LES ADAGES
dont chacun ost surmonté d'une étiquette. Ici inconstance, là inéf/alité de caractère, avarice ^prudence, etc. Il y accumule tout ce qui se rapporte ou peut s'appliquer à la qualité ou au défaut en question, les citations, les exemples, les comparaisons c|u'il demande jusqu'à la physique et à l'histoire naturelle. On n'a plus à l'occasion qu'à choisir dans la collection. Mais si l'on veut juger par l'exemple d'Erasme lui-même du danger de cette méthode, et voir ce qu'elle produit en suhstituant les citations à la réflexion personnelle, les comparaisons à l'analyse, il suffît de mettre en regard du de Duplici copia le traité sur l'Usage et rahus de la langue. C'est vraiment un des casiers trop pleins qui s'est renversé. La scolastique avait fait de l'arbre de la science un tronc sévère et nu ; mais la rhétorique de la Renaissance épuisa trop souvent la sève de l'arbre pour nourrir un feuillage trop abondant.
Les Adages sont sans contredit le /;e/'^;«;«-? nionumentum d'Erasme, celui ([ui est vraiment le centre de ses œuvres philologicjues, comme le Nouveau Testament gréco-latin est le centre de ses œuvres théologiques. C'est aussi pour Erasme le Mvre de prédilection, celui qui, paraissant la première année même du seizième siècle, incomplet encore et à peine dégrossi, mettait son nom hors do pair, et faisait rejaillir sur Tx^lemagne toute entière une gloire qui paraissait réservée jusf{uelà à la seule Italie.
Le nombre des éditions qui se succédèrent rapidement témoigne de la juste admiration des contemporains '. Dans l'édition définitive, les Adages sont
1. Après la première édition parue à Paris le lo juin 1500 chez l'iiiiprimeiir Jean Pliili[ipe, deux autres j)arureul à Strasbourg cliei; Jodocus Badins et -Mathias Sidiurerius. La iiuatriènie, pid)lièe citez Aide en
■i22 ROLE LITTÉUAIRE DÉRASME.
répartis en cinq chiliades subdivisés eux-mêmes en centuries. Ce fut de parti pris qu'Erasme ne distribua pas les Adages selon l'analogie des matières. Il voulait offrir, disait-il, une lecture variée, piquante par les surprises c[ue préparait l'opposition même des sujets traités. Ce n'était souvent que par le fil le plus léger que s'y rattachaient de longues digressions, satiriques pour la plupart. Les éditeurs modernes les ont supprimées, et, dirigés par ce goût de classification qui est devenu, peut-être à l'excès, l'une des exigences de l'esprit moderne, ils ont ramené chaque adage à son numéro d'ordre et donné ainsi au livre d'Erasme la forme correcte d'un dictionnaire utile à consulter. Sans nier les avantages de cette simplification, il faut reconnaître qu'elle modifie l'œuvre d'Erasme, qu'elle en dénature le caractère plus libre, qu'elle en rend aussi la lecture soutenue moins facile. Am prix de quelques longueurs, et d'un certain décousu qui n'est pas sans charme, on gardera meilleur souvenir du livre d'Erasme sous sa forme première. « Du jardin d'Alcinotis, » comme Budé appelait les Adages, on a fait un parc froidement symétrique. Un ouvrage aussi considi'rable ne saurait, on le comprend, échapper à toute critique. Mais il faut se souvenir qu'Erasme travaillait sur des textes rares et pour la plupart fort altérés, qu'il entrait le premier dans une voie nouvelle, soutenu à peine par quelques fragments manuscrits, et encore mutilés, deDiogenianusetdeZénodole '. Les notes d'Henri iLslienne, que les éditeurs ont
IjUS, était prcàiiuc un ouvrage nouveau, grâce aux matériaux envoyés à Érasme par plusieurs savants italiens, ,1. Lascaris, Baptiste Egnatius, Marc Musunis. J^éditiou de loOO, qui contenait 800 articles, avait paru sons le titre de Adfujioniin coltectanen; celle de 1308 parut sous celui de Adagiorum chiliades. On y trouve 4,200 articles. 1. Les livres d'Aristotc, de Ciirysippe et de Cléantlio sur les proverbes