LA FAMILLE
Mais Erasme a raison de dire qu'une bonne vie est la meilleure préparation à la mort. Il ne veut pas que cette image funeste nous trouble plus que de raison, (( que nous soyons sans cesse à interroger l'ombre projetée par les arbres, de peur t[ue la nuit ne nous surprenne avant le terme de notre voyage *. » Il conseille plutôt de suivre en paix la route qu'il nous est donné de parcourir, recueillant chemin faisant les plaisirs honnêtes et les utiles leçons qui s'offrent à nous. Comme à la plupart des moralistes observateurs, la famille semble à Erasme le cadre le plus naturel d'une vie paisible et heureuse, et le centre le plus favorable au développement des vertus pratiques. Quand on l'accusait de paraître placer le mariage au-dessus du célibat religieux, il répondait par la bouche de Pamphilus : « Je préfère le spectacle de la vigne qui s'attache à un orme et plie sous les grappes de raisin à la vue d'une vigne étendue à terre et stérile ^. »
Avec les Colloques, le traité sur le Mariage chrétien, en le dégageant toutefois des discussions de jurisprudence théologique qui en rendent l'abord un peu sévère, est l'une des œuvres peut-être où la morale enjouée d'Erasme se montre sous son jour le plus favorable. Ses préceptes, à défaut d'une réelle originalité, pourront encore nous instruire par leur sagesse et nous plaire par le tour heureux qu'il sait leur donner.
Erasme tout d'abord met en garde contre la préci-