‹ ErasmeChapitre 195 sur 247 · Institut, princip. christ., c. TT · texte numérisé non relu

Institut, princip. christ., c. TT

qui l'entourent de ne pas se troubler ; il envoie chercher deux prêtres. On fait l'exorcisme. « Oui, répond l'esprit, je suis le démon. — Que viens-tu faire ici? — Je veux brûler la ville. » Les prêtres menacent. « Je méprise vos menaces, dit-il, parce que l'un de vous est un libertin et l'autre un voleur. » Quelque temps après, le démon enleva dans les airs et plaça sur le faite de la maison une femme avec laquelle il avait commerce depuis quatorze ans et qui ne laissait pas de se confesser chaque année et de recevoir l'eucharistie. Il lui mit dans les mains une chaudière et lui commanda de la renverser. Elle le fit, et en une heure toute la ville était consumée. Le démon fut-il jaloux d'avoir un rival préféré dans le fils du cabaretier, et, pour se venger, voulut-il perdre la ville et la femme elle-même? je ne le tiens pas pour certain, mais cela n'est pas invraisemblable. Le bruit de cette histoire passée si près de nous a pris tant de consistance qu'elle ne peut pas avoir été imaginée. »

Quoi donc ! Erasme tiendrait pour vrai ce conte ridicule? On veut en douter, on craint de montrer quelque simplicité en prenant au sérieux un simple badinage que la gravité même du ton, rend plus piquant. Nous l'avouons, le jeu serait trop caché, et cette page rapprochée de quelques autres nous incline à croire qu'Erasme n'a pas toujours échappé à son milieu encore imprégné d'un sombre surnaturel.

Ce ne sont d'ailleurs chez Erasme que des heures de faiblesse assez courtes. Si un instant ces contes fantastiques qui lui reviennent de toutes parts semblent le déconcerter, il se ressaisit bientôt. Les pages d'Erasme sur la mort sont à cet égard curieuses à relever. C'est déjà l'esprit philosophique cherchant à dissiper les terreurs religieuses des derniers instants de l'homme.

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