LES ANTI-BARBARES
taient l'enseignement, et il marquait aussi le terrain où la foi pouvait, sans crainte pour elle-même, et respectée dans ses droits, permettre à la science humaine son légitime développement. Cette pensée d'un éclectisme conciliant qui eût voulu réunir, sans l'opposer l'une à l'autre, la double étude des lettres profanes et des lettres sacrées, est celle qui se retrouve sans cesse chez Erasme, et qu'il a lui-même appliquée. Les Pères de l'Eglise, on l'a vu, n'ont pas eu la moindre part dans sa vie laborieuse. A l'exemple de Mélanchthon, il demande que les lettres anciennes préparent la jeunesse à l'étude de la théologie, nullement c|u'elles s'y substituent. Dans l'enseignement, comme dans la morale, il ne songe pas à contester au christianisme la place essentielle et maîtresse, et tout le premier il rira du pédantisme des abbés italiens, qui ne lisent plus leur bréviaire qu'en grec pour ne pas gâter leur style au contact du latin ecclésiastique. « Il sera utile, dit-il dans YEnchiridion, d'effleurer toute la littérature païenne, si du moins on le fait à l'âge convenable, avec mesure, précaution et choix, et surtout, ce cjui est plus important, si l'on rapporte le tout au Christ. On ne vous leprochera pas de nourrir chez vous, à l'exemple de Salomon, soixante reines, quatre-vingts concubines, et d'innombrables filles de la sagesse séculière, pourvu que la divine sagesse soit avant toutes les autres votre unique et belle colombe '. » Les vœux d'Erasme ne vont pas plus loin, et il fallait toute la partialité maligne de Latomus pour découvrir chez lui la secrète intention de détruire le christianisme.
Nous devons maintenant, pour reconnaître dans sa