Kp. io:;o
Wt VI K l)'EJ{AS.ME.
religion? Siui;iilièr«3 faiblesse de l'esprit humain toujours porté à croire aux victoires de la violence 1 ]-]st-il un outrage plus cruel fait à la vérité, une plus sûre manière de Fétouffer ou d'en retarder les progrès, que de la charger devant les hommes et devant l'histoire <rime certaine complicité morale avec des crimes qui n'ont rien de commun avec elle? Erasme avait raison de dire avec tristesse : « Je vois ici des orthodoxes, là des hérétiques, ici des catholic|ues, là des anti-chrétiens, mais nulle part je ne vois le Christ. Le Christ semble (bnmir '. »
11 nous faut rentrer à Bàle ; mais là encore nous ne pouvons guère e.spérer d'autre spectacle que celui-là même qui sïmpose à nous depuis trop longtemps. On voudrait, et on peut à peine reprendre haleine dans le récit de ces luttes qui ne cessent de disputer lù^asme 4m repos que réclament vainement ses travaux, son àgt^ etsesinlîrmités. En 1527, il veut vivre à l'écart, entouré seulement d'un petit nombre d'amis. Le motif de sa santé, trop réel d'ailleurs, lui permet d'éloignin* les fâcheux et les indiscrets. Sa table est aussi sim[di' q\u\ <'elle de Pythagore -. « Si vous voyiez J*]rasme, écril-il à (lermain de lîrice, vous croiriez voir une cigale qui va bientôt dépouiller sa vieille enveloppe. J'ai pou de compagnons; mais ils sont pleins de candeur : Beatus Rlienanus, Boniface Amerbach et Lorit de Claris ; vous avez le triumvirat ^. » L'imprimerie de Froln'ii était toujours le vrai centre de sa vie. l'Erasme qui occupait contimKîllemcnt (rois presses à lui seul, faisait parailn*
l.Kl.. lllol). - 2.i:]..90;!.— :!. K|'. l'HMl.
MORT DE FUn lji:.\. U.'i
en lo27 la traduction de plusieurs parties des Pères grecs, entre autres celle de la lettre de saint Atlianase à Sérapion, une partie des commentaires dOrigènc sur saint Mathieu, plusieurs sermons et homélies de saint Jean Chrysostome ', et une édition de saint Ambroise. Deux importantes éditions, celles de saint Augustin et de Sénèque, étaient commencées, quand Froben mourut (1327), regrettant par-dessus tout de n'avoir achevé que les deux premiers volumes de saint Augustin ^ Erasme ressentit de cette perte une douleur qui l'étonna luimême; il croyait avoir assez affermi son àme par l;i pratique de la philosophie contre les maux inévitables de cette vie. « Je ne m'irrite pas. écrivait-il. contre m;i douleur trop juste; je m'indigne qu'elle soit sans mesure et se prolonge si longtemps '. » La lettre d'Erasme est empreinte en effet d'un caractère de sensibilité rare chez lui ; elle rappelle avec émotion le zèle de Froben pour le progrès des études, son âme généreuse et désintéressée. On y peut relever ce détail piquant. Erasme ne voulait recevoir aucune pension, et il fallait que Froben usât de détours ingénieux pour reconnaître ses services : ainsi il payait secrètement l'étoffe qu'Erasme avait achetée pour ses vêtements. Celui-ci, imposant enfin silence à de stériles regrets, pensa c{ue la meilleure manière d'honorer la mémoire de son ami était d'accomplir sa dernière volonté et d'achever l'édition (h' saint Augustin. Sept presses furent consacrées à l'impression des œuvres complètes du grand docteur
1. Cinq sermons de Clirv^ustuiiR' i-ontrc les juilV; qiialie sur le l.azare; cinq sur la vision d'Isaïe et sur lo roi Osias; un sur le martyr Philogonus, et plusieurs autres discours. De iiuuveanx fraiiuieufs de Chrysostome parurent en l.'JSD.