ROYAUME DE JUDA
Eu surchargeant son peuple d'impôts , en le g-OQvernant avec une verge de fer, Rohoam fournit un prétexte à la révolte dïsdix tribus. Pour faire ren»
trer les rebelles sous son obéissance, il marcbe contre Israël à la tèle d'une armée nombreuse; mais le prophète Séméias lui déclare que cette division est dans les décrets dii Très-Haut, et lui ordonne de ne point combattre contre ses l'rères. Le fils (le Salomon obéit ; mais, loin de profiler deladisgn'ice qui lui enlevaitla plus grande partie de ses provinces , il secoue le joug de la religion, et se précipite dans une honteuse idolâtrie. Le peuple imite ses dissolutions , dresse des statues sur les collines , et commet toutes les abomiuations Jont iesChananéens s'étaient autrefois rendus coupables. Sélac vient du fond de l'Egypte , s" approche de Jérusalem , dépouille de ses trésors le teinple du Seigneur, et enlève les richesses accumulées par Salomon daus le palais des rois. Les Juifs , instruits par ce nouveau malheur , renoncent au culte de ces divinités de bois et de pierre , qui n'avaient pu les protéger. Roboani seul paraît insensible à ces événejnens, et meurt sans être regretté , après avoir régné sans gloire durant dixsept ans.
Abia, son fils, lai succède, et ne règne que trois ans. Aza ^ l'un de ses vingt-deux fils , se montre d'abord cligne du sang- de David , et le parfait héritier de ses vertus. Son zèle et sa piété attirent sur son peuple les bénédictions les ])lus abondantes. Zara , roi d'Ethiopie , vient inonder ses états avec un million d'hommes. Plein de confiance au Dieu qu'il adore , Aza court à la rencontre de ces nombreux ennemis, et prépare ses troupes au combat par de ferventes ])rières. Le Très-Haut combat ])our lui ; et ces lîers bataillons , qui meuiiçaient de tout envahir , disparaissent comme une vapeur légère. Plein de recoimaissance , il lait promettre à ses sujets qu'ils s'attacheront au Dieu de leurs pères de tout leur cœur et de toute leur âme. Ils le jurent avec joie, et le Tout-Puissant leur donne la paix
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avec tous leurs voisins. Heureux ce prince, s'il eût persévéré jusqu'à la lin clans ces avJmirables sentiïiiens ! néanmoins le ciel ne cessa point de le fa-* voriser à cause de l'ancienne pureté de sa loi , et l'on peut mellre an nombre de ses prospérités, un règne de quarante-un ans.
Josaphnt ^ plus pieux encore que son père , ue monte après lui sur le trône, qu'il occupe pendant vingt-cinq ans , que pour rappeler aux Juifs les temps fortunés de David et de Salomon. Ayant eu la faiblesse de s'allier avec l'impie Achab , et de le secourir dans une entreprise désapprouvée du Seigneur , le prophète Jélml'cn reprit : il reçut avec humilité la correction de l'homme de Dieu , et en profita. Après avoir remporté plusieurs victoires miraculeuses sur les Moabites-et les Aniîr.onites, Josapliat mourut aimé de ses sujets et respecté de ses voisins , laissant son fils Joram pour lui succédero
Sous ce nouveau prince , les alîaires changent de face dans le royaume de Juda,, ^(halie^ fille d'Achab, roi d'Israël , apporte avec elle, dans la maison de Josaphat , la barbarie et l'impiété. Joram , indigne successeur d'un monarque si religieux , aime mieux imiter son beau-père que son père; il commence son règne par faire mourir tous ses frères, par élever des autels aux idoles, et par entraîner son peuple dans sa détestable impiété. La main de Dieu s'appesantit sur sa tète coupable; il voit ses états dévastés par le fer ennemi ; et toute ^a famille captive devient la victime d'un vainqueur brutal, qui immole tous ses enfans, cà l'exception du seul Ochosias. Insensible à toutes ces afflictions, il meurt déuis son impénitence, après avoir souillé , pendant huit ans, le trône de David. . Ochosias, le dernier de ses fils, succède à sa couronne ainsi qu'à ses forfaits. Poussé par Athalie , sa mère , il se plonge dans toutes les horreurs
go ABREGÉDÉRASTE,
de ridolàlrie et de la cruaufé ; mais son rcgjie n'csl que d'un an , et il est ejivelojipé dans la ruine de la maison d'AchaL, son aïeul maternel.
Informée de celte nouvelle, Athalie résolut de faire mourir tout ce qui restait de la i'amil le royale, et de régner par la perte de tous les siens. Le seul Joas , fils d'Ochosias , lut dérobé à la fureur de son aïeule. JosaLeth, sœur d'Ochosias et femme de Joïada, souverain ])onlife, le caclia dans l'asile sacré du temple. Athalie , qui le crut tué avec tous les autres, vécut sans crainte durant six ans, et fit régner l'idolâtrie avec elle, pillant la maison de Dieu pour orner le temple de Baal , et accumulant forfait sur Ibrfait. Quand /oai- eut atteint Tàge de sept ans , Joïada le lit connaitre à quelquesuns- de^priiîcij-aux chefs de l'armée rurale , qu'il avait soioneusemcnl ménaoés. Assisté des Lévites, il sacra le jeune roi dans le temple : tout le peuple reconnut sans peine l'héritier de David et de Josaphat. Athalie, accourue au Lruil ])our dissiper la conjuration , reçut le traitement que ses crimes méritaient. On détruisit ie temple de Baal , et l'on immola Malhan, son grand-prétre , devant l'autel même de ce dieu d' Athalie.
Tant que Joïada vécut , Joas fit observer la loi du Seigneur. Après la mort de ce saint homme , corrompu parles ilatteries de ses courtisans, il s'abandonne avec eux à Tidolàtrie. En vain le grandprêtre Zacharie élève sa voix pour lui reprocher sa prévarication ; au lieu de reconnaître sa faute , Joas le fait lapider dans le vestibule de ce même temple , où il avait été élevé. La veng-eance ne tarda pas. Vaincu par Hazaël , roi de Syrie , Joas Tit la Ville Sainte livrée au pillage ; et peu de temps après, tombé dans le mépris, il lut assassiné par les siens. Amasias , son fils , alors meilleur que lui , monta sur le trône.
Ce prince ne fut heureux qu'autant qu'il fil ré-
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gner avec lui la religion de ses pères. Dès qu'il l'eut abandonnée , Jérusalem fut prise par Joas, roi d'Israël ; le temple fut pillé , et la Judée ravagée. Aussi malheureux que son père, le poignard de ses propres serviteurs termina sa vie coupable, et un règne de vingt-neuf ans, dont plus de la moitié avait été donnée au crime.
Osias , son fils , se comporta sagement. Il rétablit la vraie religion, et la main toute-puissante du Seigneur le protégea contre tous ses ennemis. Dans le cours d'une domination de cinquante-deux ans , il battit plusieurs lois les Philistins et les Iduméens, remporta de glorieuses victoires sur les Arabes, rendit les Ammonites tributaires de Juda, et la gloire de son nom se répandit fort loin ; mais alors son cœur s'enfla d'orgueil, et ce fut ce qui causa sa perte. Ayant voulu usurper les l'onctic^os sacerdotales , tout à coup il fut frappé tlela lèpre. Renonçant de lui-même à la royauté et au commerce des hommes, selon Tordonnance de Moïse, qui commandait de séparer les lépreux du reste du peuple, il laissa le soin de gouverner l'état à Joaiham, son fils, qui fut depuis son successeur.
Joatham se conduisit en tout selon les lois du Seigneur, qui le rendit puissant et heureux ; mais son règne fut trop court : il ne gouverni que seize ans , et le peuple de Dieu eut bientôt lieu de regretter sa perte. Les mœurs de ses sujets, et surtout des habitans de Jérusalem, étaient fort déréglées de son temps , comme elles l'avaient été sous le règne d'Osias. Quoique religieux observateurs des fêtes qu'ils célébraient avec pompe , offrant au Très-Haut des milliers de victimes , ils se prostituaient aux crimes les plus honteux, et ne rougissaient pas de publier hautement leurs désordres, et de les étaler comme des titres de grandeur.
Ce fut pour rappeler cette nation perfide de ses égaremens, que parurent alors les prophètes Mi-
cliée et Isaïe; mais leur voix ne lut pas écoiuéoj Juda, aussi irjdociJe qu'Israël, se précipita dans les mêmes dissolutions, et la perversité fit de noii-^ Tcaux progrès sous le r^gne à^ Achaz , fils de Joathan.
Poussant l'impiété plus loin que tons ses prédécesseurs , ce prince élève des statues à Baal , et se livre, sans pudeur, aux superstitions les plus aboniinaLles. Néanmoins le Seigneur, ûdèie à la promesse qu'il avait faite à David de conserver sa race sur le trône, le protège contre les entreprises de Rafm , roi de Syrie, et de Phacée, roi d'Israël, qui viennent avec de grandes troupes assiéger Jérusalem. InscnsiLle à ce bienfait, l'indigne iils de Joatham continue d'irriter par ses crimes le Dieu de ses pères. Il est abandonné de nouveau à la fureur de^'Pbacée , qui lui tue six vingt mille hommes en un seul jour, et fait deux cent mille prisonniers avec un butin immense. Cependant Diea change le cœur des Israélites, qui reconduisent; humainement tous ces captifs jusque dans Jéricho, Achaz n'en persiste pas moins dans son impiété; attaqué de nouveau, il implore le secours de Théglalh-Flialasar, qui le délivre à la vérité de ses ennemis, mais épuise en même temps le rovauniede Juda , qui avait sollicité son assistance. Loin de reconnaître la main qui le châtiait par tant d'adversités , Achaz ne JueL plus de bornes à ses sacrilèges, et Dieu, dans son courroux, termine enfin ses forfaits avec sa vie criminelle. Il avait régné autant que son père ; mais avec quelle difTérence! Aussi ne fuL-il point inhumé dans le lon»beau des rois de Juda.
Ezcchias , qui lui succéda, fit asseoir avec lui sur le trône la justice et la piété, et, j)endant un règne de vingt-neuf ans, il se distingua par toutes les vertus qui avaient caractérisé David. Le Seigneur , pour éprouver sa foi , lui envoie une mala-
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die morlelle. Tsaïe vient lui annoncer sa iJn prochaine. K O mon Dieu! s'écrie le saint Roi ,- souvenez-vous, je vous prie, qne j'ai marché devant vous dans la vérité , et avec un cœur pariait : souvenez-vous que j'ai lait ce cpii vous était agréa- ];ie. » A peine a-t-il achevé sa prière, que le prophète lui annonce sa giiérison , et encore quinze années dévie; et afin de lui confirmer la certitude de sa prédiction, il lait rétrograder de dix degrés l'ombre du soleil sur le cadran d'Achaz. Trois iours après, Ezéchias va au leninle . et rend grâces a Dien de ce bitniait.
Sennachérib , roi d'Assyrie , entre dans la Judée, emporte quelques places, et menace la capitale. Le saint monarque implore l'assistance de Dieu, et s'elTorce d'inspirer à ses sujets les mêmes sentiiuens ; mais, nuilgré leur roi, ils mettent toute leur espérance dans le roi d'Ethiopie qu'ils appellent à leur secours. Ce prince accourt: Sennacbéribvole à sa rencontre, et , après l'avoir vaincu, il met le siège devant Jérusalem; mais la nuit même de son arrivée , un ange lui tue cent quatrevingt-cinq iiiille hommes, et sauve la ville sainte-, Ezéchias et son peuple.
Délivré d'une manière si admirable, Ezéchias servit le Très-Haut avec tout son peuple , plu* fidtlement que jamais. Il mourut paisiblement, cliéri de ses sujets, et respecté des états même jaloux de son bonheur.
Mariasses n'avait que douze ans lorsqu'il succéda à son père Ezéchias, et cette grande jeunesse le précipita bientôt dans les excès les plus affreux. Il dressa des statues àBaal, et porta l'impiété jusqu'à en placer une dans la maison de Dieu même. Ce fut alors que la voix des prophètes se fit entendre; mais leurs terribles menaces ne furent point écou-^ .tées , et Maucissès ajouta la cruauté à l'idolâtrie. Il alla jusqu'à faire massacrer les adorateurs du Dieu
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de ses pères, et immoler les propliètes à sa rage. On dit même que ce monarque sanguinaire fit scier Isaïe par le milieu du corps, afin de ne plus entendre ses reproches réitères, qui l'importunaient. Pour punir tant de forfaits , Dieu appelle les généraux assyriens. Ils entrent en Judée, chargent de chaînes l'impie Manassès, et l'emmènent captif à BaLjloue avec unegrande partie de ses sujets. Du fond de son cachot , il poussa vers l'Eternel des cris de pénitence, et le Seigneur, touché de ses larmes, brisa ses fers et lui fit rendre ses états. De retour à Jérusalem , il rétablit la vraie religion dont il avait été le tyran, etmourut après cinquantecinq ans de règne. v
Ce fut du temps de ce prince qu'arriva la terrible catastrophe d'Holopherne, général çle Nabuchodonosor, roi d'Assyrie, qui, après avoir contraint plusieurs nations à reconnaître son souverain pour maître, et même poi>r Dieu, s'était arrêté dans la Judée , afin d'exiger des Juifs les mêmes soumissions et le même culte. Arrêté tout à coup devant les murs de Béthulie, il fut mis à mort par une sainte veuve nommée Judith, et son armée, saisie d'épouvante, tomba sous le fer des assiégés.
Amon^ fils de Manassès, imita l'impiété, mais non la pénitence de son père. Aussi Dieu l'abandonna-t-il : ses propres serviteurs s'élevèrent contre lui, et le tuèrent dans la deuxième année de son règne. Le peuple mit la couronne sur la tête de Jo~ .nûfj',fils du prince assassiné. Sa piété crut avec rage, et se laissant toujours conduire par les avis des prophètes et des anciens de sa nation, il extermina ridolàtriedanstouteVétendue de son royaume. Son règne qui dura trente-un ans, fut heureux et paisible; mais la lin en lut déplorable. Ayant refusé le passage par ses états a Néchao, roi d'Egypie, qui allait faire la guerre aux Assyriens, il marcha contre ce prince, lui livra bataille, et, dans
ou l'ami de la jeunesse. 93 la chaleur du comLat, il reçut une blessure dont il mourut peu de temps après. Josias fut pleuré de tous ses sujets, et particulièremcut de Jérémie qui prophé lisait déjà de son tejnps. A sa mort coniluencérent les maux dont Dieu menaçait depuis si long-temps les Juils indociles.
Jonchas ^ fils et successeur du fidèle Josias , renouvelle les anciennes idolâtries. Il est détrôné, trois mois après sa proclamation, par ce même Nécliao, qui avait vaincu son père. Le vainqueur l'emmène, chargé de chaînes, en Egypte, donne la couronne à Eliahim^ son frère aîné, auquel il fait porter le nom de Joakim^ exige du nouveau roi des contributions excessives , et revient dans ses états chargé de gloire et de richesses.
Joakim imite les excès de son frère, et Dieu suscite en Orient un roi plus superbe et plus redoutable encore que tous ceux qui avaient paru j usqu'alors. C'est Nabuchodonosor, roi de Babvione, le plus terrible des conquérans. Dans la quatrième année de son règne, Joakim voit tomber sur lui tout l'elTort de ce formidable monarque , que la colère du Très-Haut rend invincible. Jérusalem est emportée, et son roi mis d.ms les fers ; mais ensuite, touché des larmes de son captit . Nabuchodonosor lui rend sa liberté et le laisse sur le trône. Seulement il transporte à Babylone une granda partie du peuple, les vases sacrés et presque toutes les richesses de la ville sainte. C'est de là qu'il Tant commencer à compter les soixante-dix ans que devait durer fesclavage de Juda, suivant la prédiction de Jéréiuie. Séduit par l'orgueil , Joakim oublie les bienfaits du roi de Babylone; il essaie de secouer le joug- : Ce terrible monarque revient en Judée; Jérusalem est reprise : ses chaînes sont aggravées; le perfide Joakim est mis à mort , et sdu cadavre demeure sans sépulture.
Joachin ou Jéchonias^ ÛU de JoacLiin , aussi