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LES AD ACE S

gligent les grands écrivains, plus préorcupés des caractères généraux de la nature humaine que des aspects particuliers d'un siècle, d'une époque, d'une société. Ce sont pour Thistorien et le moraliste des médailles authentiques dont l'empreinte a conservé son relief, et qui fixent, dans une image parfois vulgaire, mais toujours expressive, certains traits curieux de la physionomie d'un peuple. Érasme ne pouvait donc faire un plus utile emploi de sa vaste érudition, de son goût fin, de son esprit ingénieux et souple. 11 ne pouvait rencontrer un sujet plus propre à mettre en éveil la curiosité studieuse d'une jeunesse qui venait d'échapper à l'étroite enceinte de l'enseignement scolastique '.

Érasme cependant ne tarda pas à voir son œuvre pédagogique et littéraire menacée et compromise par deux adversaires opposés , les luthériens en Allemagne, et la secte cicéronienne en Italie.

Nous l'avons dit, Erasme nfj pardonna pas à la Réforme le tort qu'elle lit aux bonnes lettres^ en rejetant vers les discussions de la théologie les esprits qui auparavant s'ouvraient de toutes parts au charme et à la douceur de l'antiquité renaissante. L'Allemagne se montrait disposée à sacrifier à la Réforme, qui était un fruit de son sol, la Renaissance, qu'elle devait à cette Italie dont elle avait toujours méprisé la l)rillanto corruption. C'est au rôle d'I^rasme dans la Réforme ({ue se

1. Il se fit aussi en Allomagiio à la tiii ilu quiiizièmo siè<'le de nombreux' recueils de proverbes allemands. V. Ib'iiirirh, Uist. i/e la litt. (i//cm., t. I, p. 342.

rattache le récit de ses longs efforts pour regagner à la cause de l'antiquité ceux que les controverses religieuses en détachaient chaque jour. Dans le camp et, Ton pourrait dire, dans la maison de Luther, il trouva deux alliés qui avaient même à un plus haut degré que lui Tesprit d'organisation pratique, Mélanchthon et J. Gamerarius ' ; mais ce qui reste vrai, c'est que le progrès de la Renaissance fut, par la faute de la Réforme, brusquement arrêté en Allemagne, comme un fruit dont la maturité est retardée par un retour des gelées de l'hiver, dans une nuit de printemps.

Vers le même temps d'ailleurs, l'Ralie semblait prendre à tâche de justifier les protestations tout ensemble de la Réforme et de la scolastique contre les lettres humaines. La Renaissance y devenait paganisme, le culte des anciens, idolâtrie. La guerre cicéronienne fut la plus curieuse manifestation de ce réveil du paganisme, au fond assez inoffensif. L'attitude d'Erasme dans cette querelle achèvera de dessiner à nos yeux son rôle littéraire.

Un ingénieux criticpie nous a fait connaître les origines les plus éloignées fin débat qui s'éleva autour du nom de Cicéron -. Du vivant même de Gicéron, deux de ses amis, Rriitus et Messala, osèrent marquer quelques réserves dans leur admiration. Ils contestèrent que

1. Ces trois liommos consci-vr-rcnt dn moins à rAlIemagnc rétiule sérieuse de la langue grecque et latine, et si l'on s'en rapporte à l'ouvrage do Jean SLurm, recteur de l'école de Strasbourg [de Littemrum ludis rer.tc bislituendk) (1548), on pourra constater qu'à cette date la jeunesse recevait un fonds d'éducation qui dé[>asso la moyenne de notre enseignement actuel; mais la liaule culture littéraire s'affaiblit beaucoup et dispai'utà la lin du sirrlc V. h' l'afij/iislor i]i'. Morbof, lib. n, cap. 10. Ilnllam, Lilh'r. do l' Enr., t. i, p. liiO et lii///ialli''r/iic oitii/itc vu ipciieil de diverses pi'rrs critù/ucs i)uh\u'Cî^\my M. (U^ Saiujorc. Cliap. 'Jl iliàle, 1700).

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