‹ ErasmeChapitre 215 sur 247 · Ilall.-uu, IJlt. de l'Eur., l. i, p. 231, note · texte numérisé non relu

Ilall.-uu, IJlt. de l'Eur., l. i, p. 231, note

divorce plus vivement prononcé chaque jour entre les humanistes et une grande partie du clergé allemand, soutenu dans son opposition par l'ordre puissant des dominicains. Dans sa généralité, le clergé, séculier ou régulier, ne se rendait nullement compte de l'état nouveau des esprits, et, dans ses rapports avec les savants, il se montra bien moins avisé que le clergé italien, plus corrompu peut-être et plus sceptique, mais qui, en faisant alliance avec les érudits , sut ainsi les soustraire à Faction de la Réforme et contribua peut-être à prévenir un nouveau schisme. Pendant qu'à Rome la papauté laissait Raphaël placer l'image de Virgile dans la Dispute du Saint-Sacrement, la latinité savante était anathématisée par les dominicains de Cologne. Là où dominaient les théologiens, les érudits étaient persécutés. Conrad Celtes était chassé de Leipsick ; Georges Zingel, doyen de la faculté de théologie d'ïngolstadt, condamnait en masse tous les poètes latins, à l'exception de Prudence et de Rattista de Mantoue, général des Carmes. Léon X, en cherchant à investir les dominicains d'un caractère analogue à celui cju'avait pris l'Inquisition d'Espagne, avait accru leur force h leur orgueil. La censure des livres, dont le premier exemple se rencontre dans le célèbre mandement de Rerthold, archevèqut^ de Mayence ' (1480), était en leur pouvoir. Ils permettaient tout au plus de remanier sans cesse les grandes ceuvres de la scolastique, la Somme et le Livre des sentences, qui iinissai(;nt ainsi ondes abrégés desséchants pour l'esprit. Au liiîu (b^ diriger le progrès, ils préteiubiient l'étouffer.

Les (Umix ciladelles où la scolaslicpie semldait le phis forlciiK'iit retranchée étaicni [.oiiNaiii cl Cdlogiic Ainsi

1. V. le Icxlr rhc/ lliillaui. /.///. (/<■ l'Eiir. t. I. p. ^.'i:!.

SCOLASTIQUKS ET HUMANISTES. 399

à Louvaiii, de 1500 à lolO, ne paraît-il qu'un nombre insignifiant d'ouvrages de quelque nature que ce soit '. l^]n('ore en 1 52 1 , et malgré la fonda tion du collège des Trois- Langues, au moment où Yivès, d'un ton triomphant, écrit à Erasme cpe dans tous les pays qu'il a visités, la scolastique est vaincue, qu'en Sorbonne, à Paris, si l'on invocjue un argument scolastique, « les auditeurs froncent le soucil -, » à Louvain, on refuse à Nesenus de parler publiquement de la géographie de Pomponius Mêla. L'intolérance était pire à Cologne. Les érudits s'en voyaient successivement chassés, aussi bien le noble comte de Nuenar, chanoine de Cologne, que Rhagius ^^^^sticampianus, condamné à dix années d'exil, pour avoir exalté la poésie aux dépens de la théologie.

L'affaire de Reuchlin fut en 1S12 le signal de la guerre depuis longtemps imminente, et les Epitres des hommes obscurs désignèrent aux attaques des érudits le triumvirat scolastique de Cologne, Jacques Hogstraten, prieur des dominicains, et les professeurs Arnold de Tongres et Ortuinus Gratins. Le pamphlet de Hutten ne venait pas seulement prêter à Reuchlin, déjà soutenu près de la cour romaine par trente-cinq villes d'Allemagne, le secours d'une ironie puissante dans sa rudesse et qui, sous la forme d'éloges hyperboliques, cachait les plus cruelles satires; il était la mise publique en accusation de l'enseignement scolastique, un appel à l'insurrection fait à l'esprit laïque. Les deux partis s'y dessinent vigoureusement dans leur opposition irréconcilial»le. D'un coté les scolastiqu«;s, les t/i(''ol()(/((stres, (|ui ne

1. llallaiii, /.///. ilcl'linr., t. l,p. :>;i8. 2. Ep. (il(l, liH.

cessent de se lamenter sur la dureté des temps. Quels regrets de ces beaux jours où, la détestable invention de l'imprimerie n'existant pas, ils rédigeaient eux-mêmes leurs cahiers et gardaient leur science pour eux seuls! « Que Dieu ait Fàme de ces bons pères, qui étaient nos maîtres, de Jacques dePlatea, de Boquillon de Longue- Rive, de Lupold de Basse-Fosse ! S'ils revenaient en ce monde, que diraient-ils en voyant tout changé ' ? » De l'autre côté tous ceux qui repoussent le passé, sans s'accorder, il est vrai, sur ce qu'ils doivent demander à l'avenir, les grammairiens, les juristes, les érudits, indistinctement rangés sous le nom de poètes, les jeunes gens surtout, avides de nouveautés, qu'on ne voit plus, comme; autrefois, se promener avec le Peints hispanus, lesParva logicalia sous le bras, mais qui désertent les universités, méprisent les grades, étudient en poésie, vont entendre Pierre Mosellanus à Leipsick, Richard Crocus à Erfurt, quittent Cologne pour Mayence où les maîtres ne portent pas le capuchon, et médisent des indulgences. Cependant le parti des humanistes, tout nombreux qu'il était, avait une cause de faiblesse : il manquait d'un chef. ReuchXn, qui pouvait le devenir, se déroba en se jetant dans la kabale. Hutten n'était qu'un chef de partisans. Erasme enfin avait dans le caractère trop d'indépendance ou trop de timidité pour commander ou servir; et Hutten semblait avoir deviné quel serait son rôle, quand il le montrait souriant, isolé et silencieux dans l'angle de la saHe où les scolastiques exhalent lii»reiiient b'urs dole'ances -. C'était ce défaut iXo, direction et d'accord parmi b's Ictliés (jui rendait l'espérance aux scohistiques. Si laphahuige était él»ran-

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