Histoire (Ica cnri/itivii^, 1. ir. — 3. Ep. 70S
mesuréo dans ses termes, tourna contre Erasme. Les derniers mots ne parm'ent qu'mie vaine précaution de sa timidité, mais qui laissait assez clairement deviner le fond de sa pensée. Un anonyme relevait aussi un vers où Erasme avait appelé nourriture mystique le pain eucharistique '. Un ancien franciscain devenu zwinglien, Conrad Pellicanus, qui avait plusieurs fois confessé Erasme, affectait de dire qu'il le savait secrètement d'accord avec Zwingle. Erasme protesta de toutes ses forces contre cette calomnie. Il pouvait avec de savants amis, disait-il, surtout en l'absence des faibles, soulever en toute liberté les plus graves questions: mais personne ne l'avait jamais entendu nier la présence réelle, et sur aucun point il ne voulait altandonner la tradition catholique -. Il se défendit même contre ces accusations dans une lettre publique adressée aux Suisses réunis à Bade : mais ces déclarations irritaient ceux contre qui elles étaient faites, sans paraître jamais assez complètes, assez dégagées de toute restriction pour désarmer les haines du parti opposé. En ce moment même le syndic Noël Béda le lui faisait sentir cruellement.
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Les rapports d'Erasme avec Béda et la Eaculté de Paris méritent une altenti(»n jKirticulière, et ce n'était pas
1. Lu mauvaise fui élait t-videuto, et Érasuip n'avait ijii'à renvoyer au\ vers eux-mêmes :
Mysticus ille cibus, GrsDci dixerc synaxim, Qui paniâ viniquc palam suh inia-ilne Cliristuiu Ipsum prxsentem verc cxliil)ft
Erasmi pr/matiffinnim libolli rujimrlfin) '/'■(rrfin, \:\H\. Haie. 2. Kl>. 8i5. fi'iCt, 817.
ÊIIASAIE ET LA SORB(tNNE. i:n
sans raison que Tattaqno venue de ce côté lui paraissait plus redoutable que toutes les autres. L'Université de Paris saluée par Gerson (( la fontaine de science qui arrose la terre, Téclatante lumière de l'Église \ » gardait encore une partie de son ancien prestige. Les causes théologiques lui étaient déférées de toutes les contrées de l'Europe, et la cour de Rome elle-même lui demandait des jugements de doctrine. Aussi, dans cet épisode de la vie militante d'Erasme, nous suivrons mieux que partout ailleurs son jeu ordinaire, la prudence avec laquelle il cherche d'abord à prévenir, par un air de soumission et de déférence, les nouveaux dangers qui le menacent, ses habiles effortspour se dégager de la poursuite de ses adversaires, qu'il finit par accabler d'injures et de sarcasmes, quand il n'a pu ni leur échapper, ni les adoucir.
(le ne lui pas avec le premier ennemi qu'il rencontra à la Sorbonne, Pierre Le Couturier ou Si(tot\ qu'Erasme usa de cette tactique. Il le redoutait trop peu pour le ménager. Celui-ci d'ailleurs, qui par mépris ne nommait pas même Erasme -, était un bien maladroit défenseur de l'orthodoxie, puisque, pour justifier la défense faite au peuple de lire les livres saints, il donnait cette raison naïvement compromettante: « Les constitutions humaines courraienl un grand danger, si le peuple venait à découvrir qu'elles ne sont pas dans les livres saints. » Sa lourde dialectique raisonnait ainsi pour démontrer que YÉlot/c de la Folv' était une (ruvre sacrilège : « Dieu est le maître et le créateur de toutes les sciences: Erasme