CARACTÈRE DE LA RENAISSANCE ALLEMANDE
Elle voulait lui dérober le fruit, en lui laissant tout le feuillage inutile qui épuisait la sève de l'arhre. Pour le moment elle faisait ses classes de grammaire, sans hâte, sans distraction stérile. Les hommes les plus distingués ne dédaignent pas de composer des livres élémentaires. Quand l'art de Timprimerie est créé, on en use avant tout pour propager des ouvrages à l'usage des écoles ^. Deventer et Loipsick se placent à la tète de la librairie scolaire. Sous ce climat rude et brumeux, la température semble s'adoucir par degrés : la Renaissance n'y éclate pas comme ces printemps des chaudes régions, où, par une secousse inattendue de la nature, tout fleurit dans l'espace d'une nuit.
Cependant, si nous entendons Erasme parler de ces temps d'efforts obscurs et patients, nous ne recueillerons de lui, si l'on excepte les éloges donnés à Agrippa et Alexandre Hégius, que des jugements d'une sévérité presque méprisante. Il semble n'avoir vu partout que barbarie et ignorance. Vouloir dater de soi-même est la prétention ordinaire des générations favorisées qui recueillent les fruits que d'autres avaient semés dans un sol ingrat ; et d'ailleurs le seizième siècle, si fécond dans sa laborieuse confusion, ne devait pas rencontrer auprès du siècle suivant plus de justice qu'il n'en avait lui-même rendu au quinzième. Mais, sans nous arrêter à des boutades trop vives pour que l'histoire littéraire y trouve les éléments d'une équitable appréciation, ilfaut riH-onnaitre que plusieurs causes, malgré les progrès accpiis, entravaient encore en Allemagne l'essor des bonnes lettres.
La cause principale qui contrariait l'effet des sérieux efï'orts tentés pour la rénovation des études, c'était le