‹ ErasmeChapitre 205 sur 247 · LE PRINCE CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

LE PRINCE CHRÉTIEN

battre en tous sens : la fortune, les voluptés, la liberté de tout faire ^' Erasme veut qu'on développe avant tout (•liez cet enfant, destiné à courir tant de dangers, le sentiment de la dignité personnelle, la force du caractère, le principe de l'bonneur, le mépris des préjugés. Les premiers livres qu'il lui donne dans son adolescence mar(|uent bien la double tendance de la morale d'Erasme : il fera lire au jeune prince les Proverbes À& Salomon et les Œuvres morales de Plutarque, V Ecclésiaste et le ^e Officiis de Gicéron. Mais ce ne sont pas les anciens qui devront lui apprendre ce cju'estla véritable royauté. « Ces mots de domination, d'empire, de royaume, de majesté, de puissance, sont des mots païens et non chrétiens. Administrer, faire le bien, protéger, c'est là la véritable royauté chrétienne -. » Les anciens avaient dit que nul n'est orateur s'il n'est homme de bien. Erasme transforme cette sentence en celle-ci : « Nul n'est prince s'il n'est homme de bien. »

Dans ce siècle de guerres dynastiques, de conquêtes violentes, où la trahison, le meurtre et la violation de la foi jurée devenaient des maximes d'Etat et des instruments de règne^ on aime à enteiidre ces préceptes de sagesse et de moralité politique. Il ne faut pas les rabaisser dédaigneusement en les appelant des lieux communs. Doit-on se lasser de rappeler aux hommes les principes de la morale, puisqu'ils la violent sans cesse? et ne doiton pas aussi honorer Erasme d'avoir, avec l'autorité d'une suprématie intellectuelle partout reconnue, protesté contre les tristes doctrines de l'école italienne, qui, en servant trop ])ien les passions (b\s princes, trouvaient en eux des complices intéressés? Machiavel n'avait-il

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