‹ ErasmeChapitre 96 sur 247 · CONDAMNATION DE T. MORUS · texte numérisé non relu

CONDAMNATION DE T. MORUS

trop court répit, et l'orage bientôt vint le poursuivre dans ce dernier asile, où il méritait cependant d'obtenir cette fin que souhaitait pour lui un autre sage dont il réveille le souvenir, le chancelier de L'Hôpital : « Le bien le plus désirable à nos derniers moments, c'est, après avoir parcouru la carrière de la vie, de c[uitter son corps, d'exlialer son àme au milieu des embrassements de son épouse, et d'être enseveli dans la tombe de ses pères '. ;> Nous voudrions attribuer à Erasme, comme l'ont fait ({uelquos éditeurs de ses œuvres, la lettre éloquente de Nucerinus à Philippe Montanus, c|ui raconte la lin de Moruset de Fisher avec une noble simplicité, seule digne de ces deux grandes âmes ; mais aucune preuve n'établit cette authenticité. Au contraire, pendant les mois de la captivité de Morus, nous relevons dans la correspondance d'Erasme des mots qui nous étonnent et nous chagrinent. Il regrette que Morus S(; soit mêlé à ces dangereuses affaires, qu'il compromette sa vie par la part c|u'il prend encore aux graves préoceupatious qui agitent le royaume ^" Ce serait en vérité une bien triste leçon que la vie nous donnerait, si, par les épreuves cp'ello nous fait subir, elle nous apprenait à nous détacher ainsi des intérêts supérieurs de l'humanité, et à rechercher notre sécurité personnelle dans le repos d'une indifférence sceptique.

Morus périssait le 7 juillet ir>3o. Fisher, créé cardinal dans sa prison par le pape Paul ÏTI, mourut avec la même fermeté, et sa tête, selon la coutume, fut exposée sur le pont de Londres. Comme le peuple avait été frappé du grand calme que semblait encore garder ce dernier débris mutilé, la tête de Morus fut, dit-on, jetée dans

Page 1