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LES ANTI-BARBARES

La question débattue dans le premier livre, et qui est en effet le point essentiel du conflit engagé entre les scolastiques et les humanistes, est placée dans un cadre agréable. Le souvenir tout à la fois au Phèdre de Platon et du de Oratore de Cicéron lui donne un charme réel. Dans la maison de plaisance du consul Guillaume Conrad, proche de la ville de Bergen (en Hollande), où Battus, l'ami d'Erasme, est secrétaire public, se rencontrent par une fraîche matinée d'été Hermann, Battus, le médecin Jodocus, Erasme et Conrad. Le dialogue s'engage aisé et rapide, et la satire y mêle un sel sans àcreté. Après des propos variés, on vient à parler des malheurs du temps et à rechercher les causes qui arrêtent encore le progrès des bonnes lettres. Chacun répond à la cfuestion selon son état et le tour de son esprit. Le médecin, adonné à l'astrologie, rejette toute la faute sur les astres. Le consul ne craint pas d'accuser la religion chrétienne, qui, née du Christ et de sa simple parole, s'appuyant de préférence sur les faibles et les ignorants selon le monde, a détesté les lettres profanes comme elle a méprisé les plaisirs et les richesses païennes. Elle a fait « comme le Françaiî?, qui, par haine des Anglais, aimerait mieux marcher nu que d'user des tissus d'Angleterre, ou comme un Anglais qui aimerait mieux mourir de soif que de boire les vins de France. » A son tour Hermann déclare qu'il faut regarder cette décadence comme

revoir le premier livre, parcie qu'il en avait trouvé plusieurs ébauches tout à fait inexactes. Il le dédia à Jean Sapidus, principal du collège de Schelestadt. Le second livre, confié à Richard Pace, successeur de Colet dans le doyenné de Saint-Paul, fut perdu. Érasme n'eut pas le loisir de le refaire. A dire vrai, le plan, tel qu'il l'annonce, prêtait à bien des lieux communs et des redites qu'Erasme n'eût pas évités. Il nous suffit d'y trouver la pensée essentielle qu'Érasme veut faire prévaloir dans l'enseignement de la jeunesse.

un effet naturel et nécessaire de la vieillesse du monde. « Cette Cybèle, la mère des dieux, est aujourd'hui stérile. Elle qui autrefois donnait naissance à des dieux, maintenant épuisée par un trop long enfantement, peut à peine produire des hommes. »

Il est curieux de rencontrer, dès les premiers jours de la Renaissance, un argument qui sera si souvent répété dans la querelle des anciens et des modernes. Est-il bien décisif? L'humanité, comme l'individu, perdra sans doute en vieillissant quelques-unes des grâces de son enfance ; peut-être ne redira-t-elle pas deux fois les chants du matin qui ont été comme la bienvenue donnée par l'homme à la nature souriante et en fleurs. L'analogie s'arrête là, parce que l'humanité ne meurt pas comme l'homme, mais se transforme sans cesse, et échappe ainsi à la loi du temps. D'un autre côté, nous n'avons guère à nous arrêter aux plaintes du médecin Jodocus contre les astres, peu surpris d'ailleurs, au seizième siècle, de ces sortes d'accusations, qui ne troublaient pas leur sérénité. Le jeu d'Erasme ne serait-il pas de dérouter le lecteur?

On ne peut s'y tromper cependant. C'est le consul qui a été au vif de la questioA, et l'amitié d'Erasme va remettre à Battus le soin de plaider la cause des lettres païennes proscrites au nom du Christ. Battus le fait avec chaleur et avec modération. Il veut que la science, loin de se détacher du christianisme, s'en pénètre au contraire de plus en plus, qu'en goûtant les beautés des aiici(!ns elle ne prétende pas leur donner un prix égal aux vérités chrétiennes, qu'elle réalise le mot de saint Augustin lui-même : « Per se imitilis est scient/a, cum caritaU; uti/is. » Ya\ parlant ainsi, Erasme, par la bouciie de Battus, posait avec une justesse équitable le vrai point de concilialion cnfit'lcs (b'ux partis (|ui se dispu-

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