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MÉLANCOLIE DÉRASME. 113
que la pension J'Erasme, attachée à son titre de conseiller, lui fût payée, s'il ne revenait pas dans le Brabant '. Depuis qu'il en était parti, Erasme n'avait rien touché % et en juillet lo25 on lui devait quatre ans de sa pension, c'est-à-dire 800 florins d'or \ Erasme s'en offensait, et ne ménageait pas les mots piquants à l'adresse de cette cour toujours besoigneuse. « C'est un vrai tonneau percé... Nulle cour n'a plus de Midas que la nôtre '. » Privé de cette pension, Erasme n'avait plus qu'un revenu de 400 florins d'or, et, pensait-il, il lui en fallait six cents au moins pour entretenir l'état de maison qu'il s'était donné, trois domestiques et deux chevaux, luxe assez inutile, reconnaît-il lui-même '. Sa santé d'ailleurs devenait pire de jour en jour. L'été lui donnait un court répit ; mais les premiers froids de l'automne réveillaient sa maladie, et l'hiver était la saison des crises douloureuses. l']rasme en venait à souhaiter la mort plutôt qu'à avoir « à la remâcher sans cesse ^ » Dans ces jours de fatigue morale et physique, il s'exerçait à la regarder sans effroi, à se familiariser avec elle. Il consent à payer de bonne grâce à la nature le tribut qu'elle avait le droit d'exiger depuis longtemps. Ne voit-il pas tomber à ses côtés des hommes plus jeunes, auxquels les Muses avaient souri : Longueil à Pa- 4loue, Baptiste Casalius à Rome, Linacre, de Loyn, Dorpius '? Il aime aussi, plus encore en philosophe qu'en chrétien, à revenir par la pensée sur les années déjà longues de sa vie, pour regretter le mal où la fai])lesse humaine l'a entraîné, pour se réjouir du bien qu'il a pu faire. Il s'en rend le témoignage : si la tyrannie des
1. Ep. 668, 684. — 2. Ep. 712.-3. Ep. 747. - 4.Ep. 778. App.EiK 330. — lu Ep. 783. — 6. Ep. GG8. — 7. Ep. 752.
sens Ta parfois vaincu dans la jeunesse, elle ne l'a jamais asservi, et Fàge depuis longtemps l'a délivré de cette chaîne humiliante. 11 a volontiers repoussé les honneurs qui d'eux-mêmes venaient le chercher. La A-ieillesse ne l'a pas rendu avare : il ne souhaite que laisser à sa mort de quoi recevoir une sépulture modeste ; il n'a ni parents, ni amis qui le retiennent ici-has. Si le genre de mort qui le menace est douloureux, du moins il n'est pas contagieux. Il n'en veut pas à la Vie ; il y eùt même trouvé sa part de honheur, s'il ne fût tomhé dans la tragédie luthérienne « comme un rat dans l;i poix '. »
Sans parler des raisons personnelles qu'Erasme ressentait parfois trop vivement, sa tristesse avait en ce moment une cause plus élevée. L'année 1524, en effet, avait ouvert les pages sanglantes de l'histoire de la Réforme. Les classes longtemps opprimées par le vieux droit féodal se levaient en masses immenses dans presque tous les cercles de l'Allemagne, demandant d'autres lihertés cjue la liberté religieuse. Pfeifer allait racontant à la multitude ses visions inspirées. " J'ai vu un nombre intiiii de rats qui se jetaient sur une grange pour en dévorer les grains. Princes, vous èlcs ces rais qui nous pillent: nobles, ^•(»us êtes ces rats ({ui nous dévorent M » Munzer chercliait des combattants jusque dans les mines de Mansfeld : « Réveillez-vous, frères, réveillez-vous ! vous qui dormez, prenez vos marteaux et frappez la tète des Philistins M » Un prêtre suisse, Chrislopbe Schappler. dressait le manifeste des paysans. Ils Noulaieiit choisir