‹ ErasmeChapitre 202 sur 247 · Ces mois suul cités eu français par Erasuie · texte numérisé non relu

Ces mois suul cités eu français par Erasuie

préceptes et de paroles, et, selon lui comme selon Montaigne, c'est au foyer domestique que l'enfant doit recevoir les premières leçons qui vont ouvrir une vie nouvelle à son intelligence.

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Érasme n'a pas traité spécialement de la morale sociale. Elle n'est à ses yeux que l'extension de la morale privée et l'application à la société des mêmes principes qui régissent la conduite des particuliers. S'il toucha à la politique de son temps, ce fut moins en moraliste qu'en satiricjue. Son âme s'irritait au spectacle d'une société livrée aux entreprises de la ruse et de la force, où le succès était le droit ; le privilège, la loi commune. Dune plume rapide et impatiente, il traçait le tableau des malheurs de son temps, et faisait tomber une part égale de responsabilité sur l'injustice des rois et l'indocilité des sujets. Il n'allait pas plus loin que la satire ou la plainte. Les théories spéculatives ne l'eussent pas séduit en politique plus qu'en religion. Il n'aurait proposé d'autre remède aux maux de la société que le retour aux lois de la morale universelle. Cependant la science politique, émancipée, elle aussi, de la théologie, prenait tous lesjours trop de force et d'importance pour qu'I'^rasme put rester tout à fait étrang(;r à ce mouvement. Il n'est donc pas impossible de noter du moins à cet égard les vues d'Erasme, d'indi([u<.'r même les solutions tempérées qu'il eût sans doute (humées aux divers problèmes qui s'imposaient déjà aux esprits.

La graixh' ([ucslioii (|iii a\ail |>assionné le moyen âge, celh; de savoir si les ])riuces tenijtorels tenaient directement leur pouvoir de Dieu ou n'étaient que les

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délégués du pape, avait beaucoup perdu de son intérêt, et, si les théologiens l'agitaient encore dans leurs écoles, elle pouvait paraître pratiquement résolue dans la société. La Réforme l'avait tranchée au profit du pouvoir séculier. Luther, pour intéresser les princes à la défense de sa cause, leur offrait l'autorité dont il dépouillait la cour romaine. (( Empereur, sois le maître, disait-il à (]harles-Quint dans sa Proclamation à la noblesse allemande; le pouvoir de Rome t'a été dérobé ; nous ne sommes que les esclaves des tyrans sacrés. » Dans les contrées catholiques, le saint-siége avait à compter avec l'autorité royale tous les jours plus puissante, plusfière, plus résolue à défendre ses droits, et qui trouvait ses parlements et quelquefois son clergé même prêt à la soutenir ^ Mais, pour avoir vaincu l'ambition théocratique de Rome, on n'avait pas à beaucoup près résolu la question des rapports nécessaires des deux pouvoirs et des conditions de leur indépendance réciproque. L'équilibre, rompu au temps de Grégoire VII en faveur de la papauté, l'était maintenant au profit dé la royauté. La confusion des esprits sur cette question était profonde. Erasme lui-même -hous en offre l'exemple.

En lo2i, il écrit à Pierre Rarliirius qu'il appartenait aux rois de prononcer sur Luther, d'étudier les causes du mal et d'y porter remède - ; en 1526, il déclare à Simon Pistoriusque les princes doivent veiller à l'ordre public, mais ne pas se mêler de ce qui relève de la conscience de chacun ^ ; et cependant, au temps de la diète d'Augsbourg, il provoque la décision théologique de Cliarles- Quint. Quand on voit ainsi les meilleurs esprits du s(ù-

1. V. les articles do, .M. Cirand sur Gror/niri' Vil et son temps dans la Revue des Deux-Mondes; mars cl avril IST.'i.

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