VENISE AU SEIZIÈME SIÈCLE
xvi" siècle '. Si en matière p(>liti(|ue elle se montrait sévèrement autoritaire, elle avait en effet une large tolérance pour les choses de Tesprit. La répul)li(pie de A^enise n'était pas seulement par ses possessions extérieures le plus puissant des Etats indépendants de l'Italie ; sa métropole contenait près de trois cent mille habitants et offrait un asile aux étrangers de tous les pays. Quand le bruit des ateliers troublait les hommes studieux, ils pouvaient se retirer dans les délicieuses habitations des îles voisines, comme était la villa Ramusia ou celle de Bembo à Murano ". Venise était, au dire de Commines, la plus magnifique ville qu'il eût jamais vue. « Les maisons sont grandes, hautes et de bonne pierre; les anciennes sont peintes, et celles qui datent de cent ans ont toutes la façade en marbre blanc, et même des morceaux de porphyre et de serpentin pour ornements. » L'imprimerie d'Aide Manuee était le centre des études littéraires. Aide était en relation avec tous les savants de l'Europe. Des Hongrois et des Polonais lui envoyaient de grandes sommes d'argent pour qu'il imprimât leurs écrits '\ Cependant les troubles civils venaient de compromettre cette prospérité jusquelà croissante. Les propriétés d'Aide Manuee avaient été pillées : lui-même avait quitté la ville en 1506. Son imprimerie ne devait reprendre tout son mouvement qu'en 1312, lorsqu'il associa à ses travaux son beau-père André d'Asola. (iC qui pr(uive néanmoins que ses presses ne demeurèrent pas p(Midant cet intervalle tout à fait inactives, c'est (|u'Erasme demeura huit mois à Venise, dans hi maison même d'André d'Asola. (ju'il piildia
1. Renoiss'nice de M. Michelef. p. 150 o[ siiq. il vol. iii-S", I8oo).
2. Cantu, Histoirp de l'Italir, ch. 131. :{. Ro-ifoe, Vie de IJon .Y, <li. ii.
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pendant ce temps, outre l'édition nouvelle des Adarjes. la traduction latine de deux tragédies d'Euripide, et corrigea pour la métrique les comédies de Plante et de Térence '. Ses ennemis prétendirent même qu'il fut correcteur à gages dans l'imprimeri*' d'Aide ; il ne le fut ni à Venise chez Aide, ni à Louvain chez Théodore Martin, malgré l'afhrmation du doyen de Munster, Malincrot. Érasme l'a nié fort nettement, et cette position était assez honorable pour qu'il ne se défendit pas de l'avoir occupée, si le fait eût été exact. Rien ne confirme non plus qu'il ait été le précepteur du fils d'Aide, le célèbre Paul Manuce.
Sa vie fut d'ailleurs aussi douce à Venise qu'elle avait été fâcheuse à Bologne, et, bien des années après, il conservait un précieux souvenir des relations qu'il s'y était créées. Il avait vécu sous le même toit que Jérôme Aléandre, celui même que Léon X devait envoyer en qualité de nonce pour combattre Luther (lo20), et qui mourut cardinal sous Paul IIL Les sentiments d'Erasme à son égard varièrent beaucoup. Il crut plusieurs fois découvrir chez lui une malveillance secrète qui encourageait ses ennemis ; le souvenir néanmoins de cette intime communauté d'études aidait à dissiper les malentendus qui s'élevaient entre eux. C'était encore à Venise qu'Erasme avait connu le médecin Ambroise Léon iiM'c lecpiel il resta en <'orrespondance, le patricien Paul (lanalis et le pi'(d'»'sscur de belles-bMtres Ra|ttiste l'ignazio, auteur d'mi trait»' estimé sur l'(»i'igi!ic des Turcs.
Erasme quitta Venise en I.">(I8 cl alla passer l'Iiivrr de la même année à Padune. en (pialilé de niaiire de rlie-