‹ ErasmeChapitre 92 sur 247 · Ep. 1179. — 2. Ep. 1161. - 3. Ep · texte numérisé non relu

Ep. 1179. — 2. Ep. 1161. - 3. Ep

des pasteurs de Strasbourg à leurs collègues d'Ostfricsland et des Pays-Bas. Erasme répliqua en affectant de suspecter l'authenticité de cette pièce ^ Un autre ennemi, Augustin d'Eugubio, qui avait fait à Erasme une allusion injurieuse, en parlant de ceux dont la folie croit avec l'âge, s'attirait cette courte réponse, pleine d'une dignité fière : « On soupçonnera peut-être que ce reproche d'être vieux m'est adressé, parce que je ne nie pas que je le sois, bien que je me trouve encore, si je ne me trompe, séparé par quekjue intervalle de l'àgo de la décrépitude, puisque je ne suis pas encore parvenu à la soixante-dixième année. Chez moi d'ailleurs la faiblesse du corps ne vient pas de l'âge, mais de la nature : elle était déjà telle dans ma jeunesse, comme il arrive souvent à ceux qui vivent sur les livres. Quant à la folie, je ne me prononce pas; les plus fous se croient les plus sensés. C'est aux autres à juger. . . Pour la vigueur de l'esprit, je n'ai pas, il me semble, à accuser la vieillesse; mais si les vieillards sont insensés, leur âge du moins les excuse ; chez les jeunes gens la folie est honteuse. Je ne vois pas clairement quel est votre âge ; cependant votre style saccadé et votre mépris de la vieillesse révèlent que vous êtes jeune encore. Aussi devez-vous vous efforcer, mon cher Augustin, di^ ne rien laisser paraître dans vos ouvrages qui porte hi marque de l'extravagance. Vous y parviendrez si votre style a de la cohésion, de la suite, s'il est sobre, s'il ne dit pas (b's choses contradictoires, en un mot s'il annonce un esprit (jui se possède toujours ^ » Dans ]c

1 . HesjXMsiii iid epistoldiu (ipolofjctirdin ùia-rto ouctore jiroilitatn , tiisi (juoil tituhis, forte fictits, lnihclint : prr ttiinistros vcrhi Errlexur Arcjentoratensis (1530).

DERNIÈRES ATTAQUES D'ALBERT RIO. n3

même temps Albert Pio, prince de Carpi, renouvelait contre Erasme ses attaques commencées en 1525. Erasme perdit patience et dans ses lettres ne pensa plus à ménager un ennemi qui montrait à son égard une malveillance aussi opiniâtre. Il l'accuse de faire écrire ses diatribes par « un certain Espagnol, un Sepulveda qu'il nourrit, et qui est chargé de polir son style '; » il croit voir dans les livres d'Albert Pio la main cachée et perfide tantôt d'Aléandre -, tantôt des franciscains de Paris ^ ; il le raille de garder le titre de prince de Carpi, après avoir été dépouillé de sa principauté ; mais se reprenant : « Il le mérite bien, ajoute-t-il, carpendi lihidine '* . » Cependant Pio mourait avant d'avoir achevé son troisième pamphlet, et comme il avait revêtu avant sa mort l'habit de franciscain, Erasme composa sur lui cette injurieuse épitaphe : « Il fut d'abord prince de Carpi, ensuite exilé en France, puis calomniateur, et enfin franciscain \ » Pierre Le Cornu et Sepulveda n'en firent pas moins paraître chez Badins le livre posthume d'Albert Pio, et Erasme y répondit par une courte apologie, obligé, disait-il, malgré l'apparence odieuse qui pouvait s'attacher à sa conduite, « de lutter contre un fantôme, puisque ce fantôme écrivait encore contre lui ''. »

Mais Erasme n'avait pas seulement des ennemis publics à com])attrc. Des intrigants obscurs exploitaient encore son nom auprès de ses amis comme auprès de ses adversaires. Les lettres d'Erasme contiennent à ce sujet de singuliers détails. « Le monde, écrivait-il, est aujourd'hui inondé de vagabonds (|ui ont déserté leurs

1. Ep. li:<2. -2. Ep. H3:). - 3. Ep. H76. — 4. Ep. 117(3. - 5. App Ep. 516.

6. Ernsmi upolorjia bvevis ad viyinti quatuor lihros A. PU, quoiidain Cnrponim jmncipis.

ni VIE D'ÉRAS.ME.

monastères. Comme ils sont plus nus qu'un serpent dépouillé % ils cherchent leur vie par différents artifices : la faim est un merveilleux artisan de ruses. Quelques-uns connaissent mes amis par mes ouvrages ; ils ont les trouver, se disent mes serviteurs et mes disciples, quand même ils ne m'ontjamais vu. Et, grâce à ce mensonge, ils leur escroquent de bonnes sommes d'argent. Quand ils craignent que leur fraude ne soit découverte, ils changent de pâturage ^ » Et Erasme se voit obligé d'écrire à ses amis de ne se fier qu'à ceux qui leur apporteront une lettre de lui, et encore de rechercher si son écriture n'a pas été contrefaite. D'autres intrigants, et parfois les mêmes, espèrent exploiter ceux qu'ils soupçonnent ou savent mal disposés pour Erasme. Dans ce siècle où les difficultés des communications donnaient une facile créance à toutes les fausses nouvelles, il était naturel qu'il existât comme une classe do colporteurs nomades qui vivaient aux dépens de ceux qu'ils abusaient. C'est ainsi qu'ils s'en vont raconter aux ennemis d'Erasme qu'il a été chassé de Bàle à coups do fouet, qu'il est tombé de cheval, qu'il s'est tué, qu'il est morne enterré. Ils citent le mois, le jour et l'heure. Ils ont assisté à ses funérailles, ils ont piétiné sur son tombeau ^ Comment refuser un souper, un gîte et quel(|U(^ argent à un homme qui apporte une si bonne nouvelle, et qui donne des marques si édifiantes de sa haine con- Iro les hérétiques?

jîien des causes se réuuissaientalors pour assombrir la vie d'Erasme. Il voyait tomber ses amis l'un après l'autre. Guillaume Warham, Alphonse Yaldesius, Christophore

1. Nnili<jros Ichnride. V. rexiilicatinn do en |irovpi'l)0 dauf' les Athges (VKrasuK'.

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