‹ ErasmeChapitre 227 sur 247 · Prélace de la rmitlwde de P. Royal · texte numérisé non relu

Prélace de la rmitlwde de P. Royal

3. « Le recteur de l'universilé de Ciinduidgc eu l.'iii, Etienne dardiner, raconte M. Egger, prit parti i)our la [irouonciation orientale contre la méthode des novateurs, et alla jusqu'à édicter des peines corporelles contre les écoliers coupables de préférer la iirononciation érasnnenne. »

4. Slrypte, vie de Sinilh, p. 17. VA'. Ilalliiui. /.'//. de l'Eiiv., t. i, p. 343.

PRONONCIATIOiN ERASMIENNE. 417

aucune conclusion précise f{ue l'on puisse adopter ou combattre. Tout au plus le débat n'est ici qu'à son point de départ, et il ne nous appartient pas d'en suivre le développement'.

La place d'Erasme dans l'histoire de la renaissance de l'hellénisme au seizième siècle doit donc rester secondaire. Si Duchatel et Leclerc ont sous ce rapport parlé de lui avec trop de dédain, si les fjuelques lettres qu'il écrivit en grec à Budé nous paraissent (autant qu'il nous est permis de prononcer en matière si délicate) d'une diction facile et correcte, on peut dire cependant cju'Erasme a eu le goût plus que le sentiment du grec. Ses préfaces sur les auteurs c{u'il édite sont trop souvent d'une critic{ue sans relief : les éloges c|u'il distribue à chacun ressemblent à une monnaie courante, marquée au même coin, et d'un poids égal. Il s'est même un jour trahi dans le jugement pres(juo injurieux qu'il a laissé échapper sur les chœurs, la plus riche fleur peut-être de la poésie grecque'. De ce côté, il ne saurait être égalé à Budé, qui n'a pas seulement une science grammaticale autrement sûre et étendue, mais qui, à force d'énergie patiente, a pénétré, pour ainsi *dire, jusqu'au sanctuaire de la Muse gTecc|ue, et a reçu l'initiation ^

1. Il faut chercher le résumé détuiitif de tout le débat et l'arrêt le plus autorisé dans la 7" leçon de VHellénisuie en France de M. Egger, en y joignant rappendice de cette leçon intitulée : De la prononciation chi grec ancien et du grec moderîie.

2. On ose à peine transcrire ces expressions qui se trouvent dans la préface de la traduction de l'Iphigénie : « Nusquam mild niagis ineplisse videtur antiquiias quani in hujusniodi choris, ubi duni nimiuni affectât nove loqui, vitiavit eloqncutiaui ; (luiu(iue vcrboruin niiracula venatur, in rerum judiclo cessavit. »

3. Dans un remarquable article sur Pindarr cl fart grec, M. Vitet a touché avec beaucoup de sûreté la cause principale (pii au seizième et même au dix-septiéme siècle emi>cchait le génie de l'antiquité grcc(iue

Dans l'œuvre pédagogique et littéraire d'Erasme, dont nous aimerions du moins à dessiner ici tout le contour, les Parabola ou Similia, recueil de comparaisons applicables aux objets de la nature et de la vie commune, et les Apophthegmes, ou clioix de sentences empruntées à Aristote, à Pline, surtout à Plutarque et à Lucien, formeraient la transition naturelle entre ses travaux comme éditeur ou traducteur et ses livres d'érudition plus personnelle.

Trois principaux ouvrages, mais d'un prix inégal, nous permettront de juger chez Erasme le philologue et le précepteur de son temps. Il y a peu à dire aujourd'hui de la Méthode pour écrire les lettres. On aura toujours peine à goûter un traité sur le genre c[ui s'en passe le -mieux. Erasme ne fait-il pas lui-même la critique de son livre, quand il remarque « que la lettre doit jouer le personnage de Mercure, et, selon l'objet qu'elle traite, prendre toute sorte de formes, sans laisser d'être polie et savante? » Gomment énumérer cette diversité de formes? Une semblable classification, toujours incomplète, ne laissera pas d'être souvent arbitraire et inutile. Ne doit-on pas a^)pliquer surtout au genre épistolaire ce qu'a dit madame de Staël, que chacun se fait la poétique de son esprit? Pour justifier l'entreprise d'Erasme, il faut se rappeler qu'au temps de la Renaissance les lettres tenaient vraiment lieu de nos journaux

d'être vivement seuti. « Tout se tient, ardiitecture et iioépie. L^s nionnuients n'étaient point connus ; nos pères n'admirèrent que ces sentiments qui sont une révélation générale de tous les temps, fonds commun obligé de la nature humaine et de toute poésie. Cette impartialité qui nous fait aujourd'hui comme sortir de nous-mêmes et nous unir à l'artiste pour partoger un moment ses passions, ses préjugés et même son ignorance, est toute moderne... L'apparition des marbres antiques vint seule révéler cet art qui est avant tout la vie. »

LE GExNRE ÈPISTOLAIRE AU XVI" SIECLE. 419

et revues littéraires, qu'elles passaient de main en main, qu'elles étaient commentées et copiées, quand elles venaient d'un personnage célèbre. Comme la poste privée n'existait pas encore, et que les relations théologiques ou savantes n'étaient entretenues qu'au moyen de messagers, on voulait que la lettre eût par elle-même un intérêt qui ne fit pas regretter le prix qu'elle coûtait '. La lettre devint ainsi un genre littéraire, et, en s'élevant au-dessus du rang où elle nous parait avoir tout son charme et toute sa vérité, elle dut comme payer par une gravité plus correcte la rançon de son élévation. On trouvera du moins dans le livre d'Erasme de fines observations, morales et littéraires, et d'amusants détails sur les flatteurs de son temps, qui, gênés parle tutoiement de la langue latine, aimaient mieux violer la grammaire -en écrivant à leurs Mécènes que paraître manquer à leurs devoirs do clients-.

Beatus Rhenanus, inspiré par son amitié, et selon le goût des éloges excessifs propres au seizième siècle, ne craignait pas, en parlant du traité d'Erasme .S"?^/' la double abondance des mots et des idées, de le comparer « au soleil qui s'était levé du milieu des nuages, et avait répandu des clartés nouvelles sur TAUemagne et la France. »

1. V. sur l'importance des lettres au seizième siècle Léon Feugère, Étude sur Etienne Pnsquier, p. 102. — Cf. Boissier, introduction du livre sur Cicéron et ses amis.

2. Des gens de lettres écrivaient à leur patron : « Boue vertat quod agunt vestrse dominationes . » Érasme demande si ce Mécène est une Hécate ou un Géryon. — Il raconte qu'un homme d'esprit ainsi sollicité avec un abus de pluriels entassés répondit au solliciteur : « Je suis seul, revenez quand ils seront là. » D'autres prétendaient que c'était mamiuer de respect que do ne pas nommer d'abord la personne à qui l'on écrivait, et Érasme de leur demander si dans cette phrase : Asiniis portahat C.Tsarem, on veut faire entendre que l'âne est plus que César.

Le livre nous paraîtra, il faut Tavouer, d'un ton un peu gris à la lumière d'une aussi vive métaphore. Ce n'est guère en effet que le commentaire des préceptes de la rhétorique classique, distribuée, comme le titre l'indique, en deux parties, dont la première traite des figures de mots ou de pensées, et la seconde, de l'art du développement. Ce qui nous paraît manquer dans le livre d'Erasme, ce sont avant tout les idées générales, parfois aussi l'esprit de critique et le choix dans les emprunts faits aux anciens. Ainsi, parce que Cicéron avait, au rapport de Macrobe', joué avec Roscius au jeu des synonymes, Erasme, prenant pour texte ces mots : Tua' lit feras me magnopere delectarunt ; ou encore : Semper dnm vivant, tui meminero , dressait des listes où il épuisait les formules qui peuvent rendre ces idées fort simples. Malgré soi on se rappelle le billet à la marquise. Dans la seconde partie, Erasme enseigne, à vrai dire, l'art de Famplilîcation plus encore que celui du développement. Développer, c'est creuser l'idée principale pour faire saillir les idées secondaires c[ui y sont cachées. L'amplification est l'art de dire en plusieurs mots ce qui se dirait mieux en lîn seul. Érasme a pris trop à la lettre le précepte d'ailleurs dangereux de Cicéron : « Summalaus eloquentiae est ampli/icare rem ornando. » Il donnera des recottes, tiendra, si l'on ose dire, magasin d'ornements tout faits, enseignera enfin, on peut le craindre, à se donner le change à soi-même, et à se croire J)eaucoup d'idées parce qu'on a beaucoup de mots pour en exprimer une seule. Sous ce rapport, il sera curieux de parcourir quelques modèles des tableaux formés par Erasme. Ce sont comme autant de casiers,

i. Sat. lib. III, (-np. XIV.

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