‹ ErasmeChapitre 218 sur 247 · De scrihend. rpist,, c. ii · texte numérisé non relu

De scrihend. rpist,, c. ii

ÉCOLES D'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE. 40;i

sens, confondent les arts à cause de leur ressemblance, et de deux très-opposés en font un seul. Ils appellent rhétorique la grammaire, et grammaire la rhétorique, parce que l'une et l'autre traitent du langage. Le poète, ils l'appellent orateur, l'orateur, poète, parce que tous les deux mettent de l'élégance et de Tharmonie dans leurs discours. Bientôt ils ont distingué les arts d'après les personnes. Celui-ci parle en bon latin; tout ce qu'il écrit, sur quelque sujet que ce soit, c'est de la grammaire. Que deux auteurs traitent un même sujet philosophique, l'un en hon latin, l'autre dans un latin barbare, le premier sera un grammairien, le second un philosophe. CequeLyra ou Hugon écrivent sur le Nouveau Testament, c'est de la philosophie ; ce qu'écrit Erasme, c'est de la grammaire. En un mot, quoi que fasse un cordonnier, il ne fera jamais que des souliers ' . » On comprend combien cette absence d'une limite précise entre les objets les plus divers de l'enseignement devait entretenir le désordre. Au lieu de pénétrer dans la science par degrés successifs et comme par une initiation graduelle, l'esprit était accablé aussitôt par une masse de connaissances non ti*iées, sans rapport les unes avec les autres. On enseignait la grammaire avec des termes que la logique avait seule devoir d'expli({uer. La théologie, en se mêlant à tout, redoublait la confusion. Avec un premier fonds très-incomplet et très-insuffisant, trois mois à peine donnés à la grammaire, « l'enfant, dit Érasme, est jeté dans la sophistique, la dialectique, les suppositions, les ampliations, les restrictions, les expositions, les résolutions, les énigmes et labyrinthes de questions, et tous les mystères de la théologie '. » Com-

\. De CoHs. corri'pt. art. c.h. ix. -- 2. Diahxj.dn redft i-ic.

ment s'étonner que Leaucoup-de familles encore, même des plus nobles, dédaignassent pour leurs enfants une instruction dont le fruit n'était le plus souvent qu'une science confuse ou une présomptueuse ignorance?

A peine âgé de vingt ans, Érasme, à sa manière et suivant sa libre inspiration, ouvre la brèche contre cet enseignement vieilli. Rassasié de la théologie d'école, déjà sous le charme de la Muse antique, il écrit les deux premiers livres des Anti-Barbares, qui devaient être suivis de deux autres, et dont un seul, revu par lui-même bien des années après, nous a été conservé. Mais ce fragment a de l'importance. Ce n'est pas seulement la déclaration de guerre faite par Erasme à la science ou, ce qui revient au même pour lui, à l'ignorance scolastique; c'est aussi le point de départ de sa tentative de réforme pédagogique et littéraire.

Dans la préface, Érasme a donné le dessin général de l'ouvrage. Le premier livre était consacré à réfuter ceux qui attaquent la science au nom de la religion. Dans le suivant, Érasme passait la parole à un adversaire qui devait, dit-il, employer toutes les armes de l'éloquence à combattre l'éloquence. S'il faut en croire Colet, qui avait lu ce livre, l'attaque était si vivement conduite, (jue lui-même n'avait rien trouvé à répliquer. Le livre suivant était comme de juste la réfutation du précédent, Le quatrième enfin devait êln^ un panégyrique de k poésie, qu'lù'asme confessait avoir passionnément aimée dans sa première jeunesse '.

\. Érasme, selon smi liiiiiilii le, a]i|iriMi(l au Icçti'ur iiu'il s'est décidi'! à

Page 1