EDUCATION DOMESTIQUE
avant la naissance de son fils, et qu'il lui doit de le placer dans les conditions les plus favorables au développement de son être moral. Il faut aussi éloigner avec soin tout ce qui pourrait flétrir l'ingénuité de l'enfance ou mettre sa pureté en danger. Erasme réprouve avec un juste dégoût l'usage populaire, qu'il relève particulièrement chez les Flamands, d'amuser les enfants par d'infâmes chansons. L'oreille de l'enfant s'ouvre vite à une parole impure, sa mémoire la retient et son cœur se corrompt. Erasme veut aussi qu'on écarte des yeux de l'enfant les gravures trop libres ; il fait appel au magistrat et invoque la sévérité des lois contre ceux qui les exposeraient dans les carrefours. Ce sentiment de respect pour l'enfant est encore trop rare à cette époque, et les plus sincères, Erasme lui-même, ne sont pas sans avoir comme des distractions. C'est ainsi que dans telle page de ses Colloques il défend l'emploi des mots obscènes, et les cite par manière d'exemples.
Cette légère contradiction ne doit cependant nous rendre ni injustes ni sévères à son égard. Son respect pour l'enfance est sincère, mais sans tristesse ni austérité. Erasme n'aime pas l'étiquette cérémonieuse que certaines bourgeoises, à l'image des personnes de la cour, commencent à exiger de leurs enfants, et qui n'est que l'hypocrisie du respect. Il raille une dame française qu'il a connue et qui obligeait sa tille à répéter à chaque phrase : Madame ma mère, et à répondre au lieu d(^, non : Salve votre grâce ^ madame '. Erasme précède Montaigne à plusieurs égards dans tout ce qui regarde la première éducation de l'enfant. Comme Montaigne, il la veut facile et aimable, faite d'exemples plus ([iic <b'