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toutes les voies dans lesquelles doit se développer l'esprit nouveau. Il fraie la route à l'exégèse moderne ; il en devine et, dans une certaine mesure, il en applique les principes. Sans être philosophe, il prépare néanmoins, et en gardant ses lihres allures, cette émancipation intellectuelle qui aboutira à Descartes, et cette sécularisation de la morale que la grande école française du dix-septième siècle saura concilier avec un sincère respect pour les vérités supérieures de la foi. Il ramène ses contemporains vers l'étude trop négligée des Pères de l'Eglise, et rend ainsi aux lettres sacrées et à la morale chrétienne un double service qu'il ne faut pas déprécier. Mais surtout, en propageant avec un zèle infatigable la connaissance de l'antiquité profane, en la distribuant à tous les âges, avec la mesure et sous la forme qui convient à chacun, Erasme est peut-être celui c[ui a le plus fait, au début du seizième siècle, pour rendre féconde cette rencontre de l'esprit antique et de l'esprit chrétien, d'où est sortie la civilisation moderne. ^
L'attitude d'Erasme en face de la Réforme est sans doute plus obscure; mais là encore il faut se garder de trop raffiner. Cette passion même des lettres suffirait (b'jà à expliquer ses longues oscillations, la faveur d'abord (jn'il témoigne à Luther, ses refroidissements, et enhn sa rupture déclarée. D'ailleurs, il ne faut pas ou- Micr (jiie la lléfonne se couvrit d'abord des apparences les plus spécieuses, qu'elle fit son chemin à couvert et sourdement. l'Erasme put croire longliMups que Luther ne se jetterait [)as au.v (b'ruièi-es extrémités. La confusion ([ui règne à ces beures (b^ crise aurait pu Irouldcr (b; plus b'nues esjyrits. Alors les partis accusent bien plutôt ce (pii les divise ([u'ils ne leclierclient ce qui
pourrait les rapprocher, (ieiix-ci ne soufFront pas qu'on livre à la discussion les droits que leur a faits une longue possession. Quelques-uns se prêteraient peut-être à un rapprochement, mais ils ne parviennent ni à contenter des adversaires qui leur demandent d'abdiquer, ni à rassurer leur propre parti, qui mesure sa force à son intolérance. Dans le camp opposé, les exigences croissent à proportion des résistances qu'elles rencontrent. On veut tout arracher à qui ne veut rien accorder.
Qu'il se présente au milieu de ce conflit ardent d'opinions contraires un homme d'un esprit assez libre pour ne vouloir donner de gage à aucun parti, d'un caractère trop indépendant pour s'enrôler sous la bannière d'un chef, mais aussi trop irrésolu, trop peu attaché à ses idées pour espérer ou prétendre le devenir, d'une science étendue qui l'incline vers une sorte de tolérance sceptique, embrassant des horisons trop divers pour se défendre de railler les petitesses et les vanités des esprits exclusifs, se préservant malgré tout ou revenant vite des écarts où le jette le premier mouvement d'une nature impressionnable par un sens droit et équilibré ; on comprend qu'un tel homme, placé au milieu d'une société si troublée, si différente de lui-même, offensera les uns et les autres. <( Je fus, dit Montaigne, pelaudé à toutes mains; au (iil)elain j'étais Guelfe, au Guelfe Gibelain '. » Ce fut la destinée d'Erasme dans la crise de la Réforme.
Et cependant il était une œuvre, chimérique peutêtre, mais du moins glorieuse à tenter au début du s.eizième siècle : dissiper les malentendus et les délian-