Ep
2. Les Ailles les imprimèreut en l.-)f)8 et, eu 1520. .Mais le succès de Fouvrîige fut bien plus considérable eu AUoniâgne qu'en Italie. Mathieu Schurer le réimprima onze fois de \W.) h 1520, et Frohen dix fois de 1513 à 1539, saus compter scjd ou huit éditions imprimées ailleurs. V. DidoL l'jssni sur Ut iijpDijrnpIiic, p. (ii5.
navaieiil eu encore qu'un contre-coup assez faible dans Tordre littéraire. De ce côté les révolutions sont d'un progrès plus lent qui se dérobe parfois au regard le plus attentif. Le jour se fait peu à peu et lutte longtemps encore avec la nuit. Cet âge, qu'une admiration trop dénigrante pour le passé a appelé Tàge de la Renaissance, et qui verra cependant la ruine de trois grandes choses, la féodalité, la scolastique et Tunité religieuse, ne s'ouvre pas par un événement qui éclate et retentisse : une année seulement fait place à une autre.
C'est à Paris que s'écoule pour Erasme la première année du xvi' siècle. Sa réputation qui grandit chaque jour n"a guère amélioré sa fortune. 11 navigue avec peine, dit-il, contre vents et marée, cherchant partout un astre favorable qui lui rende propices les tlots et les (lieux. Par malheur, dans les années qui suivent, sa correspondance devient trop rare et trop discrète pour notre curiosité. Bien d<'s lettres se rapportant à cette époque ont dû être perdues. Erasme luimême, quand il ]>uhlia le premier recueil de sa correspondance, en déti'uisit un grand nombre, à l'instigation de ses amis ou par prudence. Nous ne devons mettre que plus de soin à dégager, dans les fragments (jui nons sont parvenus, tout ce qui peut reconstituer, sinon Ions les actes extérieurs d'Erasme, dn moins Thistoire de ses pensées, de ses sentiments, et, pour ainsi [>arler, sa biographie morah', la seule au demeurant qui soit pour nous d'nn intérêt durable.
En l.")00, c'est encore vers la marquise de Véra que semble se lonnirr le |>lns fei in<' espoir d'Firasme. Il lui
l'HESTKii: DE L ITALIE. 27
envoie une hymne à sainte Anne, sa patronne, et des prières pour intercéder la sainte Vierge. Il lui parle de ses rêves généreux, il cherche à l'y associer, à séduire son cœur et son imagination. Quel honneur ne rejaillira pas sur son nom, si, grâce à elle, Erasme peut rendre à Tantique théologie la robe tout éclatante d'or que les scolastiques ont souillée et déchirée ' ! Sans cesse il provoque le zèle de Battus ; il trace même le cadre des lettres que son ami devra écrire à la marquise, il lui recommande, « si sa religion lui permet quelque léger mensonge, de montrer à la marquise tout ce c|ui sépare Erasme de ses vulgaires rivaux, le prompt oubli réservé à leurs tristes bavardages, la gloire immortelle au contraire qui attend ses ouvrages ". » Le désir de visiter l'Italie se réveillait aussi plus vivement dans son esprit. Tout jeune homme de l)onne famille, au temps de Cicéron, était tenu de faire une fois au moins le voyage d'Athènes, pour compléter ses études. Ainsi l'Italie, au siècle de la Renaissance, semblait le seul pays où put s'achever une éducation libérale. Les écoles d'Italie gardaient encore leur prestige. Les Italiens étaient réputés avoir seul le discernement exact et sur du vrai et du faux talent, et, pour conquérir parmi les savants une autorité qui ne fût pas contestée, il fallait avoir passé les Alpes et comme reçu de l'Italie ses lettres de naturalisation. On sait combien les Académies de France et d'Allemagne étaient jalouses de placer le nom d'im docteur italien sur les registres de leurs Facultés, et elles payaient cher ce luxe parfois inutile. Erasme acconhiil bien à l'Italie l'honneur d'avoir devancé les autres nations dans la carrière des études libérales ; ce cpi'il sup-