Lenient, de Kcllu Ciceroiiiano
GUERRE CICÉROMENNE. 427
l'orateur romain eût atteint la perfection absolue. Les ennemis parurent au siècle suivant: un certain Sestius, par exemple, qui, au rapport de Sénèque, appela Cicéron un ignorant, l'historien Asinius Pollion et son fils Gallus, enfin Liscinius Largus, auteur du Ciceronuistix. Au temps de Quintilicn et d'Aulu-Gelle, le conflit durait encore. Il se transforme chez les Pères do rËgiise. Cicéron personnifie la vertu naturelle et humaine. En découvrant les défaillances de la morale cicéronienne, on marquait du même coup les limites que la vertu humaine ne dépasse pas, quand elle n'est pas touchée et transfigurée par la grâce surnaturelle. Cette pensée supérieure inspire saint Augustin dans son traité Contre les Académiciens^ et saint Amhroise dans son livre des Devoirs; mais, ainsi posée, la question appartient à l'histoire religieuse.
Au quinzième siècle, dans le premier enivrement de la Renaissance, le débat s'engagea de nouveau en Italie sur le terrain littéraire. Il se forma alors un parti qui, à force d'exagérer son culte pour le paganisme, en vint, par élimination successive, jusqu'à faire de Cicéron le seul classique, le dictateur de la république des lettres. Sous Léon X, la fortune des cicéroniens paraissait dans tout son éclat. Ils rédigeaient la bulle pontificale contre Luther, et invoquaient tous les saints contre l'héréti- (|ue, comme Cicéron, dans le deSi(/?iis, avait invoqué le témoignage des dieux dont Verres avait dépouillé les autels. Au-dessous de Bembo et de Sadolet, tous les deux secrétaires du pape, l'école cisalpine comptait les noms encore illustres de Bonamicus, d'Egnatius, de Majoragius, de Nizolius, de Petrus Yettorius. Un seul ùar/jare, Longueil, après de longues cérémonies que Paul Jove a rapportées, et (jui ressend)laient pres(jue,
428 ROLE LITTÉRAIRE D'ÉRASIME.
on l'a dit avec esprit, à des purifications ', avait reçu le titre de citoyen romain. Au rapport d'Erasme, il ne souriait jamais, comme il sied à un initié. La porte du sanctuaire, qui s'était ouverte une seule fois et si discrètement, se referma. Ni Budé, ni Mélanclithon, ni Érasme n'eussent obtenu, malgré l'amitié de Sadolet, leur lettre de naturalisation, s'ils l'avaient souhaitée. On racontait que Bembo. pour ne pas risquer un mot que Cicéron n'eût pas autorisé, avait quarante portefeuilles, et que ses pages les traversaient successivement, avant d'être imprimées -. Sadolet, moins absolu, qui écrivit contre Luther et osa avancer cette témérité : (( Vincat relujio potius quam latinitas, » se proposait cependant d'appliquer dans la conduite de son diocèse les conseils que Cicéron donne à son frère Quintus pour l'administration de la province de Cilicie. Mais le parti avait ses enfants terribles qui, ne pouvant se résigner à ne traiter que des sujets antiques, avaient recours à des synonymes et périphrases plus ridicules que sacrilèges. On admirait même l'artifice d'un cicéronien qui. prêchant la Passion devant Jules II, avait rappelé tous ceux qui dans l'antiquité s'étaient dévoués pour leur patrie, Décius. Phocion, Socrate, Épaminondas, et n'avait pas nommé le Christ une seule fois. Ce n'est pas d'ailleurs (pi'r)n manquât de ressources pour tourner de pareiUos difficultés. Cicéron. pour tirer de peine ses dévots, avait d'avance traduit ri'>glise par sacra concio, l'hérésie et le schisme \ydr factio et sf^ditio, l'excommunication \)^v aqua et ?//??/ //«/<:';y//«';y', l'absolution par manu-