‹ ErasmeChapitre 27 sur 247 · I. Vil. Krfis-i)i. ilf lîlii'ii.iim · texte numérisé non relu

I. Vil. Krfis-i)i. ilf lîlii'ii.iim

loi'iqiic d'Alexandre, iils naturel de Jacques l\ , roi d'Kcosse, et déjà, mali^ré sa jeunesse, archevè(|ue de Sainf- André. Erasme a loué plusieurs fois le earaclère tendre, les mœurs pures et l'afFabilité modeste de ce jeune prince. Il composa pour lui plusieurs pièces d'éloquence, une entre autres qui était une déclamation imitée dr l'antiquité sur la mort, et qui prend un intérêt touchant, si la pensée la rapproche de la courte vie réservée à ce jeune homme, tué à la bataille de Flodden (lol3). Erasme demeura aussi quelque temps à Sienne avec son élève, et il obtint de lui les ressources nécessaires pour se rendre à Rome, où l'avait précédé la renommée de sa vaste érudition. Par une nouvelle malice du sort, il semblait arriver juste à point pour assister à une seconde entrée triomphale de Jules II, qui cette fois venait de soumettre Bologne.

Il serait précieux de relever ici chez J^^rasme quelque vue personnelle sur Rome, sur cette ville qui, par son aspect multiplt\ devait éveiller chez ceux qui la visitaient des impressions contraires, et dont chacune pouvait avoir sa part de vérité. Dans l'ordre matériel comme dans Tordre moral, les siècles et les révolutions successives y avaient laissé leurs empreintes qui s'y superposaient, pour ainsi dire, sans s'effacer. Le catholicisme n'avait fait que transformer en églises les temples et les basiliques, la féodalité avait surmonté les palais des Césars de créneaux et de bastions, et élayé les lourds bâtiments du moyen âge sur les plus purs débris de l'antiquité '. Même confusion, même chaos dans l'ordre moral. Rome deviMun* le slét-c Ao l'ortho-

l. \. (Jantii. Hisl. ili' rifn/ii^. ih. IHO. et Zelle.'. Ifn/ip et Re?iaissn?u-r. 1). '\Hi.

4U VJE 1) EUASME.

doxie garde encore de son passé païen cet esprit de cosmopolitisme qui lui faisait ouvrir son (llapitole à tous les dieux étrangers. Gardienne de l'intégrité de la foi catholique, elle donne l'exemple de la plus large tolérance [»ratique et accueille les Juifs clMssés de l'Espagne. De là tant de jugements contraires. Rabelais ne verra que « la ville la plus moinante de toute la moinerie, » et rapportera de son voyage les derniers livres de Panta- (jruf'l ' . Luther et Hutten dénonceront à la gravité teutonique la ville où celui qui n'a point cjuelque opinion erronée ou hérétique sur les dogmes ne semble pas être gentilhomme et bon courtisan, la ville sensuelle, impie et maudite où « tout ce c|ue l'on désire, c'est or vieux, femme jeune et courte messe -. » Plus sérieux que Rabelais, trop finement sceptique pour donner dans les déclamations haineuses de Luther et de Hutten, Montaigne réunira dans une même page de son Journal de voyage le double aspect de Rome, et, après avoir salué avec l'émotion d'un disciple fervent de l'antiquité « ces ruines glorieuses, ce toml»eau (jui retient des marques et images d'empire, » il saura reconnaître et louer la Uome savante, « la seule ville commune et universelle où l'J'^spagnol et le Français, chacun est chez soi, » la ville aussi où un maitre du palais lui remet « une édition de ses Essais châtiés selon l'opinion des docteiu-s moines, » et le prie, une fois son rôle officiel terminé, " de n'avoir aucun égard à la censure de son livre. >•

Il faut bien l'avouer : Erasme ;i dû passer iV(ti<l ou distrait devant ces « ruines glorieuses. » Du moins <lans ses lettres, troj» rai'es [)our ces anni'es inqtortaules,

1. V. Katliory, Dp rinpuvnr,- <!,■ ntnlie sur /es lettres fra!iroisr<, p. |21.

2. y. la Triode i\i- llulli^ii et an t. ii de sesœuvros les De stntii romonn Fpif/roniwfifn.

liUASME A UO.Mi:. il

1IOU8 ne trouvons pas un moi ([ui nous avertisse qu'à un ijistant son àme ait été touchée, son imagination él>ranlée par les spectacles qui s'ofl'raient à ses yeux. Il faut en prendre son parti avec la plupart des savants de la Renaissance. Le sentiment archéologique leur manque aussi hien que celui de la nature. En traversant les Alpes, ils éhauchent des vers sur les ennuis de la vieillesse ; arrivés à Rome, ils sont hien capahles de se délouriH^r de la place du Colysée et de couper court pour être plus tôt rendus à la hi])liothè({ue du Vatican ou à celle du cardinal Grimani.

Mais Érasme goûta vivement la Rome savante, et dans la suite il rappela avec un regret sincère « cette douce liherté qu'il y avait trouvée, ces riches hihliothèques, ces agréables entretiens avec tant d'hommes érudits, toutes ces lumières enfin réunies dans une seule ville '. » Tl avait été partout reçu avec beaucoup d'honneur. Jean de Médicis, qui devait être six ans plus tard Léon X, se montra très-curieux de le voir et de l'entendre. Le cardinal Dominique Grimani fit lever devant lui son neveu, déjà archevêque. Erasme se liait encore avec Gille de Viterbe, général des Augustins, Thomas Phœdre, gardien de la bibliothèque du Vatican, Jules Gainille, qui enseigna la logique à Bologne, Garteromachus, précepteur de Galeotto de la Rovère, François Sphierula et Philippe Reroaldo le jeune, qui édita Tacite et dont les poésies furent traduites par Glément Marot.

Malgré l'éclat et le profit de si hautes relations, malgré l'offre qui fut faite à Erasme du titre de pénitencier, regardé comme un acheminement vers les dignités

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