Ep. 212 (4 359. — 2. Ajjj). Ep. 95.-:!. Kp. S
4. " Malo sprviré iiuUi, et pnidesso. si ipir;\iii. oiniiiliiis. » Ep. 2S;i.
;•.. Ep. 2o:î.— (i. E].. 2:vi.
H(j VIE D'ÉRASME.
Les vieux arbres sont malaisés à transplanter. » On lui parle de la grande réputation dont il jouit parmi les savants de Paris ; il retourne l'argument : « Comment oserai-je me présenter, précédé d'une renommée qu'il me serait impossible de justifier • ? » Malgré tout, il ne voudrait pas paraître repousser des avances si honorables pour lui. La France lui a toujours souri, « elle lui est d'autant plus chère qu'il ne l'a pas revue depuis longtemps ^; » par son roi, son parlement, ses écoles et ses savants, elle donne au monde le plus glorieux exemple. « Lui faire la guerre, ce serait réjouir les Turcs et les ennemis du Christ, qui triompheraient de voir fouler aux pieds la fleur même de notre sainte religion \ » Il n'a qu'un souhait à former, c'est qu'une Muse vienne enfin réconcilier la théologie avec les bonnes lettres '*. Ce dernier vœu, délicatement exprimé, cache peut-être la vraie raison qui éloignait Erasme de la France. Eùt-il trouvé à Paris plus qu'à Louvain le repos et la sécurité? Il connaissait assez finement les hommes pour savoir qu'il est prudent de rester à distance de ceux qui vous admirent, et qu'à Paris il aurait eu bientôt à redouter ses ennemis et à se défier de ses amis.
Erasme, d'ailhnirs, n'était pas seulement sollicité par les trois grandes cours de l'Iùirope. Le duc de Bavière, Ernest, lui faisait dire par Jean Faber qu'il trouverait dans sa capitale honneur et sécurité, et tout au moins il insistait pour qu'il vînt visiter le gymnase « et en arroser l'aridité ''. » Canossa, alors évéque de Bayeux, offrait à lu'asme sa |»r(»pi'(' maison, a\'<'c une |»(Misi(»n d(^ deux cents dncats, un (l()mesti(|in' et deux chevaux ^ De (ïandnidge nn'-nie hii venaient encore de pressantes
\. E|i. 't:>o. — 1. Ep. lofi. - :\. E|K JHi. - i iqi. 207. — :;. Ep. 220, ,;fO, 2:;i;. - ti. V-v- 224.
l.ES ADMIRATEURS D' ÉRASME. (17
invitations par rentremise du théologien Cliarles de Bouelles ' ; mais Erasme avait décidément pris en défiance l'Angleterre, et il ne le cachait pas à Morus -. Il paraissait s'être fixé à Louvain chez son ami Paludanus ^ et (iUthhert Tonstall, (jui l'avait détourné de se rendre à l'appel de François I", parce que la France, selon lui, ne tenait en honneur que le métier des armes*, l'engageait au contraire à ne pas repousser l'offre des théologiens de Louvain, qui voulaient lui donner place dans leurs rangs, bien qu'il ne fût pas docteur de cette Académie '•.
Si l'on voulait fixer l'époque à laquelle Erasme est en possession de toute sa renommée, il faudrait peut-être s'arrêter à cette date (1513-1518), avant que le schisme de Luther ne fût venu rejeter les esprits, qui s'ouvraient de toutes parts aux douceurs des lettres anciennes, vers les controverses de la théologie.
Les témoignages de l'enthousiasme qu'il inspire seraient curieux à rassembler, non que la critique moderne dût en espérer quelque secours, mais parce qu'ils nous replacent au milieu de l'époque, qu'ils nous peignent cette ardeur, cette jeunesse et cette joie de l'esprit, partout répandues. Si l'expression est souvent exagérée jusqu'à nous faire sourire, elle reste touchante cependant et vraie, parce qu'elle est sincère. Il faut entendre, par exemple, le jurisconsulte Ulric Zaze dire qu'on le montrait au doigt parce qu'il avait eu le bonheur de recevoir une lettre d'Erasme ", et ajouter, pour le décider à visiter le gymnase de Fribourg : « Une inscription publique dira qu'Erasme est venu ici '. » Jean Watsonus
1. Ep. 216.-2. App. Ep. 2it. - 3. Apj>. Ep. 173, 17ti. - 4. App. Kp. 131. - :i. Ep. 272, 274. - «i. Ep. Kil. - 7. Ep. 213.
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déclarait préférer au plus riche canoiiicat deux ou trois pages qu'Erasme lui aurait écrites'. Nicolas Basellius et Gérard Lystrius le voient cliacjue nuit dans leurs rêves-; Henri Lorit de Glaris, professeur de mathématiques à Bàle, l'aime plus qu'Alcibiade n'aimait Socrate ^ Il joignait ses vers à ceux d'Hermann de Busche qui avait célébré la dernière visite d'Erasme à Bàle. Sa naissance devenait un thème poétique . Toutes les Muses étaient accourues autour de son berceau. Le Rhin avait entendu leurs chants, il avait prêté l'oreille, et l'une d'elles avait dévoilé l'avenir du nouveau-né. Jean Sapidus revendiquait en vers pour l'Allemagne l'honneur de lui avoir donné le jour, et accusait la France de vouloir dérober cette gloire, ajoutant, il est vrai, aussitôt : « Mais nous te l'accordons, nous l'accordons à tout l'univers : h; soleil n'est pas fait poiu' éclairer une seule contrée '*. " Il n'était pas rare de voir des jeunes gens s'exercer à écrire une lettre sur Erasme et la lui soumettre, assurés que la moindre réponse, s'ils parvenaient à l'obtenir, rendrait célèbre leur nom encore inconnu '. xVlbert, archevêque de Magdebourg, primat d'Allemagne, prince électeur, écrivait à V^rasme (ju'il man([uerait quelque chose à son boidieiu", s'il uiouiait avant de l'avoir vu. <' <) jonr heureux, s'il \ lent à luii'e pour nous, celui où nous [)ourrons lixer nos yeux sur votre visage, ])rêler l'oreille à vos discours enchanteurs, l'ester suspendu à votre bouche! Non, il n'est aucune différence entre nous et les admirateurs de Titc-Live ''. » [a's visites affluaient de tous les ('(Mes; c'était une niaiii(''i'e de p('derinage crudil. (laspai'd Schalbus éci'i\ait
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(|u (111 IH- r('iH[>r('lierail pas iiiriiio à coups de tond dfi voii" Erasme '. (ieliii-oi avait peine à se dérober à tant d 'hommages ; il alléguait, pour éloigner cet empressement souvent indiscret, les soins que réclamait une santé toujours fragile, et l'accablant travail qui ne lui permettait [>as de répondre « à tous ses amants. " Occupé alors de la seconde édition du Nouveau Testament, il demandait comme une grâce qu'on ne lui disj)utàt pas un temps si nécessaire à l'achèvement de ce travail, car, ('[tareil à ceux qui ont pénétré dans l'antre de la sibylle deCumes, il voyait entîn poindre au loin une faible lueur, semblable à une petite étoile, qui lui promett.iit la délivrance -. n Il renvoyait d'ailleurs ses admirateurs à ses ouvrages, ('/était là qu'ils devaient voir la meilleure partie de luimèuK^ qui était son esprit. Le reste, ajoutait-il, n'était ([u'un pauvre homme souffrant, ramassé comme un limaçon dans sa coquille, et <[ui ne pouvait pendant l'hiver que se promener à la chaleur d'un feu clair el pétillant.
Les livres d'Erasme ne cessaient de provoquer, dans ce langage naïvement emphatique de la Renaissance, les mêmes témoignages d'une admiration encore unanime. Aucun ouvrage, lui rapportait Georges Spalatin, n'était plus vendu que les siens par les libraires, plus reclierclié dans les foires de Francfort, et lu pbis avidement^ Wolphangus Faber les faisait péiiétrerdans les écoles '. L'imprimeur Josse Badins recommandait à Erasme de ne pas annoncer l'édition nouvelle d'un d(^ ses ouvi'ages a\anl ({ue la précédente ne fût épuisée, ]»arce ((ne tel était l'empressement général pour tout ce (pii sortait de sa [>]ume, (j[ue personne n'eût plus nouIu de la première,
I. Rp. 'i-lH. —2. Ep. 2^. —3. App. Ep. 04. -- 'i. A/ip. Ep. 75.
70 VIE DERAS.ME.
dans l'espoir de trouver dans la nouvelle des pages inédites \ Erasme exerçait vraiment à cette époque une sorte de royauté littéraire. Qu'un écrit vînt à attirer l'attention publique, aussitôt on' prononçait le nom d'Erasme. « Que je le veuille ou non, tout ce qui parait de nouveau est de moi. » C'était lui qui avait composé le premier livre de Y Utopie ', le pamphlet de Jules II chassé du ciel par saint Pierre ^ un livre de Hutten intitulé NemOy un discours de Pierre Mosellanus pour la défense des trois langues et d'autres encore. Erasme déclarait vainement qu'il n'avait jamais publié un ouvrage sans le signer: on ne le croyait pas.
Il fallait marquer cet instant rapide où la renommée d'Erasme apparaît comme dans son plein rayonnement, où sa vie, assurée enfin contre les retours de la mauvaise fortune, semble avoir trouvé un repos mérité et glorieux. Courte espérance ! Les premiers beaux jours de la Renaissance sont déjà écoulés pour l'Allemagne : les controverses religieuses vont détourner les esprits des calmes études de l'antiquité. Erasme, nous le verrons , se défendra longtemps de s'y mêler activement ; il aura peut-être lillusion de se croire assez