du Uoulay, Histoire de l'Uiiiirisiti-, t. vi, p
.■i. Ep. 041.
EliASME Eï BÉDA. 13:5
iiu-iua l)ieiitùt après ses invectives, et moiirul Jeux ans caprès en prison au Mont-Saint-Michel ' .
Les hostilités entre Erasme et Béda s'ouvrirent au mois d'avril lo24. La Faculté de théologie avait posé à Béda cette question, que saiis doute il avait inspirée, si même il n'en avait pas rédigé les termes : « La doctrine d'J'^rasme est-elle saine, catholique et religieuse, salutaire à ceux qui se destinent à la vie monastique ? peutelle être acceptée sans aucune réserve, ou ne se cache-t-il pas sous l'élégance ornée et mielleuse des paroles quelque poison de l'hérésie de ces temps? » Béda répondail ainsi à cette consultation : « La doctrine d'Erasme, quand elle traite des divines Ecritures et de la théologie, est souvent erronée et opposée aux honnes mœurs. Je pense qu'il faut en éloigner ceux qui ont embrassé la vie monastique, de peur que, séduits par l'éloquence et le charme de la parole, ils ne boivent avec la douceur du style un poison mortel. » Il ne paraît pas cependant que la Sorbonne ait alors pensé à donner suite à cette affaire, sinon pour défendre l'impression de plusieurs ouvrages (riù'asme traduits [lar Bercpiin -. Béda prit sur lui de poursuivre la luttr. rt. malgr/- une Icttrr conciliante flans laquelle lirasmc l'invitait à lui soumettre ses critiques, s'engageant à lui rapporter publiquement l'honneur des fautes réparées ", il fit paraître en 1526, avec l'autorisation de la Sdcltonnc. un livre dirigi' particulir-
1. V. C. Sniitli, Mémoire sur Gérard Roi'sse/ . \i. ini. lii'-da. exil<'' do l'nris eu mai l'.'hV-i. y avait été raiiiioir- à la fin de la uiraie auiiée. Au mois de février ou de mars l.'ilJi, il lut accusé do lèse-majesté à causo, de? [>ropositious diffamatoires contenues d;nis im lihellc puldié antérieurement. V. Corr. des; n'-f., t. in, p. l.'i'i.
2. .1/*/'. Ep. .'i.'i2.— Conrad Ilescli s'était vu aussi refuser la iiermission do réiniprinior à Paris les iiaraphrases d'Erasme sur saint Luc.
remeiit coiilre les Paraphrases trÉrasme '. Dans l'espoir d'intéresser le roi à sa cause, il rappelait la dédicace de la paraphrase de saint Luc, dans laquelle Erasme avait donné à Henri VIII le nom de roi de France et d'Angleterre. Il refusait à son adversaire le droit de se dire théologien, lui conseillait charitablement de ne plus écrire et de lire les ouvrages de Gerson pour acquérir l'humilité -. Erasme était assez habitué au style des controverses du temps pour ne pas s'émouvoir outre mesure ; mais ce qui le décida à repousser cette première attaque, c'est qu'il voyait derrière Béda le gros de l'armée prêt à le soutenir, c'est-à-dire la Sorbonne ellemême. Il fallait agir avec rapidité pour prévenir, s'il était temps encore, ce dangereux conflit. Par deux apologies différentes, il justifia les propositions taxées d'hérésie par Béda '\ Il se plaignait tristement d'être encore ramené dans l'arène. Fallait-il offrir le spectacle K d'un chrétien aux prises avec un chrétien, d'un prêtre avec un prêtre, d'un vieillard avec un vieillard? » « A Sienne, disait-il encore, dans les jours de carnaval, des hommes se cachent dans de grands mannequins représentant divers animaux, béliers, tortues, etc. On lâche un taureau et chacun de l'attaquer. On tourne autour de lui, on le pique, on le harcèle, on l'exaspère. Erasme était la pauvre bête destinée à amuser ainsi une foule désœuvrée; mais, ajoutait-il, il était un daim inotfensif bien plutôt qu'un taureau. Pourquoi cette haine ch-Béda? N'avait-il }>as sept ans auparavant empêché limpressidii <l"iiii livre rempli d'épigrammes contn^ lui et contre Du-
1. Contra Erosiiii /jfir/ij)/iiriscs lUt. /. iu-t'., à Vm-'is, chez Jo.sse Uadr. ■1. Eli. 740.
3. Ernuini (Uriiuitiinins ad nolnln fier licddon du jinraphrasi in Mnllu/'Hi/i; lùiisud s/ijijiiitfdi/i in /•r/isuris Hn/d.r.
KllAS.ME ET DÉDA. 135
chesne? Béda ne pouvait-il, comme il Favait fait une fois pour la paraphrase Je saint Luc, lui proposer ses doutes, avec cette charité vraiment fraternelle, qui cherche la conciliation et non la guerre et le bruit ? Au lieu de cette conduite prudente et chrétienne, il publiait un livre plein de malice, de sophismes, où le mensonge était partout répandu, comme le sang dans tout le corps, <^t dans lequel il avait relevé 181 mensonges, 310 calomnies et 47 blasphèmes. »
Quoi qu'il en soit de la justesse de ces chiffres, ipie nous n'avons pas le dessein de vérifier, Erasme cherche par tous les moyens à réduire Béda au silence, « puisqu'il n'a pas la lyre de David pour calmer sa frénésie. » Il écrit [)lusieurs lettres au parlement et à la Sorbonne. suppliant ces deux illustres compagnies de n'accepter au- K'une solidarité avec Béda, de se défier des traductions et des citations isolées, de rechercher avant tout si une pensée qui parait coupable, quand on la détache de ce 4|ui la précède etrexpli([ue, ne devient pas juste et vraie, si on la replace au lieu d'où elle a été tirée '. Il va même jusqu'à demander au cardinal de Lorraine d'ordonner la suppression du livre de Béda qt l'emprisonnement de son auteur -. La lutte l'égarait.
Ce fut une heureuse fortune pour L^rasme que ses lettres parvinssent à la cour à un moment où François P^ encore dans la première joie de sa liberté recompiise par le traité de Madrid, s'était laissé regagner par les grâces séduisantes de Marguerite. L'influence de cette princesse sur l'esprit de son frère est visilde à cette date. Elit» lui avait inspiré de la défiance pour les conseillers de la régente. Il délivrait une seconde fois Berquin, déjà