Ep. ooi
violentes, pendant que les esprits se cultivent et s'aiguisent.
Ainsi placé entre deux partis contraires, Erasme pouvait sans trop d'exagération se comparer à Hector, dont les Grecs et les Troyens avaient déchiré le cadavre en se le disputant '. Lui-même disait que Solon avait bien fait d'obliger tout citoyen d'une ville partagée entre plusieurs factions à se déclarer ouvertement pour l'une ou l'autre ; mais il admirait volontiers la sagesse de Solon, sans prétendre l'imiter. Sans cesse attaqué par les théologiens de Louvain, harcelé par les moines, dénoncé par les réformés comme déserteur de la cause c[u'il devait soutenir, Erasme, après avoir passé l'année 1S21 dans des courses continuelles, chercha la ville qui lui semblait le moins troublée par les haines théologiques. Il espéra que Bàle^ où il avait été accueilli avec tant d'honneur, où demeuraient Froben, Beatus Rhenanus et les Amerbach, serait pour sa vieillesse, hâtée par de continuelles souffrances, un dernier asile plus respecté de ses ennemis, et il se résolut au commencement de 1522 à éprouver du moins son hospitalité.