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CHAPITRE Y

DE l'EENEIGNEMENT ET DU ROLE LITTERAIRE D ERASME.

I. État des lettres et de l'enseignement public en Allemagne à la fin du quinzième siècle. — Les frères de la vie commune. — Les uuivergités. — La société rhénane. — VJiumanisme et la scolastique. — Caractère de la Renaissance allemande. — Causes qui entravent les progrès des lettres. — Les écoles d'enseignement secondaire. — IL Érasme ouvre la lutte contre la scolastique dans le livre des Anti-Barbares. — Ses conseils pratiques pour étudier avec fruit. — III. Érasme précepteur de son temps. — Il est pour la diffusion la plus étendue des lumières. — Ses traductions et éditions d'auteurs profanes. — Du traité sur la prononciation grecque et latine. — Ses Adages. — IV. Rôle littéraire d'Érasme. — Le Cicéronien. — Comment il comprend la question de l'imitation. — Les Cicéroniens en déiinitive plus favorables qu'Érasme au développement des langues et des littératures modernes. — V. Des poésies latines d'Érasme. — Caractère de son style.

L'activité littéraire Jii seizième siècle eut un triple objet : la réforme de renseii^nement, riuterprétation et limitation des anciens, enfin rémancipalion définitive des langues et des littératures nationales. Un lien logique rattachait l'une à l'autre ces questions diverses. Le premier ell'ort de la Renaissance devait avoir pour but la réforme de l'enseignement. La parole de Leil»iiitz restera toujours vraie : « Changez le système d'éducation, et vous changerez la face du monde. » Maîtresse de l'échication, la scolastique fût deineuréi? maîtresse de l'espiit liiijiiain. ^lais la pari nue fois faite à l'antiquité

QUESTIONS LITTÉRAIRES DE LA RENAISSANCE. 3S9 païenne dans l'éducation de la jeunesse, quels fruits, quels résultats était-il juste de demander et d'attendre? L'imitation exclusive des anciens présentait un double écueil : moralement, elle pouvait, non sans raison, inquiéter les consciences chrétiennes ; littérairement, elle eût fait succéder une forme nouvelle de tyrannie à une autre; en étouffant l'originalité du talent sous le poids des réminiscences, en décourageant les tentatives heureuses des langues et des littératures modernes, elle n'eût elle-même abouti qu'à une puérile contrefaçon, à une parodie. L'œuvre de la Renaissance était de ressouder, pour ainsi dire, la chaîne qui doit unir toutes les générations de la famille humaine, et de faire pénétrer dans l'esprit moderne le génie de l'antiquité, dans ses parties vivitiantes et saines ; mais elle n'eût donné aucun fruit durable en exagérant, comme elle fut tentée de le faire, la juste part qui revient à l'inspiration antique. Cette délicate question équitablement résolue, les littératures nationales, qui au quinzième siècle se frayaient un passage encore étroit et difficile, allaient pouvoir se développer dans un lit élargi, où viendra tomber et se confondre le double courant, ->chrétien et païen.

Ce sera là d'ailleurs la dernière partie de l'œuvre littéraire du seizième siècle. Elle s'ébauche encore obscurément au moment où Erasme prend possession dans les lettres de toute son autorité. A vrai dire, son rôle se renferme plutôt dans les données des deux premières questions. Mais là son influence fut incontestable, et, on peut ajouter, son action presque toujours mesurée et sage. Nous le verrons se défendre également contre les passions exclusives des doux partis qui se disputent avec violence au commencement du seizième siècle l'enseignement de la génération nomcllc. I] phiide les

droits de l'antiquité classique contre les scrupules d'une foi ombrageuse ou timide; mais, au nom de la foi ellemême, il se retourne contre les prétentions de la secte cicéronienne, qu'il dénonce comme la forme subtile d'un paganisme nouveau. Dans le domaine religieux comme dans le domaine littéraire, il est dans la destinée d'Erasme de chercher les voies moyennes [média quxdam ratio) et de réunir souvent contre lui ceux qu'il ne parvient pas à concilier.

Mais pour apprécier le rôle pédagogique d'Erasme il est nécessaire tout d'abord de rappeler brièvement l'état de l'enseignement et de la culture intellectuelle à cette époque, de connaître les résultats acquis et les causes qui retardaient encore le progrès littéraire. C'est le vrai cadre où nous pourrons ensuite placer Erasme luimême, sans le diminuer ni le grandir outre mesure.

Vers 1340 s'était allumé près de l'Allemagne comme un premier point lumineux, destiné à devenir l'un des foyers de la Renaissance '«Gérard Groot, néàDeventer, établissait non loin de Bruxelles, dans la forêt de Loigne ou Yal-Vert, une congrégation dite des Hiéronymites ou frères de la vie commune. Gomme on le voit d'après les statuts conservés de ce monastère, la vie des solitaires n'était pas purement contemplative; elle devait se partager entre les œuvres ascéti((ues, le défricliement des torrtîs et l'art de la calligraphie ^ L'artich^ Vil du règle-

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