LES VOEUX DERAS.ME
autres, parce qu'il l'eût désirée pour lui-même. Etre heureux, aux yeux d'Erasme, c'est obtenir du ciel de pouvoir conformer son état aux goûts de sa nature. Il traçait lui îfiissi son Jioc erat in votis dans le tableau paisible et reposé de la vieillesse de Glycion '. Glycion a vécu doucement sans blesser personne, sans condamner ce que font les autres, sans se préférer à aucun, réservé avec tous, parlant des absents avec ménagement, aimant enfin à apaiser les querelles des voisins. Il a eu à payer l'inévitable rançon que chacun doit au malheur : il l'a fait sans maudire la Providence, mais il n'a pas laissé le chagrin s'enraciner dans son âme. Il s'est familiarisé avec la pensée de la mort; il sait que, « pareils aux vestales, nous portons ce feu divin qui nous anime dans des vases de lyrique - ; » il n'a jamais voulu « pâlir, se consumer, pleurer, flatter et supplier honteusement à la porte d'une maîtresse ; » il a un petit domaine dans les environs de la ville, n'use pas de médecins, se guérit lui-même en se ménageant et attend avec calme son dernier jour, (( ne ressentant encore de la vieillesse qu'un sommeil mpins bon et une mémoire moins fidèle. » Erasme eût parfois voulu vivre et mourir ainsi, aimant dans la vertn moins les généreux efforts qu'elle exige que la paix qu'elle procure; mais, comme à beaucoup, il ne lui fut donné que d'esquisser un rêve rapide, une douce chimères détruite aussitôt par les sévères réalités de la vie.