REPONSE DE LUTHER
puisse rien supporter. Il promet d'user dans sa réponse d'une modération semblable. Je sais la bienveillance qu'il vous porte, et je veux que vous soyez persuadé que nous vous aimons et honorons ' . » Mais ces conciliantes paroles étaient bientôt démenties par Luther, qui écrivit dir(H'tement à Erasme une battre hautaine, où la dou- «•enr même avait un air de menace : « Nous voyons que ic Seii;neur ne vous a encore donné ni assez de force ni un sens assez droit pour que vous combattiez avec lil»erté et assurance les monstres ([ut^ nous combattons nous-mêmes. P(^ur moi, je désirerais (si je pouvais me donner comme médiateur) que Fou cessât de vous attaquer avec tant de colère, et que Ton permit à votre vieillesse de s'endormir paisiblement dans le Seigneur : c'est là, à mon avis, ce que feraient vos ennemis, s'ils tenaient compte de votre faiblesse, et s'ils considéraient la grandeur dune cause qui depuis longtemps a dépassé votre mesure -. » Il terminait en renvoyant Erasme à sa rhétori([ue, ajoutant quil lui importait peu de l'avoir puiu' allié ou pour ennemi.
Ce qui témoigne cependant que Luther se sentit plus menacé qu'il ne le disait par la dialectique habile et savante d'Erasme, c'est que l'année suivante, quand il pul)lia son traité du Serf arbitre (décembre 132-5), il le lit paraître très-peu de temps avant le marché de Francfort, [)Our gard(?r ainsi le dernier mot dans le débat. De plus, il le faisait aussitôt traduire en allemand par Jnstus .louas et répandre^ dans les campagnes, où ne pouvait altiùndre le latin d'Erasme, (ielui-ci, malgré tout, ne se laissa pas gagner de vitesse, et, pour opposer en temps utile sa nouvelle réponse an livre de r^utlun", il composa.
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et fit imprimer en douze jours chez Frohen un second écrit intitulé : Ht/peraspistes \ diatribe adversus servum arbitriuin Lutheri (20 février lo26). La lutte y devenait personnelle et amère. Erasme, réservant le fond de la question, ne prétendait d'aillem's que démasquer la tactique de Luther, le mélange de dédaigneuse pitié, d'invectives et d'éloges dont il s'était servi à son égard. Celui-ci déhutait en effet par des vénérable Erasme^ mon très-cher Erasme, excellent Erasme, et, après ce baiser de Judas : « Érasme, ajoutait-il, est un impie, il blasphème contre Dieu, il ne croit à rien, il porte dans sa poitrine Epicure et Lucien, il dit dans son cœur : Il n'y a pas de Dieu, ou, s'il existe, il ne s'occupe pas des choses humaines. Erasme craint de déplaire aux puissants, il met sa parole et sa foi au service des princes. » Mais en relevant la perfidie de son adversaire, Erasme s abandonnait lui-même à d'injurieuses violences et perdait ainsi une partie de ses avantages.
La seconde partie de VHyperaspistes, qui nous ramène à la grave question du libre arbitre, trop négligée dans la première, ne parut que l'année suivante (1S27). Luther, exaspéré, et d'ailleurs encore poursuivi par les mordantes railleries qu'Erasme lui avait lancées dans ses lettres, à propos de son mariage, ne garda plus aucune mesure. Il l'accusa publiquenu*nt de vouloir faire renaître le paganisme, de n'avoir rappelé dans son Catéchisme les anciennes hérésies que pour jeter des doutes sur tous les dogmes. Dans sa liaiiic, il allaitjusqu'à louer le prince cb; Carpi, l'un des ennemis les plus furieux d'Iù'asme chez les catholiques ^ Erasme répondit une