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TABLEAU Di:S .MALIIELRS DU TEMPS. 151
jouit de la paix? La Flandre, avec les florissantes contrées qui s'y rattachent, a d'abord été privée du prince qui était né dans son sein ; elle n'a cessé jusqu'à ce jour d'être inquiétée par les Gueldres ; elle n'a de commerce sur ni avec les Anglais ni avec les Français ses voisins, et cela non moins à notre préjudice <pi"au détriment de la France et de l'Angleterre. Nous sommes écrasés d'impôts, et le mal est pour nous d'autant plus grand que l'argent passe en Allemagne et en Espagne. Mais partout ailleurs, comme disent les paysans, le bœuf qui a brouté l'herbe laisse dans le champ un fumier qui répare le dommage qu'il a fait. De plus, est-il pays plus malheureux que l'Italie, la contrée longtemps la plus florissante du monde? Aujourd'hui il n'est sur pour personne d'y pénétrer. Parlerai-je de Rome, la mère de toutes les nations'? Le Turc, après d'autres conquêtes, s'est emparé de Rhodes, il a désolé la Hongrie et tué son roi ; il la menace une seconde fois, et depuis tant d'années nous combattons contre les Français ! Cependant le monde se couvre de soldats qui n'épargnent pas plus leurs amis que leurs ennemis : on les dit en grande partie luthériens ou juifs. Mais, à mon avis, il ne faut pas appliquer ces noms à des gens qui ne croient à rien. Yoilà les fléaux auxquels le monde est livré, qui ruinent les citoyens, sans parler de la perte des études, de la mort de la religion ! 0 pesante colère d'un Dieu juste - ! )>
La vie d'Erasme subissait douloureusement le contrecoup de cet état général. Contraste bizarre I pendant (ju'il était vraiment réduit à chercher un abri pour ses
1. Sur les jugfuneuts divers exprimés à roccasion du sac de Rome, V. des passages intéressants dans la Covr. des rt'f., l. ii. p. 32, notes. ■2. Ep. dO;l!l.
\:,2 VIE DÉHAS.MK.
dernières années, les princes et les grands, par politique ou ostentation, continuaient à lui adresser des témoignages de leur estime ou de leur munificence. Parfois Erasme essayait encore dintimider par là ses ennemis ; il détachait cette phrase d'une lettre de Charles-Ouint : « Nous voulons que vous soyez persuadé que nous ne défendrons pas moins votre nom (|ue le nôtre même ' ; » il énumérait tous ceux qui lui ('crivaient de leur propre main : « Tempereur, Ferdinand, le roi de France, le roi et la reine d'Angleterre, le roi de Pologne Sigismond, Georges, duc de Saxe, (hiillaume Warliam, archevêque de Cantorbéry, Cutlicrt Tonstall. Jean, évèque de Lincoln, Albert, archevêque de Mayence, Guillaume, duc de Clèves, Antoine Fugger, Christophore de Stade , évêcjue d'Augsbourg. Sadolet, Pierre, évêque de Cracovie, etc.; » il ajoutait : '< J'ai mes cassettes remplies de présents, de coupes, de flacons, de cuillers, d'horloges dont plusieurs sont l'norpur, d'anneaux. » Mais ces complaisantes revues de noms illustres, sans, faire illusion à Erasme, n'effrayaient plus personne. Des p.ilrons d'un rang aussi «devé, livrés à bien d'autres préoccupations, n'étaient |)as pour lui un rétd appui.
Le danger devenait en effet pour l']rasme plus pressant (b> joui' en jour. <• Je serai (ddigé, écrivait-il dès le mois de janvier lo2!). de quitter au milieu de l'hiver le nid au(|uel j'étais accoutumé depuis huit ans; il v il ici comme au dehors des gens qui m'adressent des menaces -'... el c'est au péril de ma vi(^ ([u'il me faudra fuir la mort '. » Dans la nuit ihi 8 au 1) février, les evangélistes amenèrent (h's canons sur la place puldi-
). K|.. 11(12. — 2. Kj.. \t\-2't. - :{. Kp. lii>!>.
lailN DLUTION RELKilELSE A 15ALE (1529). loi
i|iie. L(î ])oiirgmestro Meltinger el son gendre, le conseiller Offenburg, n'avaient échappé à la mort qu'en s'enfuyant snr une ])arque. Cette défaite de Fiiutorité civile accrut laudace des révoltés. Les statues des saints furent jetées à bas, et Erasme c{ui, au milieu des plus sérieuses préoccupations, ne savait retenir une réflexion maligne, écrivait : « Nous lisons que saint François «envoya une folie furieuse ;"i un homme qui s'était moqué d(^ ses cinq blessures, et que beaucoup d'autres saints punirent sévèrement des paroles irréligieuses ; aussi fii-je admiré que nul parmi les saints d'ici n'ait puni les coupables ; pour le (christ et la Vierge, je ne m'élonne pas de leur mansuétude'. » Le jour même des (.(Midres, on commença à distribuer aux pauvres de l;i ville les statues de bois, pour qu'ils les brûlassent ; mais <-omme il y eut, à cette occasion, des rixes parmi le peuple, on en fit neuf bûchers auxquels on mit le feu ^ I Le lendemain, une proclamation du nouveau conseil de la ville annonça aux citoyens la suppression de la papauté et l'abolition de la messe. Le haut clergé et les moines (piillèrent Bàle. 0']colampade restait maître de biplace; il établit aussil(\l le prèidie. la communioti sous les deux espèces et le chant des psaumes en langue vulgaire '. Mais déjà, comme il arrive toujours, dr plus fanatiques cherchaient à s'emparer du peuple à bnii- |)roiit. On vit même un anabaptiste parcourir les églises <'( les places publicjues en criant : « Faites pénitence, la main de Dieu nous menace ! » Il entra dans la cathc'- <lrale et se mit à apostropher avec violence (Kcolani- |iade et ses partisans, (juil appela « assassins des