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RÉSISTANCE DE L'ESPRIT FÉODAL

d'une société chrétienne', » ne reconnaît pas au gouverneur d'une province maritime « le droit d'être plus cruel pour les naufragés que la mer elle-même qui les arejetés^ » Mais Erasme reste fidèle à son esprit ordinaire de modération pratique ; s'il appelle une réforme sociale, il la veut progressive et sans violence ; il ne veut pas arracher aux princes les armes que le temps a mises dans leurs mains : il veut les décider à en émousser eux-mêmes la pointe, qu'ils font trop cruellement sentir à leurs peuples.

Sans donc exagérer la valeur de la morale sociale d'Erasme, un trait mérite d'être remarqué, non pour son originalité propre, mais parce qu'il se rencontre trop rarement chez les esprits politiques du seizième siècle. Erasme ne reconnaît pas à la politi({ue d'autre principe légitime que celui de la justice et de la honne foi. S'il y eut dans sa vie un jour plus grand que les autres, ce fut celui où il éleva la voix devant l'Allemagne prise de terreur à la vue des progrès de l'invasion musulmane^ (1330). L'Europe s'effrayait au lieu de s'armer. Luther, découragé, assomhri, frappé de divers prodiges que la crédulité populaire lui rapportait, semhlait croire à la fin du monde. « L'heure de minuit approche, écrivait-il, où l'on entendra ce cri : L'époux arrive, sortez au-devant de lui \ » Erasme ne partagea pas cette défaillance générale, et, en philosophe })lns hahitué à chercher les causes du mal dans le cœur des hommes que dans les révolutions des astres, il montra avec éloquence que le mépris de la justice chez les prin-

1. T)e Mnirim. christ. — 2. Inst. princ. clirist. W. l'l.i/issi>iiri riiusn/tfitii) de bdio Tuicis inferendo^ l.')30. 4. Lelli'c (lu 0 mai i:J29. (If. .Micliflef. Aildifious et oclaircinsi'^iti'uts (inx Mémoires de [j/l/ir,-. t. n. ii. Ji.'t.

ces faisait leur faiblesse et la confiance de l'ennemi. Sans respect de la parole donnée, impuissants à fonder une paix durable sur des traités violés aussitôt que signés', comment pouvaient-ils établir "entre eux une action concertée et vigoureuse? « Nous sommes des Turcs qui combattons des Turcs, » dit-il énergiquement. Les deux écoles de la science politique au temps de la Renaissance peuvent se personnifier en ce moment dans les deux noms de Machiavel et de Morus, L'une et l'autre s'inspirent de l'antiquité, mais pour en tirer les leçons les plus opposées. L'école italienne, réduisant en préceptes les pratiques coupables d'un siècle corrompu et méprisant, les hommes qu'elle prétendait servir, formulait le détestable principe de la souveraineté du but. L'école de Morus, complétant et pour ainsi dire sanctifiant les leçons de l'antiquité par celles de l'Evangile, maintenait comme règle des sociétés humaines l'autorité immuable de la justice, et, dans l'impuissance de trouver une contrée où elle fût encore respectée, créait l'ile d'Utopie comme un refuge ouvert désormais aux âmes blessées par le spectacle de leur temps. Erasme se rappi^che de cette école, et quelque chose du souffle pur qui animait Morus semble avoir passé jusqu'à son cœur plus froid et l'avoir parfois fait battre plus généreusement qu'à l'ordinaire.

Dans la morale privée, les influences qui agissent sur Erasme sont assez complexes. L'insjiiration de l'antiquité restreint davantage celle du christianisme, mais sans la dominer. Il justifie les droits de la morale

l.« Le malin iiiêino du JDiir où l'^i'ancois 1" sifiiiail lo traili'' (itii d iiinait la Bourgogne à (lliinlcs-nuiiil, il lil venir i|iii'l([ues amis cl leur lui une itrotostation en ivgli! cniilrc l'arlc ijHil allai! ac(oin|ilir. " Liiigai'd, llist. rrA/i;/k'k'rre, cli. :!.

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