le cabaretier monte encore, toujours à la poursuite de son voleur. Personne; et voici le sifflet qui retentit sur le toit de la maison. Une idée traverse l'esprit du cabaretier : il a affaire au démon. Il dit à ceux

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