LE MARIAGE CHRÉTIEN
vain titre de noblesse qui n'est le plus souvent que l'odieux privilège de faire le mal impunément. « Qu'un manant commette des actes de piraterie ou de brigandage, on le condamne à la roue ; que le coupable soit un chevalier, un homme qui ait une parcelle de noblesse, qui possède la moindre tour, repaire de scélérats, cela s'appelle la guerre, et souvent la déclare qui n'a pas où poser le pied ' . » Enfin la meilleure assurance du bonheur ne sera ni dans l'égalité des conditions ni dans celle des fortunes, mais dans le rapport sympathique des caractères et le lien solide d'une mutuelle confiance.
Erasme demande aussi avec une remarquable délicatesse d'expressions qu'on rejette les usages grossiers qui profanaient la gravité du mariage. C'était le plus souvent encore l'occasion de repas prolongés plusieurs jours. La compagnie faisait irruption dans la chambre des deux époux, dansait tumultueusement autour du lit nuptial et chantait en chœur des couplets indécents. Erasme veut qu'on respecte l'embarras pudique de la jeune femme. « C'est un délicat objet que la virginité, c'est une rose qui a la blancheur du lait, et le moindre souffle enlève en l'effleurant qtielque chose de sa grâce naturelle ^ »
Le moraliste accompagne le jeune ménage avec une amitié discrète. Il en est de Tunion des cœurs comme de ces greffes pratiquées au printemps. Pour que la tige étrangère se nourrisse de la sève de l'arbre qui la reçoit, il faut avoir soin que le point de réunion ne vienne pas à se durcir et à se fermer.
. . . Vdoque docent inolescere libro 3.
Ainsi le moraliste cherche à défendre contre les dangers
1. De Matvim. clirist. — 2. De Matihn. chriat. — 3. Georg., 1. II, v. 77.
qui la pourraient menacer cette heureuse union encore dans sa première fleur. C'est à la jeune femme surtout qu'il adresse ses conseils, parce que la finesse naturelle à son sexe la dispose à les mieux écouter, et que sa faiblesse même doit lui donner plus de crainte pour la durée de son bonheur. Erasme l'invite à ne pas s'irriter d'un certain caractère de fierté indocile qu'elle peut rencontrer chez son mari. « La femme qui, une fois offensée, s'éloigne de son mari, n'est pas moins irréfléchie que celui qui, pour avoir été piqué par une abeille, laisse le miel à d'autres. » Il faut l'avouer : les images ne sont pas toujours aussi flatteuses pour notre amour-propre. « Ceux qui apprivoisent les bêtes féroces, dit encore Erasme à la jeune femme, ou les chevaux sauvages, cherchent à savoir avant tout ce qui les exaspère ou les adoucit. Les lions ne veulent pas être regardés de travers, les taureaux s'irritent contre le rouge, etc. » La métamorphose est brusque et nous offenserait aujourd'hui. Cela semble tourner à l'art d'apprivoiser un mari. Nous devinons du moins combien les mœurs restaient grossières, pendant que les esprits se passionnaient pour l'étude et se rafhnAient. M. Guizot, analysant le doul)lG élément qui constitue la civilisation, ajustement signalé ce manque d'équilibre et de proportion entre l'état des mœurs en Allemagne, au temps de la Réforme, et le développement d'esprit qui se révèle par les travaux de Luther et de Mélanchlhon *. Ainsi Erasme confirme en moraliste familier les spéculations de l'historien philosophe.
En fin conseiller qui ne croit })as au succès des revendic;iti(ins violentes, l'j'asme rappelle à sa jeune élève