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I' Votre bonté pardoiuiera cpttc lil)ertt''. soit à mon affection, soit à mon manque d'usage ; car, après avoir consumé ma vie au milieu de sophistes, je n'en sais pas assez pour pouvoir saluer par lettre un savant personnage. Autrement, de combien de lettres ne vous aul'ais-je pas accablé depuis longtemps, au lieu de souffrir (|ue vous me parliez seul tous les jours dans ma chambre.
" Aujourd'hui que l'excellent Fal)ricius (lapilon m'a ap[)ris que mon nom vous était coniui depuis cette l>agatelle des indulgences, et que j'ai vu, par votre nouvelle préface de YEnchiridioti, que non-seulement vous aviez lu, mais encore approuvé mes bavardages, je suis forcé de reconnaître, même dans une lettre barbare, cet esprit excellent dont le mien et celui de tous les autres s'est enrichi. Sans doute vous tiendrez pour peu de chose ce témoignage, rendu dans une lettre, de mon amour et de ma reconnaissance, quelque assuré que vous deviez être que mon cœur, en secret et en présence de Dieu, brûle de ce double sentiment; je n'aurais besoin, je le sais aussi, ni de vos lettres ni de votre conversation matérielle pour être certain de votre talent et des services que vous rendez aux belles-lettres ; cependant mon honneur et ma conscience m'obligent à vous remercier au moins en paroles, maintenant surtout que mon nom ne vous est pas inconnu. Je craindrais (|ue mon silence ne parût cacher qu(d(|ue malice et ([uehpie arrière-pensée coupa])le. Ainsi, mon cher l^^rasme , homme aimable, si vous le trouvez bon, reconnaissez en moi un de vos frères eji ,!.-(',., plein de goût pour vous, (|ui (bi reste n(^ mi-rile guère [)ar son ignorance (jue d'être enterré dans un coin inconiui, sous \o ciel et le soleil qui sont à Ions, destinée )jue j'ai luu-
jours désirée au plus haut point, en homme qui sait trop bien à quoi se réduit son bagage. Et cependant je ne sais quelle fatalité a donné aux choses un tour si opposé, que je me vois contraint non-seulement de rougir de mes hontes et de ma triste ignorance, mais encore d'être lancé et ballotté devant les savants.
" Philippe Mélanchthon vabien, sinon que nous avons peine à obtenir de lui que, dans sa fièvre pour les lettres, il ne ruine sa santé. 'Que N.-S. J.-C. vous garde pour l'éternité, excellent Erasme. Ainsi soit-il. J'ai été verbeux; mais vous penserez qu'il n'est pas nécessaire d'avoir tous les jours des lettres savantes, et que vous devez vous faire petit avec les petits *. »
Luther n'avait pas toujours parlé ni pensé si magnifiquement sur Erasme. Avait-il oublié qu'il engageait en 1517 Jean Lang à se défier de lui ? « Erasme, écrivait-il, me plaît, parce qu'il signale avec autant d'esprit que d'érudition l'ignorance et la paresse du clergé : mais il ne me paraît pas faire assez ressortir la nature de Jésus-Christ et la grâce divine.... il s'occupe trop de réducation morale de l'homme, et trop peu delà vraie adoration de Dieu -. » C'est mèm« là un texte précieux à garder, et (|ui marque bien, dès le début et avant tout confiit, le point de départ absolument contraire d'Erasme et de Luther; la tendance du premier sinon à détachei la morale de la théologie, du moins à rendre leurs rapports moins étroits, moins nécessaires ; l'inth^xible résolulion du second à ramener toute science et toute morale ;) la foi dont bieiil<\t, il est vrai, seul il sera liiilerprète iiis|)ii(''. D'ailleurs la lettre de 1510, si pleine