‹ Éraste, ou, L'ami de la jeunesse (volume 2)Chapitre 11 sur 84 · A B II É G É · texte numérisé non relu

A B II É G É

insensé que son père, se souvient à peine, trois mois après cet événement, que INahiichodonosor lui a laissé le sceptre avec Je jour. Il ose se révoiler contre ce redootaUe potentat, et le rappelle pour la troisièine fois dans la Judée. Nabuchodcnosor le charge de chaînes, l'entraîne à Bahvlone, le jette dans un affreux cachot , met le diadème sur le Iront d'un oncle de ce prince audacieux, et lui donne le nom de Sédécias. J.e nouveau roi renonce enlièrejnent au Dieu d'Israël, les grands et le peuple l'ijnitcnt, et Dieu les ahandonne à son tour. La neuvième année de son règne, Sédécias conr-oitle funeste dessein de faire la guerre au conquérant de l'Asie. NabuchoJonosor, irrité de l'opiniàtrelé des Juifs si souvent vaincus et toujours révoltés , vient , poîir la quatrième fois, assiéger Jérusalem. Il surprend Séd/fcias, lorsqu'il essayait de s'échapper par la fuite, fait égorger ses enians en sa présence, et le prive lui-même, en lui faisant crever les veux, de la lumière du jour, qui depuis si long-temps éclairait ses forfaits. Le vainqueur mit tout en pondre ; il réduisit ie peuple dans une triste servitude, et ne laissa dans tout le royaume que ce qu'il fallait d'hahitans pour cultiver les terres. Le temple fut dévoré par le feu des Assyriens, et les richesses qu'il renfermait devinrent la proie d'un inonarqiîe iclolàtre.

Parmi les captifs qui avaient été transportés à Bahyîone , après la première expédition de Nabuchodonosor, on choisit, par Tordre de ce prince, des enfans d'une naissmce illustre, pour être élevés dans le palais du roi. De ce nombre furent Daniel, Ananiits , Misacl et Azarias. Dieu communiqua en particulier à Daniel l'inlelligencedes visions et des songes ^ et dès lors il le choisit pour son prophète. Ce lut lui qui lit reconnaître l'innocence de Suz inne, accusée méchamment par deux infâmes vieillards, qui ex-pièreni leur forfait par le même

ou l'ami de la jeunesse. 97 supplice qu'ils avaient destiné à la vertu. Depiiig ce moment, il devint grand aux yeux de ses compatriotes, et le Seigneur se plut à le couvrir de gloire.

Etonné des secrets divins que Daniel dévoilait à ses jeux, Nabuchodonosor voulut d'abord l'adorer; mais corrigeant bientôt cette première pensée, le roi de Babylone éleva le saint prophète aux plus grands honneurs, et lui donna le gouvernement de toutes les provinces de son empire. Quelques années après, le même prince fit faire une slaliie d'or, haute de soixante coudées, et oidonna à tous ses sujets de l'adorer, sous peine d'ôire précipités dans une fournaise ardente. Les trois compagnons de Daniel osent désol.éir : le monarque l'apprend, et , plein de fureur, il les fait jeter dans la Ibnrnaisej mais l'ange du S. gueiir descendit avec les jeunes Hébreux : il ccariu it-s flammes, qui nedévoièrent que leurs liens, et q^à ne leur firent aucun mal. Surpris de cette merveille , Nabuchodonosor fit un édit par leqiiel il déicndait, sous peine de la vie, de bîcispîiêmer le nom dd Dieu d'Ananias, de Misaël et d'Azarias; et il éleva ces trois jeunes hommes aux plus hautes digJiités.

Tandis que Daniel et ses dignes compagnons faisaient respectei la majcslé du Sei^^neur , Dieu don- ' naitàson peup]* un gai-e de sa miséricorde, en lui envoyant EzécLiel, qui, pendant vingt-deux ans, ne cesse de consok.- et de soutenir ses frères, en leur annonçant un lie- eux affranchissement et un retour fortuné, après un temps fixé Ti-.rc ja venseance de l'Elenv'!. f . o

Comblé ;'c gloire et do richesses , ivre de sa grandeur, NaL.M;ho'J:acsor admirait avec une complaisance secrète I;i ma;;iiiilcence de Babylone; il s'élevait aiî-dessii =5 de riium.inilé, lorsque tout à couple Tr-l-s-IIaut le liappe, lui ôle J'esji! it , et, suivant iu prédiction de Daniel, le range durant

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Sept ans parmi les bêles. Il s'humilie, et sa première forme lui est rendue. Instruit par cet événement , ilpuLIie lui-même, dans toute Télendue de Set domination, les étonnantes merveilles que Dieu avait opérées en sa personne, et bénit hautement la crrandeur et la gloire de celui qui peut, quand il lui plaît , humilier les superbes.

Les successeurs de >'abuclioionosor ne profilent pas de son exemple. Les affaires de Babvlone se brouillent; Cyrus paraît à la tête des Mèdes et des Perses ; tout cède à ce redoutable conquérant ; c'est en vain que cette orgueilleuse cité se fie sur ses hautes murailles et sur ses nombreux défenseurs. Une mcnn miraculeuse écrit dos paroles terribles sur la muraille de la salle où son roîBalthasarprofanait, dans un festin, les vases sacrés, enlevés du temple de Jérusalem. Bientôt lEuphrate, détourné dans les fossés que Cvrus lui préparait, découvre son lit immense : le vainqueur entre par ce passage imprévu ; on passe tous les habitans au fîl de l'épée, et, dans cet effroyable carnage, les Juifs échappent seuls au glaive meurtrier. Cvrus, devenu par cette conquêle maître de toat UÔrient, reconnaît dans ce peuple , tant de fois vaincu , quelque chose de divin. Frappé des oracles qui avaient prédit ses victoires, il avoue qu'il doilson empire au Z)/ew du ciel ^ et signale la première année de son règne, en rendant la liberté à cette nation chérie du Seigneur, et en ordonnant de rebâtir son saint temple.

XII« E>;TRETI£^.

Tableau historique de la Religion , depuis la fin de la captl^'itc jusq-i'a la venue du Messie,

SiXii:ME ÉPOQUE. •

Cliar2:é5 des bicnfaiis de Cvrus, les captifs re-

ou l'ami de la jeunesse. 99 viennent dans leur patrie sous la conduite de Zorobabel, de la tribu de Juda, et de Jésus ^ fds de Josédec, souverain ponlil'e. On conslruit un nouveau temple sur les ruines du premier, el les murailles de Jérusalem sont relevées. Les Samaritains jaloux traversent leurs travaux par toutes sortes d'artifices et de violences ; mais leur audace est réprimée par les rois de Perse , devenus les prolecteurs du peuple de Dieu.

Esdras^ prêtre et docteur de la loi , de concert avec Néhémias ^ gouverneur de la Judée, réforme tous les abus que la captivité avait introduits, et fait garder les commandemens de Moïse dans toute leur pureté. Tandis que le peuple, réconcilié avec Dieu , expie , par un sincère re})entir, les fautes qui lui avaient attiré de si grands châtimens, uu nouvel événemeiat lui donne lieu de Lénir de plus en plus la miséricorde du Seigneur.

Assuérus, l'un des successeurs de Gy rus, régnait alors sur les vastes états que ce conquérant avait soumis à sa puissance; et il avait épousé Esilier, jeune fdle juive, dont il ignorait la naissance. Cette princesse, aussi vertueuse que belle, ne se conduisait que par les sages conseils de Mardochée , sou oncle, qui se tenait toujours à la porte du palais pour veiller sur sa nièce. Ayant eu connaissance d'une conjuration que deux officiers avaient formée contre la vie du prince , il en avertit aussitôt la reine , qui découvrit le complot à son époux. Les coupables furent arrêtés, convaincus et punis; et Assuérus fit insérer le détail de cette conjuration dans les annales de son règne.

Vers le même temps, le monarque élève au comble des lionneurs Aman, son favori , et ordonne à tout le monde de fléchir le genou devant lui. Mardochée seul refuse de le faire, déclarant qu'il était Juif. Aman , outré de cetaffront , jure la perte de tous les Hébreux. Il n'a pas de peine à gagner

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l'esprit du roi , et déjà rorgueiileux favori faisait circuler dans les villes un edit qui ordonnait de massacrer tous les Juifs en un certain jour, et de mettre leurs biens au pillage. Estlier en est instruite, et Mardochée la presse d'intercéder pour sa nation. Malgré la loi qui défendait, sous peine de mort, d'entrer dans l'appartement du roi , sans y avoir été appelé par son ordre, elle se présente devant son époux, et , par ses larmes et sa douceur, elle obtient de lui qu'il veuille bien écouter le lendemain sa demande respectueuse. Cependant le cruel Aman, indigné des mépris de Mardochée, avait ordonné de préparer une haute potence, pour y pendre ce Juif odieux. Sur ces entrefaites, le roi s'é tant fait lire les annales de son règne, ne put voir sans indignation que Mardochée n'eût pas encore reçu de récompense pour le service qu'il avait rendu. «Que puis-je faire, dit-il à Aman, pour honorer un homme que je souhaite couvrir de gloire ? M Le favori, qui croyait que de nouvelles grâces allaient mettre le comble à toutes celles qu'il avait reçues, répondit aussitôt : « Seigneur , qu'il soit revèlu de vos habits royaux ; qu'il soit monté sur votre cheval, qu'on lui mette sur la tête votre diadème , et que le premier seigneur de la cour, tenant les rênes de son cheval , et marchant devant lui à travers la ville , crie à haute voix : Ainsi serat honoré celui que le roi veut honorer. — Allez donc , reprit Assuérus, et laites ponctuellement au Juif Mardochée tout ce que vous venez de dire. »

Après s'être acqîiitlé de cette mortifiante commission , Aman se rendit chez la reine , où le monarque faltendail. Ce fut alors que la princesse ouvrit son cœur à Assuérus, enfui dévoilant les trames perfides de son infâme favori. Ayant appris qu'Aman avait fait préparer pour Mardochée une potence haute de cinquante coudées, le roi ordonna qu'on y attachât Le traître. Il révoqua l'édit porté

ou l'ami de la jeunesse. ÏQI tontre les Juifs , et déclara Mardoclie'e la seconde ])ersonne de son empire. Les Perses et les Hébreux furent également sensibles à cette heureuse révolution, et ces derniers surtout rendirent grâces au Seigneur, qui venait de donner, dans la personne d'Aman , un exemple terrible pour tous ces lâches favoris, qui , forls de la faiblesse de leurs maîtres, abusent d'un crédit momentané, pour persécuter l'innocence et faire le malheur des peuples.

Les Juifs jouirent, sous les rois de Perse , de la aix la plus profonde. A la faveur d'un tribut assez éger qu'ils payaient à leurs souverains, qui étaient plutôt leurs prolecteurs que leurs maîtres^ ils vivaient selon leurs propres lois ; les pontifes conduisaient 3e peuple; le conseil public avait toute son autorité, et ils exerçaient entre eux la puissance dévie et de mort, sans que personne se mêlât de leur conduite. La maison de David perdit tout son éclat , et tomba peu à peu dans une telle obscurité, que les descendans de cette famille illustre furent obligés d'embrasser les métiers les plus vulgaires pour soutenir leurs jours; chute étonnante, qui était sans doute nécessaire pour l'exécution des desseins de Dieu sur le Messie, dont le règne ne devait point éblouir les yeux de l'ïiomme charnel. Sous le règne de Darius , la tranquillité des Juifs fut un peu altéréeparropiniâlreté d'un ambitieux. Manassès ^ frère de Jaddvs ^ souverain pontife , épousa la fdle de Sanaballat ^ Samaritain, que le monarque persan avait fait satrape ou gouverneur de ce pays. Au lieu de répudier cette étrangère, ainsi que l'ordonnaient le conseil de Jérusalem et son frère Jaddus, il embrassa le schisme des Samaritains , et, pur le crédit de son beau-père , il bâtit près de Samarie, sur la montagne de Garizim, un temple dont il se fit le pontife. Le scandale de ce prêtre apostat l'ut suivi des vives alarmes qu'in-

spiraicnt auxiip.tions risiaticjiiesles rapides vicloires d'Alcxnndre-le-Grand. Plein de courroux contre les Juifs , dans la fidélité desquels Darius trouvait des ressources toujours prêtes, ce farouche conquérant s'était ayancé vers Jérusalem pour la détruire ; mais sa colère s'apaisa à l'aspect du souverain pontife. Après avoir pris connaissance des prophéties de Daniel , qui prédisaient ses triomphes, il confirma aux Juifs leurs privilèges, les aiTgmenta; et les enfans d'Abraham lui jurèrent la même fidélité qu'ils avaient toujours eue pour les rois de Perse.

Ils eurent un peu à souiTrir sous les premiers successeurs de ce prince, qui finirent cependant par en remplir leurs armées, et leur confier les places les plus importantes. Si les descendans de LagTis les considérèrent, ils furent encore mieux traités des Séleucides , à l'empire desquels ils furent soumis. Séleiicus Nicanvr ^ chef de cette nouvelle faniille , les établit dans Antioche, et Jntiochus-le-Dien. , son petit-fils , les ayant fait recevoir dans toutes les villes de l'Asie Mineure , ils se répandirent dans la Grèce, et y jouirent des mêmes prérogatives que les autres citoyens.

Ce fut environ ce temps que soixante-dix Juifs, distingués par leur savoir , traduisirent en grec les livres sacrés, du consentement de la nation et à la prière de Ptoléniée-Philadelphe , roi d'Egypte. Cette traduction s'appelle la Version des Septante. La tranquillité dont jouiss;iient alors les Juifs semblait devoir être éternelle , s'ils ne l'eussent euxmêmes troublée par leurs dissensions. Leurs jalousies et leurs divisions ne tardèrent pas à causer, selon la coutume , de grands malheurs à tout le peuple.

Sàleucus Phiîopator entreprend d'enlever le trésor du temple de Jérusalem ; mais le châtiment

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miraculeux de son ministre Héliodore fait voir que fEternel n'a pas délaissé ses serviteurs , et cj-ie luî-D3cme protège son temple.

Ce fut sous le règne ^Antiochus V Illustre^ successeur de Séleucus , que Dieu mit son peuple à la plus rude épreuve. Enflé de quelques victoires, ensuite irrité de ses pertes , ce prince impie entra dans Jérusalem , résolu de tout entreprendre. Les factions des Juifs l'enliardissaienl plus encore que ses propres forces. Il profane le temple que ses ancêtres avaient révéré; il répare, par les richesses qu'il y trouve , les ruines de son trésor épuisé , et ordonne aux Juifs d'adorer les mêmes dieux que les Grecs. Tous ceux qui demeurent fidèles au Dieu de leurs pères sont impitoyablement massa- Ci'és. Un vénéralde vieillard , nommé Elénzar , souffre conrageusementla mort, plutôt que de violer la loi du Seigneur. Son exemple encourage plusieurs Juifs, et, entre autres, sept frères, appelée Macha- Lées, qui supportent, avec leur mère, les plus horribles tourmens, et méritent, par leur attachement à la religion, d'obtenir la couronne du martyre. Le sang de ces serviteurs de Dieu apaise sa colère ; il suscite des hommes pleins de bravoure et de sagesse, qui délivrent Israël de la cruelle oppression où il gémissait.

Mothatias , l'un des prêtres de la nation , s'oppose aux violences du tyran; Judas Machabée ^ son 6Is, avec une poignée de soldats, fait des exploits incroyables. Il poursuit les Iduméens et tous les autres Gentils qui se joignent à Antiochus. Ce roi barbare s'avance une seconde fois contre Jérusalem à pas précipités; mais, dans le chemin, Dieu le couvre d'une plaie infecte qui le rend in. supportable à toute son armée : il meurt dévoré des vers, et souffrant dans tout son corps les plus cruelles douleurs.

Sous Antiochus Eupator , fils et successeur de

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ce prince, Judas Machabée continue ses triomphes, malgré les armées prodii^ieuses des capitaines syriens ; mais enûn ce grand homme meurt en combattant pour la religion et j)our sa patrie : Jonathas et Simécyn^ ses frères, successivement souverains pontifes, marchent sur ses traces victorieuses, et leur intrépide valeur rétablit l'ancienne gloire du peuple choisi. Le peuple fut toujours heureux sous leur conduite; et enfin-, du temps de Simon, affranchi du joug des Gentils, il se soumit à lui et à ses enfans , du consentement des rois de Syrie.

Jean Hircan , fils de Simon , succède à son père. Sous lui y les Juifs s'agrandissent par des conquêtes considérables. Ils soumettent Samarie; ils domptent les Iduméens et les Ammonites, leurs perpétuels ennemis , et ces peuples embrassent leur religion : enfin ils fondent le nouveau royaume des Asmonéens ou des Machabées , plus étendu que jamais, si Ton excepte les temps de David et de Sdlomon. Néanmoins, comme la conversion de la genlililé devait être le fruit de la venue du Messie, l'erreur et l'impiété prévalaient partout. Les nations les j)lus éclairées et les plus sages, les Chaldéens, les Egyptiens, les Phéniciens, les Grecs, les Romains, étaient les plus ignorans et les plus aveugles sur la religion. Les Juifs eux-mêmes, qui connaissaient le Dieu unique et véritable, commencèrent , sur la fin des temps , non point à l'oublier , mais à mêler dans son culte des superstitions indignes de lui. La secte des Pharisiens prit naissance. Ils se rendirent les arbitres de la doctrine et de la religion, qu'ils changèrent insensiblement en des pratiques superstitieuses, utiles à leurs intérêts et à la domination qu'ils voulaient se conserver sur les consciences. Ils payaient scrupuleusement la dîme ; ils avaient grand soin de purifier leurs corps; ils jeûnaient souvent, et i>e jaunissaient

ou l'ami de la jeunesse. 103ié visage pour paraître plus mortifiés; ils donnaient l'aumône en public ; mais , dans le fond , ils étaient avares , superstitieux , cruels , ambitieux , toujours prêts à exciter des séditions et des révoltes. Ils séduisaient, par leurs beaux discours, le peuple ignorant et les femmes , qui se privaient de leurs biens pour les enrichir.

La secte des Saducéens et celle des Héniérobaptistes, s'élevèrent à peu près dans le même temps. La première niait l'immortalité de l'âme, l'existence des esprits , la résurrection des corps , et par conséquent les peines de l'autre vie. Les Héniérobaptistes suivaient une doctrine toute contraire, et qui avait beaucoup de rapport à celle des Pharisiens , si l'on excepte la vérité de la résurrection des corps , qu'ils niaient aussi. A ces maux se joignit un grand mal, l'orgueil et la présomption. Race élue et toujours bénie depuis deux mille ans , les Juifs se jugèrent les seuls dignes de connaître Dieu, et se crurent d'une autre espèce que les autres hommes, qu'ils voyaient plongés dans les erreurs les plus absurdes. Ils regardèrent les Gentils avec un insupportable dédain, et, enflés de leur origine, ils se croyaient saints par nature et non par grâce. Ces sentimens, que les Pharisiens avaient fait naître, rendaient la nation inquiète, turbulente et séditieuse.

Il y avait à peine soixante ans jusqu'à Jésus- Christ, quand Hircan et Aristobule , enfans d'y^lexandre Jannée^ se firent la guerre pour le sacerdoce , auquel la royauté était annexée. Pompée , général romain, que les deux frères appelèrent pour les régler, les assujettit tous deux, en même temps qu'il déposséda Antiochus, surnommé l'y^siatique ^ dernier roi de Syrie. Aristobule servit à décorer le triomphe du vainqueur, et Hircan ne rétint qu'une faible portion de son domaine, avec

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xm vain litre d'autorité, qu'il perdit même bientôt

après.

Ce fut alors que les Juifs devinrent les tributaires des Romuins , qui se rendirent maîtres absolus dans la Judée. Par eux le royaume de Juda passa des mains des Asmonéens, à qui il s'était soumis , en celles diHérode , étranger et Iduméen. Ce prince, qui ne professait qu'en apparence la religion judaïque, brouille toutes choses, confond à son gré la succession des pontifes, énerve l'autorité du conseil de la nation , qui ne peut plus rien, et ébranle entièrement les fondemens de la république.

Plus les Pharisiens et le peuple se sentaient pressés du joug- des Gentils, plus ils conçurent pour eux de dédain et de liaine. Ils ne voulurent plus de Messie qui ne fût guerrier et redoutable aux puissances qui les captivaient. Ce fut dans le déclin de la religion et des affaires des Juifs , à la fin du règne d'Hérode, Xotsc^v^ Au giiste ^ premier empereur des Romains, venait de donner la paix au monde, que Jésus-Christ fut envoyé sur la terre ]>our rétablir le royaume dans la maison de David , d une manière plus haute que les Juifs charnels ne l'entendaient, et pour prêcher la doctrine que Dieu avait résolu de faire annoncer à l'univers. C'est à ce grand événement que se termine la sixième époque , qui a duré cinq cent trente-deux ans , et qui revient à l'an 4000 depuis la création du moude.

XIII^ ENTRETIEN

De Jésus-Christ.

Il y avait plus de quatre mille ans que les enfans de Dieu soupiraient pour le Rédempteur prc-

ou l'ami de la jeunesse. lOj

mis au genre humain , depuis la naissance du monde, lorsque le Très -Haut voulut enfin couronner leur loi, assez éprouvée par une si longue attente.

Sous le règne d'Auguste, empereur des Romains, et sur la fin de celui d'Hérode-le-Grand, roi des Juifs, l'Univers étant dans une paix profonde, l'ange Gabriel annonce au saint prêtre Zacharie que sa femme Elisabeth, quoique stérile et avancée en âge , lui donnera un fils qu'il appellera Jean ^ et qui marchera devant le Seigneur avec l'esprit et la vertu d'Elie , pour lui préparer les voies , et disposer les hommes à le recevoir.

La parole du Seigneur s'accomplit, malgré l'incrédulité de Zacharie ; Elisabeth devient mère ; et il y avait déjà six mois qu'elle était enceinte , lorsque le même ange fut envoyé vers une vierge de la maison de David , appelée Marie , qu'un homme de la même race , nommé Joseph , avait épousée , et qui , vivant dans une parfaite continence , avait trouvé dans son époux un témoin et un gardien fidèle de sa pureté. Le céleste ambassadeur lui déclare que, sans cesser d'être vierge , et par l'opération invisible du Saint-Esprit , elle concevra et enfantera un fils auquel elle donnera le nom de Jésus ; qu'il sera grand , et qu'on l'appellera le fils du Très-Haut ; que le Seigneur-Dieu lui donnera le trône de David , son père , et qu'il régnera éternellement sur la maison de Jacob. Marie se soumet à l'ordre du Tout-Puissant ; et Jésus-Christ, fils de Dieu dans l'éternité , fils de David et d'Abraham dans le temps, prend un corps et une âme semblables aux nôtres, dans le sein de cette chaste et humble vierge.

Joseph , alarmé de voir son épouse enceinte sans avoir habité avec elle, prend la résolution de la répudier secrètement ; mais un ange lui dévoile le mystère , et dissipe ses soupçons. Pour se ccn-

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former à un édit de l'empereur, qui ordonnait de faire le dénombrement de tous les peuples de la terre, il se rend avec elle à Bétliléem, afin d'y

Ï>rouver leur origine du sang royal de David ; c'est à que le libérateur des hommes reçoit le jour, et, comme il n'y avait point de place dans l'hôtellerie de la ville , cet Homme - Dieu naît dans une crèche.

Dans cette même nuit , les anges annoncent à des bergers qui gardaient leurs troupeaux , la naissance du divin enfant , et l'ont retentir les airs de cantiques d'actions de grâces. Les pasteurs vont à l'envi l'adorer, et, sans s'arrêter à l'état d'humiliation où ils le voient , ils le reconnaissent pour le Messie : ils en deviennent les premiers apôtres, en publiant dans toute la contrée cette heureuse nouvelle. Huit jours après sa naissance, le Sauveur se soumet à la circoncision , et reçoit le nom de Jésus , qui marquait l'objet de sa mission , ainsi que celui de Christ , qui sig^nifie oint ou sacré , titre qu'il méritait comme pontife , comme roi et comme prophète.

Une nouvelle étoile se fait voir en Orient , et amène au libérateur, encore enfant, les prémices de la gentilité convertie. Des mages , c'est-à-dire des philosophes , aiLxquels leurs richesses et leur crédit faisaient donner le nom de rois , suivent cette étoile , et se rendent dans le lieu sur lequel elle s'arrête. Ils y voient THomme-Dieu ; ils se prosternent devant lui ; ils l'adorent , et lui offrent pour présent de l'or , de l'encens et de la myrrhe.

Quarante jours après son miraculeux enfantement, Marie se rend au temple pour s'y purifier , et pour y présenter à Dieu son fils premier né , suivant l'ordonnance de Moïse. Un saint vieillard , nom.mé Si méo7i , prend le divin enfant entre ses bras , et le regarde non-seulement comme la gloire disraëlj mais encore comme la lumière des na-^

ov l'ami de la jeunesse. 109

tioîis ùifidèles. Une sainte veuve , appelée Anne, âgée de quatre-vingts ans , et qui avait le don de propliétie , vient aussi lui rendre ses hommages , et parie de ce libérateur adorable à tous ceux qui , comme elle, avaient attendu son Lienbeureux avènement. Hérode , soupçonneux et cruel , fait e'gorger tous les en (ans de Bethléem et des environs : il cioyait envelopper dans ce massacre celui que les mages, qui s'étaient d'aljord adressés à lui , lui avaient annoncé comme le roi des Joils ; mais Joseph , averti par un ange , s'était réfugié en Egypte avec son épouse et le divin enfant confié à ses soins , et il n'en revient qu'après la mort du tyran. Durant l'espace de trente ans, Jésus-Christ mène une vie pauvre et retirée , soumis à ses parens , inconnu de tout le monde , voulant ainsi se préparer dans le silence à la mission évangélique pour laquelle il était venu parmi les hommes.

Quand le temps de prêcher son Evangile approcha , saint Jean-Baptiste appela tous les pécheurs à la pénitence, et ht retentir de ses cris tout le désert où il avait vécu, dès ses premières années , avec autant d'austérité que d'innocence. Le peuple, qui depuis long-temps n'avait point vu de prophètes , reconnut ce nouvel Elie , tout prêt à le prendre pour le Sauveur, tant sa sainteté paraissait grande ; mais lui-même il montrait au peuple celui dont il se disait indigne de lier les souliers : « Pour moi, ajoalait-il, je vous baptise dans » l'eau ; mais il en vient un autre qui est plus » puissant que moi ; c'est lui qui vous baptisera » dans le Saint-Esprit. » Le baptême de Jean n'effaçait pas les crimes , mais il disposait à celui du Messie. Jésus-Christ daigne le recevoir, malgré l'opposition de son saint précurseur; et comme il sortait de l'eau et se mettait en prière , le Saint- Esprit descend sur lui sous la figure pacifique d'une colombe : une voix céleste fait entendre ces

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mots : « Vous êtes mon fils Lien-aimé , tous êtes » l'objet (le mes complaisances. « Toute la triniîé se manifeste.

Après son baptême, le Sauveur est conduit dans le dé!~-ert par l'Esprit-Saint ; il y passe quarante jours sans boire ni manger, et il permet au démon de le tenter, afin que la victoire du second Adam sur le diable , réparât la défaite du premier. Enfin le Messie commence à publier sa divine doctrine , et à révéler les vérités sublimes qu'il voyait de toute éternité au sein de son père. Il pose les inébranlables fondemens de son Eglise par la vocation de douze pécheurs et d'un grand nombre d'autres disciples , et met saint Pierre à la tête de tout le troupeau, avec une prérogative si manifeste, que les évangélistes eux-mêmes s'accordent à le nommer avant tous les autres, comme étant le premier.

Le divin Rédempteur parcourt toute la Judée qu'il remplit de ses bienfaits : à sa voix, les maladies disparaissent, les démons fuient, les morts ressuscitent, les tempêtes se calment, les eaux s'affermissent, la nature entière reconnaît celui qui la tient dans sa main. Il annonce de hauts mvstères; mais il les confirme par de grandes merveilles : il commande de grandes vertus ; mais il donne en même temps de grandes lumières , de grands exemples, de grandes grâces.

Il dit qu'il est le Messie attendu , souhaité par les patriarches , prédit par Moïse et par les prophètes , figuré par toute la loi ancienne ; qu'il est venu , non pour abolir cette loi , mais pour l'accomplir; que la vie éternelle consiste à reconnaître un seul vrai Dieu et son Christ qu'il a envoyé. Il apprend à la terre que Dieu es': un esprit , et qu'il doit cire adoré en esprit et en vérité ; que ce Dieu unique subsiste en trois personnes, Pcre, Fils et Saint-Esprit^ coéternelles, égales en ton tes choses, et il veut quç tous les hommes soient consacrés à

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la divinité au nom de ces trois personnes. Il déclare que toute la loi divine, toute la religion qu'il vient établir , tous les préceptes qu'il donne aux hommes, se réduisent à ces deux commandemens: Tu aimeras le Seigneur , ton Dieu , de tout ton cœur ^ de toute ton aine , de tout ton esprit , de toute ta force. Voilà le plus grand et le premier commandement; le second lui est seniblaLle , parce qu'il est une extension du premier : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Or tout homme , même un infidèle , même le plus mortel ennemi, est notre prochain. Pour accomplir plus aisément cette doctrine céleste , il faut renoncer, du moins de cœnr et d'esprit , à tous les Liens du monde ; il faut se renoncer soi-même , c'est-àdire , déraciner l'amour -propre , combattre la concupiscence , suite funeste du péché de noire premier père , et faire régner dans nos cœurs une sainte abnégation et une humilité profonde. Mais nous ne pouvons remplir ces divins préceptes sans le secours de la grâce ; il est donc nécessaire de la demander : aussi n'y a-t-il rien que le Sauveur ait tant recommandé que la prière ; il dit qu'il faut toujours prier, sans jamais se rebuter.

En nous découvrant la perfection à laquelle Dieu veut que nous tendions sans cesse , Jésus-Christ nous montre aussi quelle sera la récompense de nos travaux. Nous ne devons pas borner nos espérances ici-bas , comme faisaient les Juifs charnels; son royaume n'est pas de ce monde ; et ses disciples ne doivent attendre sur la terre que des persécutions , des mépris , des injures , des contradictions. Lui-même doit être rejeté par les Juifs, livré aux Gentils pour être fouetté , moqué et crucifié ; mais il ressuscitera le troisième jour ; et celte résurrection glorieuse nous laisse entrevoir la couronne que mériteront ceux qui souffriront pour lui.

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Le Sauveur, annonçant cette sublime morale , ti la soutenant par ses actions, devint odieux au monde, c'est-à-dire, aux hommes corrompus auxquels i] montrait la vérité qui les condamnait. Après trois ans de prédication , de miracles et de bienfaits , la jalousie des pharisiens , des prêtres et des docteurs de la loi , qui n'avaient cessé de lui tendre des pièges et d'exciter la nation contre lui , vient enfm à bout de le perdre ; ou plutôt. Dieu se sert de cette jalousie même pour accomplir, au temps marqué, ses adorables décrets. Lorsque ce temps approchait, Jésus-Christ se rend à Jérusalem , monté sur un ànon , et accompagné de ses disciples. Tout le peuple sort en foule audevant de lui , tenant à la main des branches de palmier, étendant des habits le long du chemin par lequel il devait passer ; et le couvrant de feuillages , tous criaient à l'envi : Iwsanna ! c'est-àdire , « Salut et g-ïoire ! béni soit le roi d'Israël » qui vient au nom du Seigneur ! »

Avant de mourir , le divin Sauveur veut célébrer pour la dernière fois la pàque avec ses apôtres. Afin de leur apprendre à s'humilier devant leurs frères , et pour leur montrer avec quelle pureté iï faut s'approcher du sacré banquet , il leur lave les pieds , et sur la fin du repas , il prend du pain, le bénit en rendant grâces à Dieu , le rompt et le leur donne en disant : prenez et mandez ; ceci est mon corps qui est donné pour vo^is. Il prend de même le calice , c'est-à-dire , une coupe pleine de vin , rend grâces à son père, et le donne à ses disciples, en disant : Bin'cz-en tous ; car ceci est mon sang^ le sang de la nom>elle alliance , qui sera répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés. Ainsi fut institué l'auguste sacrement de nos autels.

Judas , l'un des douze apôtres , et qui avait reçu avec eux le corps et le sang du Sauveur, va U'ouver les emiemis de Jésus , et leur promet de

ou t'AMI DE LA JEUNESSE. iï3 livrer ce divin maître entre leurs mains , moyennant trente pièces d'argent. Le Sauveur se rend dans le jardin des oliviers , accompagné de Pierre, de Jacques et de Jean , trois de ses apôtres ; et là , pour nous apprendre , par son exemple , ce que nous devons faire aux a^jproclies de la mort , il abandonne son âme à Ja frayeur, à l'ennii, à une tristesse mortelle. Cependant Judas arrive avec une troupe c!e gens armés d'épées et d» bâtons. Jésus marche à leur rencontre : le traître lui donne un perfide baiser , sio^nal dont il était con-^ Tenu avec ses infâmes satellites : « Mon ami, lui M dit le Sauveur, qu'êtes-vous venii faire ici? » quoi! Judas! vous trahissez le fils de l'homme » par un baiser. » Puis , s'aclressant aux soldats : « Qui cherchez-vous?» leur dit-il. Ils répondent qu'ils cherchent Jésus de Nazareth. « C'est moi , » replique-t-il. Aussitôt ils sont renversés et tombent tous par terre. Il leur fait une seconde fois la même question et se laisse arrêter. Pierre , qui portait une épée , veut défendre son maître , frappe un homme appelé Malchus , l'un des serviteurs du g-rand-prêlre , et lui coupe l'oreille droite. Jésus arrête ce zèle indiscret , guérit Malchus , et rappelle à son apôtre que tout ceci n'arrivait que parce que lui-même le voulait ainsi , pour accomplir les écritures. Les disciples du Sauveur , le voyant au pouvoir de ses ennemis , prennent tous la fuite et l'abandonnent.

Le grand-prêtre Caïphe, chez lequel on le conduit , cherche, avec son conseil , quelque faux témoignage pour le faire mourir; mais, quoiqu'il se présente plusieurs faux témoins, aucune de leurs dépositions n'est suffisante. Enfin le pontife lui commande au nom du Dieu vivant de déclarer s'il est le Christ et le fils de Dieu. « Vous l'avez dit, je le » suis, répond Jésus. Et vous verrez un jour le Fils » de l'homme venir sur les nuées du ciel, et assis

Il4 ABRÉGÉD'ÉRASTE,

» à la droite de Dieu. » Caïphe , à ces paroles , dëcliire ses vêtemeiis : « Il a blasplièmé, s'écrie-t-il, » qu'avoiis-noiis besoin de témoins? » Et sur-lecliamp on le juge digne de mort. On lui crache au visage ; on le frappe en se moquant de lui ; on lui bande les yeux : les uns lui donnent des coups de poing-, les autres des soufflets, en lui disant par raillerie :« Christ, propLétise-nous qui t'a frappé?» Pendant qu'on traitait le Sauveur avec tant de barbarie , Pierre reconnu trois fois par les gens du grand-prétre pour être disciple de Jésus, le renie trois fois, ajoutant le serment au mensonge; mais bientôt cet apôtre pusilhanime, par un effet de la miséricorde de son divin maître, ouvre les yetix sur son crime , et va l'expier par des larmes sincères. Judas voyant que Jésus-Christétaitcondamné à mort , jette dans le temple les trente pièces d'argent qu il avait reçues ] et, après avoir dit aux prêtres : « J'ai péché , parce que j'ai livré le sang in- }) nocent , m il se retire plein de désespoir, et va se pendre. Les prêtres, ne voulant pas mettre dans le trésor la somaie qu'ils avaient donnée au traître , en achetèrent le champ d'un potier, pour y ensevelij: les étr.rno-prs- et ce champ fut appelé Haceldama, c'est-à-dire, le cliamp du sang.

Le Sauveur est traîné devant PcncC'-Pilate , qui gouvernait la Judée pour les Romains. Ce g'OUTer- Heur ne trouve en lui aucun crime qui soit digne de mort. Les prêtres et les sénateurs le chargent alors d'accusations ; mais Jésus n'y répond point, et garde le plus profond silence. Pilate voit bien que c'est un juste que la haine persécute : il s'efforce de f arracher d'entre les mains de ses ennemis. Pour les toucher en sa faveur, il le fait battre de verges : les soldats le couvrent d'un manteau d'écarlate, ils lui mettent une couronne d'épines sur la tête, avec un roseau à la main droite. Après quoi, pour se moquer de lui, ils le saluent et se

ou l'ami de la jeunesse. iî5 mettent à genoux devant lui , en lui disant : « S<\- » lut au roi des Juii's; » en même temps ils lui donnent des soufflets, ils lui frappent la tête avec une canne , ils lui crachent au visage. Le magistrat romain le présente en cet état à la multitude assemblée; mais ce peuple , au lieu de se livrer aux mouvemens de riium.anité , fait entendre de toutes parts ces cris séditieux : « Crucifiez-le! M crucifiez-le! » L'innocence de Jésus est reconnue de nouveau par son juge , que bientôt la politique et l'intérêt font agir contre sa conscience. On lui crie que s'il ne punissait pas un homme qai avait voulu se faire roi, il se rendrait lui-même l'ennemi de l'empereur. Alors Pilate ne peut plus résister, le juste est condamné à mort ; Jésus, maître de sa vie et de toutes choses , s'abandonne volontairement à la fureur des méchans.

On le conduit sur le Calvaire; il porte lui-même sa croix sur ses épaules; on le crucifie entre deux voleurs, et l'on met au-dessus de sa tête une ins-

seraitmieux de mettrequ us ei « Ce que j'ai écrit est écrit, » répond le gouverneur, et l'inscription reste. Dès que Jésus fut sur la croix, il pria pour ses persécuteurs, et il dit à Dieu : « Mon père, pardonnez-leur, car ils ne sa- » vent ce qu'ils font. » Les soldats partagèrent entre eux ses vêtemens ; et, comme sa tunique était d'une seule pièce , pour ne point la couper, ils se dirent l'un à l'autre : « Jetons au sort à qui l'aura. » Tout le monde regardait Jésus, et se moquait de lui. Les passans joignaient les blasphèmes aux injures : les princes des prêtres , les docteurs de la loi, les magistrats , le soldat , le particulier, tous , en un mot, disaient en branlant la tête : <« S'il est le » Christ, qu'il descende présentement de la croix, » et nous croirons en lui. Il met sa confiance en

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« Dieu; si donc Dieu l'aime, qu'il le délivre. » Il n'y eut pas jusqu'àTun des deux voleurs qui étaient crucifiés avec lui, qui ne tînt le même Lin^age ; mais l'autre, touciié et couveiti tout à coup par une grâce puissante du libérateur, reprenait sou compagnon, et , s'adressant à Jééus : « Seigneur, » lui dit-il, souvenez-vous de moi, lorsque vous » serez en votre rovanme. )> Le Sauveur lui répondit : (f Je vous le dis, en vérité , vous serez au- » jourd'hui avec moi dans le paradis. «

Il n'était pas encore midi lorsque Jésus fut attaché à la croix ; et , un peu après midi , le soleil commença à s'obscurcir, et l'air fut tout couvert de ténèbres jusqu'à trois heures. Alors il jeta un grand cri, en disant : « Mon Dieu! mon Dieu! « pourquoi m'avez-vous abandonné?» Ensuite il du : «J'ai soif. » Aussitôt un des soldats courut prendre une éponge, la trempa dans du vinaigre, etlui présenta à boire. Alors Jésus, voyant que sont sacrifice était accompli, et qu'il avait rempli tout ce que les prophètes avaient annoncé , s'écria : Toîd est consom?né. A ce mol, tout change dans^ le monde : la loi cesse; les figures passent; ses sacrifices sont abolis par une oblatiou plus parfaite, qui su! sislera jusqu'à la fin des siècles, et qui se renouvelle toiis les jours dans le sacrifice de la messe.

A peine le Sauveur eut-il baissé la tète etrenJu l'esprit, que le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas; la terre trembla, les pierres se fendirent; les sépulcres s'ouvrirent; et lorsque Jésus fut ressusilé, plusieurs corps des saints étant aussi ressuscites, sortirent de leurs tombeaux, et se montrèrent à différentes personnes dans Jérusalem.

Tant de prodiges épouvantèrent le capitaine et les soldais qui ^artlaient Jésus; et ils s'écrièrent : R Cet homme était vraiment le fils de Dieu. » Tout

ou l'ami de la jeunesse. 117

1^ peuple qui. était présent à ce spectacle, ne fut pas moins touché qu'eux , et tous s'en retournaient en se frappant la poitrine , en signe de douleur. Des soldats rompent les jambes des deux voleurs qui vivaient encore; mais , comme Jésus était déjà mort, un d'eux se contente de lui percer le côté avec une lance ^ et il en sort aussitôt du sang et de l'eau.

On détache de la croix le corps du divin libérateur, et quelques-uns de ses disciples secrets obtiennent de Pilate la permission de l'inliumer dans un tombeau tout neuf. Les prêtres représentent au gouverneur que Jésus avait dit qu'il ressusciterait trois jours après sa mort-, le magistrat leur dit de prendre toutes les précautions qu'ils jugeraient à propos; ils se transportent au sépulcre, en scellent l'entrée, et y mettent des gardes. Mais, malgré ces précautions, Jésus sort glorieux du sépulcre, au troisième jour. Il se montre d'abord à plusieurs saintes femmes qui étaient venues pour l'embaumer, puis à ses disciples qui l'avaient délaissé, et qui s'obstinaient à ne point croire sa résiirreclion. Ils le voient, ils lui parlent, ils le touchent, ils mangent avec lui ; ils s'entretiennent avec lui du royaume de Dieu durant quarante jours; et il ne retourne vers son père, qu'après les avoir convaincus et confirmés dans la foi , dont ils allaient être les prédicateurs, les défenseurs et les martyrs.

Le quarantième jour après sa résurrection, il monta au ciel en leur présence, en leur ordonnant de prêcher l'Evangile à toutes les nations, et leuF promettant d'être avec eux jusqu'à la fin du monde. Enfin , dix jours après son ascension, il leur envoie ïo Saint-Esprit ; et , transformés tout à coup en des tommes nouveaux, ils vont annoncer partout Fheureuse nouvelle de la rédem])lion du genre humain j etle wSeignenr confirme par une foule de merveilles, la parole qu'il avait mise en leur bouche»

XIT^ EJNTRETIEK.

Tableau historique de la religion , depuis la des^ cente du Saint-Esprit jusqu'au quatrième siècle,

Eugène. Jusqu'ici, respectatle Eraste , vous nous avez développé la céleste origine de notre auguste religion. Que reste-t-il actuellement à nous apprendre , sinon par quels moyens cette religion sainte s'est répandue par toute la terre, et comment elle s'y est conservée depuis tant de siècles?

Eraste. Votre demande est raisonnable, mon clier ami; et, pour y répondre selon vos désirs, je vais vous donner un petit écrit, dans lequel j'ai raisonné les principaux traits de l'histoire ecclésiastique, et les plus propres à vous faire connaître la perpétuité de la religion. Chaque partie de cet écrit est suivi d'un chapitre particulier, dans lequel je vous montre la synagogue de Satan, c'està-dire, l'hérésie s'eiïorcant de marcher de pair avec l'église de Jésus-Christ ; mais vous la verrez toujours terrassée parla vérité, et cette liste des principauxliérésiarques,en vous offrant une triste peinture des écarts de l'esprit et du cœur humain , lorsqu'ils sont livrés à eux-mêmes, vous fournira la preuve la plus sensible du soin paternel que le Très-Haut prend sans cesse pour conserver la pureté et la beauté de son épouse. Mais avant de commencer cette lecture importante , il est bon de nous y préparer par quelques réflexions.

Jésus-Christ, né de parens pauvres et sans crédit, dans un coin de la Judée, après avoir passé trente ans dans une vie obscure et laborieuse, entreprend de clianger la face de la terre, en y introduisant un culte nouveau, et n'emploie que trois ans et demi à préparer l'exécution de ce vaste et

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liarJi projet. Il n'ignore pas que rien n'éprouve plrs d'opposition de la part des peuples que le cîiangement de religion , parce qu'elle est toujours lie'e à la constitution des états, aux lois, aux coutumes, aux usages. Il prévoit cet obstacle, et mille autres encore, et toutefois rien ne l'arrête dans cette grande entreprise. Mais, ce qui doit étonner hien davantage, c'est qu'il fait , humainement par- Itint , tout ce qu'il fallait pour ne pas réussir.

Premièrement, il présente un corps de doctrine le plus contraire à tous les préjugés reçus. Cette doctrine ne favorise aucune des passions et des inclinations de riiomrae : elle proscrit tous les vices ; elle ordonne la pratique de toutes les vertus; elle veut que l'homme se renonce et se méprise soimême; elle lui interdit toute vengeance, tout ressentiment des injures; elle va jusqu'à l'obliger de rendre le bien pour le mal , d'aimer comme soimême son plus mortel ennemi, d'être prêt à donner sa vie pour conserver la sienne , si son salut le demande; elle lui défend non-seulement les actions' mauvaises, mais encore le désir et la pensée même de ces actions. Pour tant de sacrifices pénibles, que lui promet-elle? Rien de présent, rien de sensible. Sa récompense est pour une autre vie, qui n'a rien de commun avec celle-ci; et cette récompense, bien différente de ce qui pîait à la cupidité, et de ce que la nature recherche, ne sera accordée qu'à la fidélité persévérante avec laquelle il aura rempli les rigoureux devoirs qu'elle lui impose.

Ce n'est point tout. Cette doctrine est non-seulement nouvelle et inouïe , elle est encore , de l'aveu même de celui qui l'annonce, une folie aux jeux de la raison humaine. Proposer des mystères qu'on ne peut comprendre, à des philosophes , à des orateurs , à des hommes curieux de tout approfondir, et jaloux de la liberté de penser! Un Dieu en trois personnes , une vierge qui devient nière, sans ces^

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ser d'être vierge , un Dieu qui se fait homme , q\n se revêt de nos uiiscres, qui vit dans l'indigence, et qui expire sur une croix, comme un infâme scélérat, victime de la haine et du mépris de ses compatriotes; qui sort toutefois du tomLeau trois jours après sa mort, et qui monte au ciel plein de gloire et de majesté ; enfin un Dieu qui s immole sans cesse sous les apparences du pain et du vin, changés en son propre corps et en son propre sang! Assurément de pareils principes n'avaient rien qui pût séduire et attirer le genre humain.

Eu second lieu, qui choisit-il pour coopérateurs ? Ce ne sont ni les princes, ni les prêtres, ni les docteurs, ni les personnages accrédités de sa nation ; mais douze hommes , sans lettres , sans éducation , sans Lien, sans naissance , sans réputation , sans crédit , et même sans aucun talent pour la parole : les pins considérables d'entre eux sont de misérables pêcheurs. Voilà ceux qu'il destine à la grande révolalion qu'il médite. Que fait-il pour se les attacher? il leur dit de le suivre , et ils obéissent. Il ne les flatte par aucune promesse temporelle ; il n'a ni richesses ni honneurs à leur procurer : n'ayant pas lui-même où reposer sa tête, que peut-il olfrir à ceux qu'il s'associe ? Au contraire , en les appelant à lui , il leur fait entendre clairement qu'ils n'ont à espérer ici-bas que des persécutions , des tourniens et la mort : cependant ces douze hommes qiiittent tout pour s'aliacherà lui, et raccompd-nent s :ns ces-e. Mais quelle considération de pareils disciples pouvaient-ils procurer à leur maître ?

L'extérieur même et la conduite ordinaire de Jésus-Cbrist étaient plus propres à éloigner de lui, qu'à attirer ceux qu'il voulait persuader. Sa vie était durt' et péniLle , mais sans aucune austérité particulière. Il mange.iil comme !cs autres; il buvait du vin , et ne faisait point de difficulté

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de se trouver à de grands repas ; il portait même la condescendance jus*:[ii'à manger avec des personnes décriées, et à loger chez elles. Il enseignait l'oléissanceau p>rince, et le respect aux docieursde la loi, quelque corrompus qu'ils f'nsseni; lui-même observait exactement les lois et les cérémonies de la religion, quoiqu'il répétât souvent qu'il était le maître du Sabbat et de toutes les lois. Simp'e , humble , modeste , patient, il faisait des miracles sans empressement , sans laste , sans ostentation ; et ces miracles, il les cachait avec autant de soin, que les autres hommes cachent leurs crimes. Bien loin de flatter les Pharis i us et les docteurs de la loi , il leur reproche à chaque instant leur hypocrisie , leur orgueil , leur avarice , leur superstition , leur aveuglement , et les menace des cliàtiD:iens les plus terribles. Il parle avec bonté à la foule qui s'empresse de le suivre par curiosité ; mais , en même temps , il ne craint pas de l'offenser, en lui reprochant fortement ses vices. Il établit des principes , sans se mettre en peine de les prouver , ni d'en tirer les conséquences : s'il emploie des preuves, ce sont des raisonnemens sensibles ou des comparaisons familières, aussi propres à rebuter 'es gens instruits , qu'à dégoûter îe vulgaire, qui préfère toujours les discours pompeux, à une monotone simplicité. Comment, avec des ressources si faibles en apparence , venir à bout de l'aire adopter par tous les hommes, une religion contre laquelle fesprit et le cœur doivent également se révolter?

EuDOxiE. Un incrédule pourrait répondre qu'ap- ])aremment les hommes alors étaient plus simples, plus innocens , plus dociles que ceux d'auioard'hai.

Er. Et c'est aussi ce que disent les Faux saoes de ce Siècle. Mais, pour réluter leur assertion téméraire , examinons , ma chère Eudoxie , quelles Jbrè^é d'Eraste, ô

étaient les mœurs et les études des hommes contemporains de Jesiis-CLrist.

Pour commencer par les Juifs, vous savez à quel point ils étaient corrompus ; mais ne croyez pas que leur extrême dépravation fût la suite d'une épaisse ignorance. Jamais ils n'avaient été plus exercés dans la lecture de la loi et de toute l'Ecriture Sainte. Toutes les synaoooues étaient remplies de docteurs qui interprétaient les livres sacres , et les peuples s'empressaient de s'intruire à leurs écoles. Un grand nombre même se livraient aux études des Grecs et des Piomains , les plus éclairés des hommes , et se formaient , sous les plus habiles maîtres, à la grammaire , à la rhétorique et à la philosophie.

Mais tout cela n'était rien en comparaison de ce qui se passait à Rome , et parmi les nations les plus instruites et les plus policées. Les livres des Grecs et des Romains , qui sont parvenus jusqu'à nous , suffisent pour nous donner une idée complète de leurs mœurs et de leurs lumières. Qu'y voyons-nous ? d'un côté , les connaissances humaines , l'éloquence , la poésie , et surtout la philosophie , portées à un degré de perfection que jamais aucun peuple ne pourra surpasser ; de l'autre , la perversité la plus universelle et la plus déplorable. Le vice marcliait en triomphe dans B-ome et dans la Grèce. Les infamies les plus ré- Toltantes se disaient et s'écrivaient publiqueiiiCnt, parce que Ton ne se cachait pas pour les commettre. La religion , aidée du luxe et de la mollesse , avait perverti tous les états et toutes les conditions ; et cette religion abominable était soutenue par les puissances , autorisée par les sages, défendue par des prêtres furieux et fanatiques, qui fondaient leur gloire et leur fortune sur leurs ridicules idoles. Tout était plein de fraudes, de parjures, de faussetés , de calomnies.

de violences et d'oppressions. Tels étaient donc ceux que Jésus-Christ voulait appeler à lui ; et c'est dans le siècle le plus éclairé qui fut jamais , et en même teaips le plus corrompu , qu'il entreprend de publier ses austères maximes.

Avouez que, s'il a réussi , ce succès n'est pas l'ouvrage de l'homnie , mais l'effet d'une profonde sagesse , et , si j'ose ainsi parler, le chel-d'œuvre de la toute-puissance divine. Or , c'est ce que vous apprendrez, mes cliers enl'ans, dans le i'aible essai que je vous présente. Faites-en lecture , Eugène ; et vous , Eudoxie , suivez avec attention tout ce que va raconter votre frère.

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