‹ ErasmeChapitre 91 sur 247 · Eji. 11.'.7. - 2. Ep. 1178. —3. Ep · texte numérisé non relu

Eji. 11.'.7. - 2. Ep. 1178. —3. Ep

17(1 VJE DEllASME.

homme; aujourd'hui je suis Tomhre d'une ombre '... Gomme le roseau, je ne résiste pkis qu'en vacillant '. » Son pied gauche était envahi par la goutte. « Ce sont les messagers de la toute-puissante mort '\ » Il fallait toutes ces raisons pour supporter les misérables tracasseries dont le poursuivait Ottomarus Luscinius qui habitait avec lui l'édihce dont une partie lui avait été gratuitement offerte par les magistrats de la ville. Luscinius prétendit que Jacob Willingerus, qui avait construit cette maison, lui en avait laissé l'usufruit en totalité, et il obtint par ses intrigues qu'Erasme en sortirait à la Saint-Jean et de plus paierait une somme de vingt florins *. Erasme se décida alors à acheter une maison au prix de seize cents ducats, et en l'annonçant à ses amis, il s'amusait d'avance de leur étonnement : « A'ous n'en serez pas moins surpris que si l'on venait vous dire qu'Erasme presque septuagénaire a pris femme. Il ne faut pas désespérer de voir les rivières remonter vers leurs sources, puisque Erasme, qui pendant sa vie a préféré le loisir littéraire à toutes choses, se fait enchérisseur, acheteur, qu'il stipule, se porte caution, et qu'au lieu des Muses il a affaire "aux artisans, aux charpentiers, aux forgerons, aux carriers, aux verriers ". » Erasme, cependant, au milieu de ces nouveaux tracas, aimait trop son « loisir littéraire » pour ne pas lui consacrer encore des heures précieuses. Dans l'hiver de 1531 il donnait les six premiers livres de ses A/)op//f/fPfj/mcs. C'était l'ouvrage même de Plutarque, déjà traduit au quinzième siècle en latin j»ai' l*hilelphe (1470), mais qu'il avait enrichi de nouveaux exlraits, en y joignant des com-

1. Kii. 1188.- -2. K[). 1202.- 3. Kp. 119'J. - i. Hp. 1210. — !>. Ep. llfll,

TRAVAUX D EllAbME EN 1531. 171

meiitaires destinés à faire ressortir ravantage de ce recueil de paroles célèbres et à en marquer l'application pratique. Dans la même année Erasme donnait encore un commentaire du psaume xxxin, une préface sur Aristote, et une autre sur Tite-Live, dont l'édition paraissait augmentée des livres que Simon Gryna?us avait découverts dans le monastère de Lors, près de W^orms ' . Il avait encore sur le métier un Traité de la prédication, qu'on le pressait de toutes parts d'achever et de publier; mais, prévoyant sans doute les nouvelles hostilités que lui attirerait cet ouvrage, il ne se hâtait pas, rejetant cette lenteur calculée sur le défaut d'entrain et d'inspiration '.

Erasme d'ailleurs, dans les dernières années de sa vieillesse, ne rencontrait ni plus de justice ni plus de tolérance chez ses adversaires. Il faut bien, pour la vérité sinon pour l'intérêt de sa biographie, que le bruit assourdissant de leurs attaques accompagne sa vie jusqu'au dernier jour. Sans cesse harcelé, il avait peine à détourner ou à repousser les coups que lui adressait chaque parti. Un poëte lauréat, devenu luthérien exalté, Gérard Geldenhauer (ou Gerhardus Noviomagus), qu'Erasme avait autrefois aidé de ses conseils et assisté de sa bourse, l'accusait avec autant de fureur que « s'il avait tué père et mère ^ » et publiait contre lui en 1329, peut-être de l'aveu des ministres de Strasbourg , plusieurs livres remplis d'hypocrisie et d'injures grossières. Erasme se défendit par une lettre dans laquelle, par représailles, il donne à son ennemi le nom do Yulturius Xeocomus. Gérard exaspéré répondit sous le couvert d'une adresse collective

Page 1