Kp. \m\. — -2. Ep. iW
:i.E\). 1112. Érasme avait ileiix iiensions d'Anylelerrc, uuederiaiulre, et nue (iiiatrièuie connue conseiller de l'cnipire. Cf. A/)p. Ep. 3."J0. 11 avait en outre quel<iaes revenus, et dans lï'p.UOS il recduiiait ipic les présents <|u'on lui faioait auiviient suJ'Ii ]>iiur le faire vivi'c.
CUNSEIJ. DE SADOLKT A tUAS.MK. 1 o'J
quand celui-ci lui adressait une demande, il répétait volontiers : « Que ne ferais-jc pas pour mon précepteur Erasme ' ? » mais cette bienveillance restait toujours peu active, et les embarras politiques qu'il rencontrait alors à l'assemblée de Spire détournaient son attention de toute autre affaire ■. Aussi Erasme était loin de trouver à Fribourp; cette vie assurée ([u'il y était venu chercher. Ses ennemis continuaient aussi à se déchaîner librement contre lui. EnEspai^ne. les moines mendiants obtenaient enlin que ses livres fussent déférés au lril)unal de rinc|uisition ; à Paris, un Pierre Le ('ornu avait pris pour devise : « Tu fouleras à tes pieds le lion et le flragon, le lion Luther, le dragon Erasme. » PendanI qu'Erasme, ainsi attaqué par les catholiques, se comparait tristement à saint Cassien tué par les stylets de ses propres disciples ^ les luthériens ne l'épargnaient pas davantage de leur coté, k Je suis lapidé, écrivait-il en io30, par leurs pamplil(?ts : six ont déjà paru, et cela ne finira pas ' . >< Les dispositions du pape semblaiciil aussi moins favorables à son égard, et Sadolet demandait vainement pour lui un riche canonicat ''. Sadolet, dont les lettres adressées à Erasme attestent le caractère conciliant et l'esprit vraiment évangélique, lui conseillait dt^ ne pas répondre aux calomnies ; mais « que faire ? réplicjue celui-ci; le cheval se défend à coups de sabots. Je chien avec s(>s dents, l^^rasme avec sa plume '''. » Ce que Sadolet cherchait à obtenir d'Erasme, c'est qu'il rédigeât une fois pour toutes un exposé de sa foi catholique, dans hupielle il condamnerait lui-même les libertés de sa jeunesse et explitpierait sans réserves ce qui pouvait dans ses écrits in(|uiéter la piété '. Pourcpioi Erasme ne
1. Kii. 1074. — -2. Surladiùle d.; Spire, v. les Ep. 1054, 1059. 1007, 1074. — :;. Kii. 1170. - 1. Kp. 1139.-5. Ep. J09i. -G. E].. 1220.- 7. Ejt. 1220.
i6D VIE D ÉHAS.ME.
suivait-il pas un conseil inspiré par une amitié sincère ? Sans doute il avait trop rexpérienee de la vie pour espérer que cette déclaration put satisfaire le parti même qui la lui demandait. Dans des temps si troublés, un pareil manifeste eùt-il été autre chose qu'une arme nouvelle que la passion aurait aussitôt retournée contre lui ?
D'autres raisons contribuaient à éloigner Erasme delà pensée de s'établir définitivement à Fribourg-. Au printemps de l'année lo30, il avait été gravement malade, à tel point qu'il ne put pendant plusieurs jours «ni lire, ni écrire, ni dicter, ni parler, ni entendre lire ', » et il mettait cette crise douloureuse sur le compte du climat pluvieux de Fribourg, « son corps, d'un tissu très-lâche, et qui ne pouvait vivre que dans un air cuit, » étant fort sensible à tous les accidents de la température. Une épidémie de suette anglaise, qui tuait dans l'espace de huit heures, avait aussi ravagé la ville ', et Erasme, qui se croyait plus exposé que tout autre à ces influences contagieuses, en craignait le retour. La vie était difficile à Fribourg, les objets les plus nécessaires r<ares et d'un prix élevé ^; enfin l'on commençait à redouter que la Réforme n'y pénétrât. Aussi dans sa correspondance on le voit penser parfois à retourner en Flandre, où Marie» sœur de l'empereur, reine douairière de Hongrie, avait succédé à Marguerite d'Autriche ' (Jo30). La régente inclinait vers la tolérance religieuse, cl, tout en servant avec zèle la politique de son frère, elle eût aimé à être auprès de Charles-Ouint ce qu'était la reine Margueritt^ auprès de François I". D'autres fois, il parle de Ly(»n. ou écrit au Conseil de lîesajiçoii. jxtnr lui demander si
1. Kl.. \[\I. - -2. Kp. ni!». - ;î. Kp. 11 11». — î. Ep- 11'»'-
L'ASSEMBLÉE D'AU G SBOURG (1530). 161
la ville le recevrait '. Mais aucun de ces projets ne fut poursuivi sérieusement; et, dès qu'il en avait formé un, les raisons de n'y pas donner suite s'offraient en foule à son esprit indécis, que l'âge rendait de jour en jour plus ombrageux.
Cependant un événement considérable allait le distraire de la pensée trop constante et trop personnelle de ses soucis. Nous voulons parler de l'assemblée d'Augsbourg, dans laquelle fut rédigée par Mélanclithon la confession qui sert de base à la religion protestante. Les lettres d'Erasme qui se rapportent à cette date ont pour nous un double intérêt : elles nous font pénétrer plus avant dans la connaissance de l'homme en nous découvrant la raison de son attitude douteuse, embarrassée, presque également défiante à l'égard des deux partis en présence; d'un autre côté, elles peuvent jeter quelque lumière nouvelle sur l'histoire même de cette assemblée et les causes de son impuissance.
A la diète de Spire, les catholi({ues en majorité avaient accordé aux réformés le libre exercice de leur culte, mais sous cette réserve singulière que les provinces qui n'appartenaient pas encore à la religion nouvelle devaient rester fidèles aux anciennes traditions et même y être maintenues au besoin par la force. Un pareil décret n'eut d'autre résultat que de provoquer la protestation qui donna au parti de la Réforme son nom définitif. Charles-Quint, alors en Italie, fit aux députés luthériens qui la lui portèrent un accueil presque offensant. L'insurrection des communeros en Espagne et ensuite les guerres contre la Franco avaient depuis la diète de Worms détourné son attention des affaires
religieuses de TAllemagne. Il reconnaissait, non sans de sérieuses appréhensions, que dans cet intervalle la doctrine d'un homme était devenue la religion d'un peuple. Le moment semblait favorable pour tenter une dernière fois de ramener l'Allemagne à la foi commune. La France était abattue, ritalie soumise, Soliman repoussé. Charles-Ouint résolut de juger le procès de la Réforme, pendant depuis dix ans, et il convoqua à cet effet les princes allemands à une diète plénière qui devait s'ouvrir à Augsbourg le 15 juin 1530.
Malgré les termes conciliants de la lettre de convocation, qui portait « que cette réunion était destinée à écarter des deux côtés tout malentendu, et à se réunir fraternellement dans la seule religion sous un seul Christ, » les protestants ne se rendirent à Augsbourg qu'avec défiance. Ils connaissaient les dispositions sévères de l'empereur, encouragées encore par Clément YII. (( L'empereur, écrivait Erasme lui-même, fera tout, parait-il, d'après les prescriptions du pape ; mais je crains que la religieuse obéissance de ce grand prince, qui a tourné à mal pour les Florentins, ne soit pas moins funeste à l'Allemagne *. » On chercha à effrayer l'électeur Jean de Saxe ; mais il refusa d'écouter ces timides conseils, répétant les paroles de l'Ecriture : « Celui c[ui me confessera devant les hommes, je le confesserai aussi devant mon Père qui est aux cieux ^ » Le premier il fit, le 2 mai 1530, son entrée à Augsbourg, bientôt suivi du landgrave de liesse et des autres princes confédérés. Les plus célèbres théologiens étaient aussi accourus; c'é- Iciiont du côté des catlioliciues Eck, Cochh''e, Fal)or. Wimpina; du côté des Evangélicjues, Mélanchthoii.