I. lîiiiipni. l /'/• (rkriisine.\ . i. p. liii
AVtNEMENT l)K llKMil \lll. 43
liait', s'airèlanl à (aunes pour voir l'aulrc de la Sibylle, à Pouzzoles, (iaëte et Albe, douuaot ainsi à son royal élève Toecasion de relire Virf^ile en face des lieux mêmes qu'il avait chantés. Ce voyage de curiosité érudite fut de courte durée. Le jeune archevêque, rappelé en l'Ecosse, dut quitter Erasme, et, comme souvenir de sa reconnaissante amitié, il lui laissa cet anneau devenu célèbre, et aujourd'hui conservé à Bâle, sur le chaton duquel était représenté le dieu Terme. Erasme y fit graver ces. deux mots : Concedo nulli, et le prit pour cachet. Plus tard, il se vit forcé de se défendre publiquement contre l'interprétation qu'une subtilité malveillante voulait faire de cette devise, destinée seulement, s'il faut l'en croire, à lui rappeler rinévitable tribut dû par tout homme à la mort.
Cependant un événement considérable, qui pouvait avoir une influence décisive sur la fortune d'Erasme, venait de se passer en Angleterre. Ileiu'i YIII, à peine Agé de dix-huit ans, était monté sur le lr(uie le 21 avril io09. L'avarice d'Henri YII et son mépris de l'instruction avaient, surtout dans la classe déjà noml)reuse des érudits , accru la popularité d'un jeune prince affable et généreux, qui écrivait lui-même avec goût, et aimait à répéter que la vie n'est rien sans l'ornement et les douceurs des belles-lettres. Aussi l'avéiiement du nouveau roi éveilla d'unanimes espérances qu'un avenir prochain devait crucllemont démentir. Les dames reparaissaient à la cour avec leurs ceintures el leurs colliers d'or tenus soigneusement cachés sous le (b'niier règne. « 0 mon cher Erasme, écrivait Mountjoy. si vous pouviez voir comme (ous ici s'abandonnent à la joie, se félicitent de possécb'i' iiii si gi and prince, et ne (ii'ftifenl rien hinl (juedelc conscrNci'. nous ne pourrie/.
retenir des larmes de bonheur. Le ciel sourit, la terre bondit de joie, partout semblent couler des ruisseaux de lait, de miel et de nectar. Notre roi ne désire ni or, ni pierreries, ni métaux, mais la vertu, la gloire, l'éternité '. » Erasme qui gardait, dit-on, dans une boîte de cèdre une lettre latine que lui avait écrite Henri VIII enfant, ne jugea pas sans doute qu'il dût se dérober plus longtemps aux pressants appels de ses amis. Il ([uitta l'Italie un an à peine avant que Luther ne vînt à Rome pour y traiter des atfaires de son ordre.
1. Ep. 10. — Cette lettre, comme ou le voit, est mal classée dans le recueil de la correspoudauce d'Érasuie.